Marseille : « La connerie est aussi difficile à définir qu’à éviter »... Un sacré programme attend la Semaine de la pop philosophie

FESTIVAL Le festival, qui se déroule à Marseille du 11 au 16 octobre, s'ouvre sur la connerie en politique

Caroline Delabroy
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Plusieurs soirées de la semaine de la Pop Philosophie ont lieu sur la scène de la Criée à Marseille
Plusieurs soirées de la semaine de la Pop Philosophie ont lieu sur la scène de la Criée à Marseille — Semaine Pop Philosophie
  • La Semaine de la pop philosophie, festival reconnu à Marseille, s’intéresse cette année à toutes les constellations de la connerie.
  • « La connerie est aussi difficile à définir qu’à éviter », selon le directeur artistique Jacques Serrano, qui a construit six journées aux thèmes variés.
  • Le philosophe Maxime Rovière, pour qui la connerie est circulaire, appelle à moins d’ego et davantage de bienveillance, en cette époque où tout s’enflamme vite sur les réseaux sociaux.

Pour cette nouvelle saison, la Semaine de la pop philosophie à Marseille a choisi un thème qui interpelle : « Constellations de la connerie ». Ni plus, ni moins. « Cette époque est la plus conne qui soit », lâche, un brin désabusé, Jacques Serrano, le directeur artistique de ce festival créé en 2009, dont la 13e édition se tient du 11 au 16 octobre dans différents lieux culturels de la ville. « La connerie est aussi difficile à définir qu’à éviter », poursuit-il, en préambule de ces six jours qui, justement, vont tenter de décrypter « les situations et les comportements qu’on qualifie de cons ».

La soirée d’ouverture à la Criée, sur le thème de la connerie en politique, donne le ton en cette année d’élection présidentielle. Avec, pour débattre du sujet, l’ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem. « Une femme politique a probablement fait l’épreuve d’une connerie très massive, très quotidienne », avance le philosophe Maxime Rovère, qui assure par ailleurs que « l’expérience de la connerie est genrée, plus massivement subie quand on est une femme qu’un homme ».

Connerie vs bêtise

Auteur du livre Que faire des cons ? (sous-titré « Pour ne pas en rester un soi-même »), il invite à décaler le regard sur la connerie. « Interroger la connerie, ça fait sourire un peu au début, explique-t-il. Les cons, ce sont les gens dont on s’agace en permanence, qu’on rencontre dans sa famille, son milieu professionnel, et à travers toutes les formes d’incivismes. C’est le chauffard qui vous coupe la route à vélo. » Mais, poursuit le philosophe, en devenant celui qui traite le con de con, on met soi-même la main dans l’engrenage de la connerie.

« J’ai voulu faire de ce terme quelque chose de très différent de la bêtise, raconte Maxime Rovère. Le contraire de la connerie n’est pas seulement d’être intelligent, comme pour la bêtise, mais aussi bienveillant. On ne peut pas identifier la connerie chez l’autre sans que, par un phénomène circulaire, elle soit en train de se développer chez soi. Vous n’êtes pas bienveillant si vous êtes en train de juger, au lieu de venir en aide. »

L’effet « chambre d’écho » des réseaux sociaux

« On désigne quelque chose de singulier et propre à notre époque, à savoir que nous nous montons les uns contre les autres en permanence, sur un registre de rejet très intense », dit aussi le philosophe qui pointe du doigt l’effet « chambre d’écho » des réseaux sociaux. N’aurait-on donc plus droit à la satire des politiques par exemple ?

« Prendre au sérieux la connerie, cela peut se faire en légèreté avec l’humour », nuance Maxime Rovère. Il appelle à moins d’ego et d’arrogance face aux cons et espère, qu’à l’issue de cette semaine, « chacun aura plus conscience que la connerie, ce n’est pas les autres. » Ou, plus prosaïquement, qu’on est toujours le con de quelqu’un.