« OSS 117 est juste un enfant », explique l'auteur du livre « La philo selon OSS 117 »

LIVRE Salaud ou héros ? L’agent secret Hubert Bonisseur de La Bath n’est pas un personnage si simple à décrypter. Chris Le Guelf s’y essaye un peu dans « La philo selon OSS 117 »

Thibaut Gagnepain
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Chris Le Guelf avec son livre, « La philo selon OSS 117 ».
Chris Le Guelf avec son livre, « La philo selon OSS 117 ». — C. Le Guelf
  • Un livre assez surprenant au premier regard, La Philo selon OSS 117, est sorti le 8 juillet. Presque un mois avant le dernier opus des aventures du célèbre agent secret français, attendu en salle le 4 août.
  • Dans ce livre, Chris Le Guelf s’intéresse à toutes les facettes de l’agent secret français Hubert Bonisseur de La Bath et les lie à des textes de philosophie.
  • « L’idée de départ ce livre est plutôt de faire de la vulgarisation philosophique. Pas d’offrir une analyse philosophique du personnage », explique-t-il lui qui considère OSS 117 comme « un enfant ».

D’abord février puis avril et finalement août. Le troisième volet d’OSS 117, Alerte rouge en Afrique noire, sortira finalement au cinéma dans quelques jours, ce mercredi. Le film est très attendu. Pour son nouveau réalisateur, Nicolas Bedos, et surtout pour son héros haut en couleur, Hubert Bonisseur de La Bath.

Un doctorant en philosophie originaire de Sarreguemines (Moselle), aujourd’hui à Strasbourg, a consacré un livre (publié le 8 juillet) à cet agent secret si politiquement incorrect. Dans La Philo selon OSS 117, Chris Le Guelf s’intéresse à toutes les facettes du personnage et les lie à des textes de sa discipline. Il fallait oser.

Comment l’idée de ce livre vous est-elle venue ?

Il y a une première explication très pratique : je connaissais une maison d’édition qui avait une collection dont le but était de vulgariser la philosophie à partir de la culture pop. Et en même temps, je me suis rappelé que le troisième OSS 117 allait bientôt sortir au cinéma. Vu que je préparais l’agrégation de philosophie, ça m’a semblé être bien de lier les deux. Mais il fallait que le sujet s’y prête…

Qu’est-ce qui vous a fait dire qu’OSS 117 pouvait être l’objet d’une analyse philosophique ?

Au début, je n’y croyais pas trop et j’avais complètement laissé tomber. Puis j’ai rencontré des gens qui se posaient de plus en plus de questions sur Hubert Bonisseur de La Bath, notamment des jeunes générations. Beaucoup d’étudiants entre 20 et 23 ans m’ont semblé crispés par rapport à son comportement de salaud, misogyne, raciste, etc. Là où les gens de mon âge (29 ans) aimaient plutôt cet humour, du moins quand les films sont sortis. C’est ce qui m’a fait dire que ce personnage était intéressant : il est adoré par une partie de la population alors qu’il est censé représenter tout ce qu’on hait.

Et après, comment avez-vous construit votre réflexion ?

Je me suis demandé pourquoi il était tant apprécié tout en étant détestable. J’ai alors cherché ses qualités, qui sont assez classiques finalement : l’héroïsme, le courage, l’amour de l’aventure, etc. Ce sont des vertus qui ont été traitées dans toute la philosophie antique donc le sujet devenait classique. Qu’est-ce que la vertu en philosophie ? Qu’est-ce qu’être un bon citoyen comme OSS 117 prétend l’être ? Et d’un autre côté, je me suis aussi posé la question autour de l’anti-héros qu’il représente, avec la figure de l’idiot. Mais qu’est-ce qu’être un idiot pour les philosophes ? J’ai aussi proposé une réflexion à ma sauce en amenant d’autres références.

Quelles conclusions avez-vous tirées à propos d’OSS 117 ?

Je le répète, l’idée de départ de ce livre est plutôt de faire de la vulgarisation philosophique. Pas d’offrir une analyse philosophique du personnage. J’ai plutôt regardé quels thèmes étaient abordés avec ces films, comme l’héroïcité, l’anti-héroïcité, etc., et à partir de là, présenter au public les textes fondamentaux de la philosophie. Hubert Bonisseur de La Bath sert d’exemple et j’ai essayé de ne pas tirer de discours dogmatique définitif à son sujet. Malgré tout, je pense qu’à une époque où on clame en permanence la tolérance, on devrait être plus tolérant avec ceux qu’on appelle les idiots. Ils cachent et révèlent des choses plus intéressantes que ce qu’on peut penser et ne sont pas forcément oralement coupables en permanence.

Pour vous, il serait donc juste idiot quand il devient antisémite, misogyne ou raciste ?

Je pense surtout qu’OSS 117 est juste un enfant. Aujourd’hui, on a tendance à vouloir remplacer la figure de l’idiot par celle du mauvais moralement, du salaud. Il y a une sévérité à l’égard de la naïveté : on n’a plus le droit de l’être. Lui n’a rien de méchant.

Vous avez également eu un entretien avec Nicolas Bedos. Comment cela s’est-il passé ?

Comme beaucoup, il a d’abord été surpris par ma démarche. Après lui avoir expliqué, il m’a proposé de voir son film et on s’est vu à Nice. Notre discussion a tourné autour de ces questions de représentations : quels types de blagues peut-on faire aujourd’hui ? Quels personnages peut-on créer ? C’était très sympa.