Montpellier : Une exposition s'interroge sur notre capacité à comprendre les panneaux à l'étranger

INSTALLATION L'artiste coréenne Mona Young-Eun Kim interroge la compréhension des signes urbains dans l'installation artistique Doublage, à découvrir à la galerie AL/MA, à Montpellier

Nicolas Bonzom
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L'exposition Doublage questionne la compréhension des panneaux lorsque l'on ne maîtrise pas la langue ou les codes culturels
L'exposition Doublage questionne la compréhension des panneaux lorsque l'on ne maîtrise pas la langue ou les codes culturels — Aloïs Aurelle
  • La galerie AL/MA accueille une exposition qui interroge l’interprétation des enseignes et des panneaux lorsque l’on ne maîtrise pas la langue et les codes culturels.
  • L’artiste coréenne Mona Young-Eun Kim s’est inspirée de sa propre expérience, lorsqu’elle est arrivée en France, pour concevoir cette étonnante installation.
  • Cette exposition « permet de se rendre compte de ce que c’est de se retrouver dans un environnement totalement inintelligible », confie la directrice de la galerie.

Peut-être vous êtes vous déjà retrouvé, lors d’un voyage à l’étranger, totalement désarmé devant un panneau dont vous ne compreniez pas la signification. D’autant plus si vous ne maîtrisiez pas l’alphabet utilisé dans ce pays. Dans le métro, en Chine, par exemple. C’est l’objet de l’exposition de Mona Young-Eun Kim, Doublage, à découvrir à la galerie AL/MA, à Montpellier (Hérault).

Cette artiste coréenne, connue à Montpellier pour avoir créé le plafond « melon » des nouvelles halles Laissac, a conçu une étonnante installation, à la galerie AL/MA, qui questionne l’interprétation des enseignes et des panneaux urbains. Pour concevoir cette exposition, Mona Young-Eun Kim s’est d’ailleurs inspirée de sa propre expérience, lorsqu’elle est arrivée en France en 2013. « J’avais l’impression d’être la seule, autour de moi, à ne pas comprendre les enseignes, confie l’artiste, diplômée de l’école des Beaux-Arts de Montpellier. Ça me ramenait toujours au fait que j’étais étrangère. Quand je suis arrivée à Paris, je ne comprenais pas ce qu’était le "M" du métro. Pour moi, "M", c’était McDonald’s. Je pensais qu’il y avait des McDonald’s partout ! »

« J’allais souvent dans des kebabs, car je savais ce que j’allais manger ! »

Alors pour se débrouiller en ville, avant d’apprendre à fond le français, la jeune femme s’est notamment fiée « à la forme des panneaux, qui peut donner un indice », et aux comportements des autres usagers. Mais surtout, « aux symboles ». « Quand je suis arrivée, j’allais souvent manger dans des kebabs, reprend l’artiste. Car je savais ce que j’allais y manger, il y a souvent une photo des plats sur l’enseigne. Devant les restaurants de cuisine française, en revanche, je ne comprenais pas. »

Lorsqu’elle était étudiante, Mona Young-Eun Kim a cherché, en vain, des symboles universels, qui pourraient résoudre ce problème. « On m’a parlé de l’espéranto, reprend-elle. Mais ce n’est pas vraiment universel, si l’on ne maîtrise pas l’alphabet A, B, C… Je crois qu’un langage universel, c’est un peu utopique. » Il y a toutefois Google Traduction, « qui s’est beaucoup amélioré ces dernières années », et qui permet de traduire des textes, lorsque l’on est perdu dans une rue, à l’autre bout du monde.

Dans une rue de Chine, de Corée ou de Russie

A la galerie AL/MA, l’artiste a installé dix panneaux lumineux sans aucun texte, dont les formes rappellent les enseignes des bureaux de tabac ou du panneau routier Stop. Grâce à une application, téléchargeable sur son smartphone ou utilisable depuis des tablettes disponibles sur place, le visiteur peut projeter, sur ces panneaux, des symboles du monde entier. On se retrouve ainsi dans une rue de Chine, de Corée ou de Russie.

L'exposition Doublage permet, en réalité virtuelle, d'être plongé dans des rues du monde entierA
L'exposition Doublage permet, en réalité virtuelle, d'être plongé dans des rues du monde entierA - Aloïs Aurelle

« Cela permet de se rendre compte de ce que c’est de se retrouver dans un environnement totalement inintelligible », décrypte Marie-Caroline Allaire-Matte, qui dirige la galerie. On peut aussi, avec un casque de réalité virtuelle, se retrouver dans un étrange quartier où tous les symboles ont été effacés. Cette exposition interroge, reprend la directrice, « la capacité que l’on a de comprendre notre environnement lorsque l’on ne maîtrise pas le langage ou les codes visuels ou culturels ».

Du mercredi au samedi (14h30-18h30), jusqu'au 30 octobre. Entrée libre.