« Plus que gagner l’Eurovision, le rêve, c’est ce qui nous arrive maintenant », se réjouissent les Måneskin

MUSIQUE « 20 Minutes » s’est entretenu avec le groupe italien vainqueur de l’Eurovision 2021 lors de son passage à Paris jeudi

Fabien Randanne

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Ce moment où : Måneskin a remporté l'Eurovision — 20 Minutes
  • Depuis sa victoire à l’Eurovision 2021 fin mai avec sa chanson Zitti e Buoni, le groupe italien Måneskin rencontre le succès dans un grand nombre de pays.
  • « On pensait que gagner attirerait un peu d’attention sur nous dans quelques pays, mais on ne s’imaginait pas enchaîner les interviews et les télés un peu partout », a déclaré le chanteur Damiano David à 20 Minutes.
  • I Wanna Be Your Slave, une autre chanson du groupe, est un carton dans plusieurs pays, dont la Grande-Bretagne où elle a atteint la septième place du classement des meilleures ventes. « C’est dingue ! se réjouit Damiano. Le marché anglais est difficile à approcher, il produit beaucoup de musique, surtout du rock. Alors, pour nous qui faisons du rock, c’est une reconnaissance importante, ça veut dire que nous le faisons bien. »

Il a bien sûr fallu aborder le sujet qui fâche. Mais Damiano David ne s’en est pas offusqué. Le chanteur des Måneskin semblait même attendre la question. Celle que lui posent, hélas, tous les journalistes français qu’il a croisés ces jours-ci lors du marathon promo à Paris.

Le 23 mai, il venait à peine de remporter l’Eurovision avec son groupe que la polémique a enflammé Internet. Le bel Italien a baissé la tête de manière suspecte : n’aurait-il pas sniffé une substance interdite ? La controverse a enflé, à un tel point qu’il a proposé de se soumettre à un test de dépistage dès son retour à Rome pour prouver qu’il n’y avait rien à lui reprocher. Entre-temps, la mauvaise foi tricolore a fonctionné à plein régime. Barbara Pravi ayant fini deuxième, certains coquelets se sont pris à imaginer une disqualification transalpine qui donnerait une victoire française sur tapis vert. La chanteuse de Voilà et la délégation ont eu l’élégance de ne pas aller jouer dans cette basse-cour. Il n’empêche, l’épisode a réveillé la guéguerre franco-italienne qu’on croyait réservée aux tribunes de foot.

Damiano David lui, assure ne pas avoir de rancœur envers la France – dont il a d’ailleurs étudié la langue, plus jeune, en étudiant deux mois du côté d’Antibes. « C’est sûr que les personnes qui m’ont accusé ne seront jamais mes meilleures amies, mais je n’y pense plus. Avec le temps, tout cela devient anecdotique », répond le chanteur que 20 Minutes a rencontré jeudi soir. Il a effectivement d’autres choses à penser.

« Le rêve, c’est ce qui nous arrive maintenant »

Le batteur Ethan Torchio, la bassiste Victoria de Angelis et le guitariste Thomas Raggi, les autres membres du groupe, sont assis à ses côtés sur le long canapé sombre. Dans leurs tenues blanches et noires au glamour seventies stylé, ils ne laissent rien transparaître de leur fatigue, eux qui, depuis plus d’une semaine, sillonnent l’Europe. Avant Paris, ils ont fait halte au Danemark, en Allemagne, en Suède, aux Pays Bas et, ce vendredi, c’est la Pologne qui se trouve sur leur feuille de route.

« Plus encore que gagner l’Eurovision, le rêve, c’est ce qui nous arrive maintenant », avance Victoria. « On ne s’attendait pas à ce que la victoire ait une telle résonance, poursuit Damiano. On pensait que gagner attirerait un peu d’attention sur nous dans quelques pays, mais on ne s’imaginait pas enchaîner les interviews et les télés un peu partout. » Ce jeudi, c’est dans les locaux de Quotidien qu’on les a retrouvés : ils y enregistraient l’émission dont ils sont les invités qui sera diffusée ce vendredi soir sur TMC.

Foules de fans

Dès le milieu de l’après-midi, devant les studios, une cinquantaine de fans, très majoritairement des jeunes femmes, espéraient les voir apparaître dans la rue, guettaient la moindre ouverture de porte. Partout sur leur passage, les mêmes scènes se reproduisent : des hordes d’admiratrices, des cris et des effusions. « On est soufflés par tout l’amour qui nous est donné. On ne s’attendait pas à tout ça », glisse Victoria. Les Måneskin reçoivent des avalanches de messages sur les réseaux sociaux. « Beaucoup de personnes nous disent être liées à nous, nous remercient. On est heureux si on aide les gens à s’accepter ou à traverser des moments difficiles de leur vie en leur donnant de la force », reprend la bassiste.

Zitti e Buoni, leur chanson victorieuse de l’Eurovision, dont le titre peut se traduire par « Tais-toi et reste sage », transmet un message d’affirmation de soi en dépit des jugements extérieurs qui parle particulièrement à la jeunesse. L’esthétique androgyne, sexy et déjouant les codes hétéronormés ajoute à l’aura du groupe. Les Måneskin viennent d’ailleurs de faire la couverture de l’édition spéciale Pride du Vanity Fair italien. Mais ils ne se contentent pas de l’imagerie. Alors que l’Italie est secouée de débats animés au sujet d’ un projet de loi contre l’homophobie et la transphobie, le groupe soutient sans réserve le texte. « Ce serait un grand pas en avant pour notre société, affirme Damiano David à 20 Minutes. Dire que cela limiterait la liberté d’expression est une connerie, car cela limite seulement les expressions racistes, homophobes, transphobes qui ne devraient pas exister. »

Le succès au Royaume-Uni est « une reconnaissance importante »

Revenons à la musique. En France, le groupe italien remporte surtout un succès d’estime sur les plateformes de streaming, mais sous d’autres horizons, son impact est phénoménal. Zitti e Buoni est d’ores et déjà l’un des cartons internationaux de l’année. La chanson a été numéro 1 en Finlande, aux Pays Bas, en Suède et en Lituanie, numéro 2 en Suisse, numéro 9 en Allemagne… Comment expliquer un tel plébiscite ? L’énergie rock ? Les paroles appelant à ne pas tenir compte du jugement des autres ? La langue italienne ? « Un mélange de tout ça », répond le quatuor en cœur. « Il n’y a pas de formule magique, mais ce type de musique, même s’il a toujours existé, manquait peut-être à un niveau mainstream », précise Thomas.

Zitti e Buoni a servi de locomotive à I Wanna Be Your Slave, figurant sur l’album Teatro d’Ira : vol. I sorti au printemps. Le morceau enregistre environ 700.000 streams hebdomadaires en France et s’est retrouvé dans les Top 10 d’une dizaine de pays. Dont une excellente septième place au Royaume-Uni. « C’est dingue ! se réjouit Damiano. Le marché anglais est difficile à approcher, il produit beaucoup de musique, surtout du rock. Alors, pour nous qui faisons du rock, c’est une reconnaissance importante, ça veut dire que nous le faisons bien. »

Portés par cette belle dynamique, les Italiens entendent bien battre le fer tant qu’il est chaud. Les Måneskin ont déjà commencé à travailler sur leur nouvel album, annoncé pour la fin de l’année.