Dénoncer Weinstein « m’a mise dans un état de dépression », confie Asia Argento

TEMOIGNAGE Le mouvement MeToo doit faire condamner les violeurs, sans se muer en étiquette « à la mode »

20 Minutes avec AFP
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Asia Argento à Cannes le 16 juillet 2021
Asia Argento à Cannes le 16 juillet 2021 — Brynn Anderson/AP/SIPA

« Quand j’ai parlé, c’était très dur ». Il y a quatre ans, l’actrice Asia Argento fut l’une des premières à dénoncer le prédateur sexuel Harvey Weinstein. Pour elle, le mouvement #MeToo doit faire condamner les violeurs, sans se muer en étiquette « à la mode ».

« Je ne peux pas dire que ça m’a aidée beaucoup dans la vie de raconter ce qui m’est arrivé il y a plus de vingt ans avec Weinstein », a déclaré l’actrice de 46 ans, à l’occasion de la sortie d’un récit autobiographique, Anatomie d’un cœur sauvage (éditions Hors collection).

« Quand j’ai raconté ça, c’était un tsunami »

La fille du maître italien du cinéma d’épouvante Dario Argento avait déclaré en 2017 avoir été violée par le producteur américain en 1997, lorsqu’elle avait 21 ans, déclenchant une vague sans précédent de libération de la parole des femmes, dans le cinéma et au-delà. Des faits sur lesquels elle revient dans son livre, ainsi que sur les années de cauchemar qui ont suivi. Quand j’ai raconté ça, c’était un tsunami », reprend-elle. « Ça ne m’a pas aidée, ça m’a mis dans un état de dépression énorme, mais c’est ma conscience qui m’a dit que je devais raconter la vérité ».

Quelques mois après voir dénoncé Weinstein, elle a été accusée par l’acteur américain Jimmy Bennett de l’avoir agressé sexuellement lorsqu’il avait 17 ans, une affaire qui aurait fait l’objet d’une transaction financière. Elle a nié la version des faits du jeune homme et ne souhaite pas revenir sur cette affaire : « Ce sont des choses qui n’appartiennent pas à mon présent (…) Je n’ai pas de ressentiment », évacue-t-elle.

« J’ai réussi à amener ce mec en prison »

L’artiste refuse d’être « un symbole » : « Je pensais que ma mère avait fait la lutte pour la libération des femmes, la libération sexuelle… De me retrouver maintenant à parler de la même chose, ça me dérange un peu. Ce n’est pas ma lutte, j’ai fait ce que je devais faire, ça ne m’intéresse pas ».

Sur #MeToo, son regard est ambivalent : « c’est comme quand on écoute trop un mot, ça perd de son importance, quand on parle trop de quelque chose, ça devient un peu hystérique », déclare-t-elle, épinglant un slogan devenu « presque à la mode ». Mais elle ne regrette rien : « ce n’est pas une défaite, parce que j’ai réussi à amener ce mec en prison ».

Le magnat déchu de Hollywood, accusé de dizaines de viols et agressions sexuelles, a été condamné en 2020, par un premier tribunal américain, à 23 ans de prison, et continue son parcours judiciaire.