Procès de R. Kelly : Pédopornographie, violences sexuelles, séquestration... Le chanteur face à la justice pour de multiples accusations

JUSTICE Retardé un an à cause de la pandémie, le premier procès du chanteur s’est ouvert ce lundi

C.W. avec AFP
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R. Kelly lors d'une audience à la Leighton Criminal Courthouse en septembre 2019.
R. Kelly lors d'une audience à la Leighton Criminal Courthouse en septembre 2019. — /TNS/Sipa USA/SIPA
  • R. Kelly est jugé devant le tribunal fédéral de Brooklyn depuis ce lundi pour différents chefs d’accusation, parmi lesquels « exploitation sexuelle de mineure », « extorsion », « enlèvement », « corruption » et « travail forcé ».
  • La star du R’n’B dans les années 1990, qui a plaidé non coupable, risque jusqu’à vingt ans de prison. R. Kelly devrait être également jugé à l’automne à Chicago pour des faits similaires.
  • Ces procès devraient clore plus de vingt-cinq ans de soupçons et d’accusations de pédopornographie, de relations sexuelles avec des mineures, de violences sexuelles et de séquestration. R. Kelly aurait notamment créé une secte sexuelle, démantelée à la fin des années 2010 au terme d’une longue enquête et dévoilée dans le documentaire « Surviving R. Kelly ».

Un procès retentissant s’est ouvert ce lundi à New York. R. Kelly est jugé devant le tribunal fédéral de Brooklyn. Le chanteur de 54 ans était présent dans la salle d’audience, stoïque et portant un costume bleu marine. La star du R’n’B dans les années 1990 se retrouve face à la justice et répond de différents chefs d’accusation, parmi lesquels « exploitation sexuelle de mineure », « extorsion », « enlèvement », « corruption » et « travail forcé ». Des charges pour lesquelles le chanteur a plaidé non coupable. Comme le rapporte RFI, R. Kelly risque jusqu’à vingt ans de prison.

Et ce premier procès devrait être suivi par d’autres, dont un à Chicago à l’automne, durant lequel le musicien de 54 ans devrait être jugé pour des faits similaires. C’est dans cet état de l’Illinois d’où il est originaire, que R. Kelly a été incarcéré en 2019 pour « abus sexuels aggravés » sur quatre femmes. Des faits survenus entre 1998 et 2010. En juin dernier, le chanteur  a été transféré vers une prison de Brooklyn en vue de son procès new-yorkais, retardé d’un an à cause de la pandémie. 

Au cœur de ces multiples affaires ? Plus de vingt-cinq ans de soupçons et d’accusations de pédopornographie, de relations sexuelles avec des mineures, de violences sexuelles et de séquestration. R. Kelly aurait notamment créé une secte sexuelle, démantelée à la fin des années 2010 au terme d’une longue enquête et dévoilée dans le documentaire Surviving R. Kelly.

Plus de vingt ans d’investigation

L’une des premières affaires remonte au début des années 2000, alors que R. Kelly surfe encore sur le succès mondial de I Believe I Can Fly (trois Grammy Awards en 1998). Jim DeRogatis, journaliste au Chicago-Sun Times, révèle avoir reçu par courrier anonyme des vidéos sur lesquelles figure le chanteur ayant des relations sexuelles avec des jeunes filles. Inculpé pour pédopornographie en 2002, R. Kelly est finalement acquitté six ans plus tard, l’enquête ne permettant pas de définir l’âge de l’une des jeunes filles. Comme le précise la BBC, d’autres accusations similaires visent le chanteur à cette période, abandonnées faute de preuves suffisantes.

Près de dix ans plus tard de nouvelles accusations relancent sérieusement l’affaire. Sur BuzzFeed cette fois-ci, Jim DeRogatis dévoile en juillet 2017 une enquête conséquente et accablante sur le chanteur, l’accusant d’avoir créé une secte sexuelle et de séquestrer six femmes dans différentes propriétés située dans les banlieues d’Atlanta et de Chicago. « Il contrôle tous les aspects de leur vie : il leur dit quoi manger, porter, quand elles doivent se laver, dormir, et comment avoir des relations sexuelles quand il les filme », écrit notamment Jim DeRogatis. Des révélations qui surviennent quelques mois avant l’affaire Weinstein.

En 2019, Lifetime diffuse enfin la série documentaire Surviving R. Kelly, qui rassemble plus de 50 témoignages de proches qui confirment les accusations de séquestration et de violences sexuelles. Le programme crée une véritable onde de choc.

Des inculpations en série

En février 2019, des procureurs de Chicago inculpent R. Kelly pour «abus sexuels aggravés» sur quatre femmes entre 1998 et 2010, dont la plus jeune avait 14 ans au moment des faits. Sept mois plus tard, toujours dans l’Illinois, des procureurs fédéraux inculpent le chanteur pour «pédopornographie» et «incitation de mineure à des actes sexuels», en l’accusant notamment d’avoir filmé ses ébats avec de jeunes filles et acheté le silence de témoins potentiels pour obtenir son acquittement lors de son premier procès en 2008, pour «pédopornographie».

A New York, le musicien est accusé d’avoir abusé de six femmes dont l’identité n’a pas été diffusée. Mais beaucoup considèrent que l’une des victimes, appelée Jane Doe #1 dans le dossier, est en fait la chanteuse Aaliyah, décédée en 2001 dans un crash d’avion, à 22 ans. L’acte d’accusation reproche en effet à R. Kelly d’avoir corrompu un fonctionnaire de l’Etat de l’Illinois en 1994 pour obtenir de faux documents et épouser une mineure. Une accusation qui renvoie au mariage, finalement annulé, du chanteur avec la jeune étoile du R & B, alors âgée de 15 ans. L’acte d’accusation détaille des faits sordides : R. Kelly dirigeait un réseau qui recrutait et préparait des jeunes filles à avoir des relations sexuelles avec lui, les enfermant dans leurs chambres d’hôtel quand il était en tournée, leur demandant de porter des vêtements amples quand elles n’étaient pas avec lui, de « garder la tête basse » et de l’appeler « papa » («daddy »).

A Chicago comme à New York, les juges fédéraux ont refusé la libération sous caution de la star des années 1990, invoquant un risque de fuite, de subornation de témoin ou le danger qu'elle représente.

« Défaire la poupée gigogne que représente Robert Kelly »

R. Kelly, qui doit aussi faire face à un front judiciaire dans l’Etat du Minnesota, pour des faits similaires, a toujours nié les accusations. « Qu’il s’agisse de vieilles rumeurs, de nouvelles rumeurs, de futures rumeurs, c’est faux », a-t-il assuré dans une interview à CBS, avant les inculpations fédérales. Selon l’avocate Gloria Allred, qui représente trois des victimes au procès new-yorkais, « les accusations sont très puissantes, elles remuent beaucoup » et « pour dire les choses gentiment, cela va être un vrai défi pour la défense ».

Kenyette Barnes, cofondatrice du mouvement « MuteRKelly », est optimiste quant à elle sur une condamnation qui donnera aux victimes présumées une chance de commencer à « guérir ». Contrairement à 2008, date à laquelle R. Kelly avait été acquitté, « il y a cet effort concerté pour défaire la poupée gigogne que représente Robert Kelly, ajoute-t-elle. Le temps est venu pour les survivantes (…) Il a fait du mal à trop de jeunes femmes et de jeunes filles tout au long de sa vie, et a évité de rendre des comptes. Et il est temps que ce règne prenne fin. »