Et si vendre ce NFT servait surtout à venir en aide aux journalistes en danger de mort

JOURNAL D'UN NFT (4/6) Dans ce nouvel épisode, on vous raconte pourquoi « 20 Minutes » a choisi de reverser l’argent de la vente de son NFT au Fonds de sécurité de la Fédération internationale des journalistes

Laure Beaudonnet
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Le 17 juillet, un photographe indien de l'agence Reuters, Danish Siddiqui, a été tué alors qu'il couvrait les combats entre talibans et forces afghanes dans le district de Spin Boldak.
Le 17 juillet, un photographe indien de l'agence Reuters, Danish Siddiqui, a été tué alors qu'il couvrait les combats entre talibans et forces afghanes dans le district de Spin Boldak. — Ishant Chauhan/Pacific Press/Shu/SIPA
  • Chaque semaine jusqu’au mois d’octobre, retrouvez un épisode du « Journal d’un NFT », série dans laquelle on vous raconte comment « 20 Minutes » a organisé la première vente d’un NFT d’un journal en France avec la maison Piasa.
  • Dans cet épisode, on vous raconte comment cette vente pourrait aider les journalistes en danger sur le terrain.
  • Zoom sur le fonds de sécurité de la Fédération internationale des journalistes, sorte de bouée de sauvetage pour les journalistes.

Dans les épisodes précédents, j’ai passé en revue les coups de stress qui ont pimenté le projet (les droits d’auteur, le « smart contract » infaisable, l’épineux choix du numéro à transformer en NFT…), je vous ai raconté comment on a trouvé la maison de ventes Piasa et comment on a surmonté un obstacle de taille. En France, les biens incorporels, comme les œuvres numériques, n'ont pas le droit de faire l'objet d'une vente aux enchères publique. L’histoire ne s’arrête pas là. Vous pensez bien que ni 20 Minutes, ni Piasa, ni l’autrice de ces lignes, ne vont se faire de l’argent sur cette vente aux enchères. Il s’agit avant tout d’un projet éditorial qui permet de dévoiler les dessous de l’obscure technologie des « non-fungible token ».

20 Minutes reversera l’argent de la vente à une association. J’avais à cœur de trouver une organisation qui aide les journalistes en difficulté à l’international, mais hormis Reporters sans frontières, je ne sais pas ce qui se fait en matière d’associations internationales. Sur les conseils d’une collègue, je prends contact avec Anthony Bellanger, secrétaire général de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) pour profiter de ses lumières et passer en revue les différentes ONG existantes. En discutant avec lui, je prends conscience que le fonds de sécurité de la FIJ coche toutes les cases : un organisme international qui vient en aide aux journalistes en difficultés sur le terrain. Avec la crise afghane, le safety fund est plus d’actualité que jamais.

« Une bouée de sauvetage pour les journalistes »

Pour ceux qui, comme moi, ne connaissent pas bien la FIJ, elle fédère les organisations syndicales et associatives nationales et représente au total 600.000 journalistes dans le monde. « En tant que secrétaire général de la FIJ, je représente la profession devant les instances des Nations Unies quand il y a des discussions sur les conditions de travail, les salaires, la santé…, explique Anthony Bellanger. La protection des journalistes est ma mission. Et en tant que Fédération internationale, on a élaboré la charte mondiale d'éthique des journalistes », poursuit-il. Adoptée lors du 30e congrès mondial de la FIJ à Tunis, en 2019, elle précise les droits et les devoirs des journalistes en termes d’éthique. Mediapart, par exemple, l’a publiée sur son site Internet.

En 1992, en parallèle à la création de la liste des journalistes tués pour rendre hommage aux victimes collatérales de guerre, la FIJ a lancé un fonds de sécurité. Il y a trente ans, les reporters étaient tués de façon accidentelle, aujourd’hui, ils sont visés. Le fonds de sécurité est « une bouée de sauvetage pour les journalistes menacés ou dans le besoin », peut-on lire sur le site Internet. Il aide les familles lorsqu’elles ne peuvent pas payer les obsèques d’un journaliste, il vient au secours des reporters blessés ou en danger. « Récemment, un collègue avait pris une balle dans l’abdomen en Somalie et le chirurgien attendait que l’argent tombe sur son compte pour commencer l’opération parce qu’elle coûtait trop cher. C’est terrible », illustre-t-il.

« On a zéro moyens, on fait avec ce qu’on a »

De même, la FIJ a été mobilisée pour la crise en Afghanistan. Le 15 août dernier, Kaboul est tombée entre les mains des talibans, provoquant une crise financière, une insécurité alimentaire, du chômage… Début septembre, plusieurs dizaines de journalistes ont été frappés, arrêtés ou empêchés de couvrir les manifestations, en particulier des Afghans, que les talibans harcèlent bien plus que les médias étrangers, selon de nombreux témoignages à l’AFP. « On a fait partir tous ceux qui étaient en danger. Il y a 700 journalistes au Pakistan, moins de 200 en France, quelques centaines au Royaume Uni, Etats-Unis, au Canada et en Australie, poursuit Anthony Bellanger. Maintenant il reste tous ceux sur place ».

De nombreux médias ont été fermés, soit par les talibans, soit par les patrons de presse eux-mêmes qui se sentaient en danger. Les journalistes n’ont plus de travail. « Avec les deux syndicats de journalistes en Afghanistan, on a reçu 40.000 euros sur un fonds spécial en quelques semaines pour leur payer un logement, de la nourriture et les frais de santé. Il y a eu une inflation énorme. Le prix de la nourriture a augmenté. Il y a de moins en moins de médecins car ils sont nombreux à avoir quitté le pays », poursuit Anthony Bellanger, qui se définit comme un « urgentiste de la profession ».

Avec le fonds de sécurité, la FIJ envoie, en moyenne, 80.000 euros dans le monde tous les ans, mais elle reçoit à peine 12.000 ou 13.000 euros par an. « On a zéro moyen, on fait avec ce qu’on a », conclut-il.

La semaine prochaine, on met les mains dans la partie technique de la création du NFT, autre casse-tête de taille de cette odyssée virtuelle. A la semaine prochaine chers crypto-addicts.

Toutes les informations sur la vente aux enchères de Piasa ici.
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