« Jeux vous aime » : Avec Patrick Sébastien, on a parlé mots croisés, « Sardines » et même de sa mort

MEDIAS Patrick Sébastien a reçu « 20 Minutes » pour parler du premier numéro de son magazine de jeux arrivé ce jeudi dans les kiosques, mais pas que...

Fabien Randanne

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Patrick Sébastien dans les locaux de sa société Magic TV, dans le 16e arrondissement de Paris.
Patrick Sébastien dans les locaux de sa société Magic TV, dans le 16e arrondissement de Paris. — Sylvain RENON (CMI-France)
  • Le premier numéro de Jeux vous aime, le magazine de Patrick Sébastien, est paru ce jeudi.
  • « Je suis un passionné de mots croisés. A 14 ans, j’ai participé championnat de France », explique à 20 Minutes l’humoriste qui a conçu les grilles de mots croisés de la revue.
  • « J’aurais pu ne faire que de l’intello. J’en ai les moyens, j’ai une culture, j’ai gagné trois fois Questions pour un champion, mais ça ne m’intéresse pas. Il y a toute une frange de gens qui ont envie de choses simples, de détente. »

 

Le numéro 1 lancé ce jeudi dans les kiosques promet « des bons mots, des beaux moments ». Sur la couverture, Patrick Sébastien yeux et costume bleus sur fond azur mordille une branche de lunettes pour faire sérieux. Le titre fait dans l’homophonie facile : Jeux vous aime. Au menu : une cinquante de pages de mots fléchés, mots croisés ou sudokus… On cherche la chute de la blague. Il n’y en a pas. « Je suis un passionné de mots croisés. A 14 ans, j’ai participé au championnat de France. J’ai toujours été fasciné par les définitions », explique l’ex-animateur qui nous reçoit dans les bureaux parisiens de sa société Magic TV, à deux pas des Champs-Elysées.

Il nous confie son amour pour le dictionnaire («C’est le livre le plus intéressant »), dit être « un élève de Michel Laclos », la star des verbicrucistes – le nom savant des concepteurs de mots croisés –, et assure que s’il passe « une journée sans écrire une chanson, un bout de scénario ou une grille de mots croisés », il a « l’impression d’avoir perdu [son] temps ».

Magazine « de résistance »

Patrick Sébastien a conçu toutes les grilles à résoudre dans son magazine. « Je n’aime pas quand il faut trouver des trucs que tu ne connais pas, comme la capitale de la Moldavie », avance-t-il. Tant pis pour Chisinau. Lui, son truc, ce sont les lignes horizontales et verticales à remplir avec des « mots simples » mais en passant par des définitions « rusées, astucieuses », avec des « jeux de mots, des doubles sens, des mots à l’envers. » Concrètement cela donne des énigmes à la « Vade retro Satolas, quand on y revient ! » (pour « Lyon » ?), « D’après son œuvre, il a eu des parents glorieux et châtelains » (pour « Marcel Pagnol »), « La chance de Cordy » (pour « Nini ») ou « Si on lui rajoute de l’o, on en fait une rivière » (là, on sèche…).

Le sommaire de Jeux vous aime laisse une place au rédactionnel. Patrick Sébastien a revêtu la casquette de rédacteur en chef et la plupart des sujets lui sont plus ou moins directement reliés. Une double page est consacrée à la « deuxième vie » de sa maquilleuse, ancienne monitrice d’éducation. L’humoriste narre sa rencontre avec Louis de Funès, se confie sur le décès tragique de son fils Sébastien, répond à une interview de trois pages et mène un entretien avec Jean Dujardin. Le lectorat aura droit à des gros plans sur les « drôles d’arnaques », à l’angle « chaud lapin » d’un article sur Victor Hugo ou à un papier sur la bonté. « L’optimisme, la bienveillance, la bonne humeur, sont des valeurs pour lesquelles je me bats. J’ai voulu des rubriques optimistes, des choses qui font du bien, du positif », affirme Patrick Sébastien qui qualifie sa revue de « livre de résistance » dont le mot d’ordre serait : « fuir les a priori, être le plus bienveillant possible ».

« J’aurais pu ne faire que de l’intello, mais ça ne m’intéresse pas »

Il énonce cela tout en ayant parfaitement conscience que cela va donner du grain à moudre à ses détracteurs. « On m’a toujours caricaturé : "Oh putain, c’est que de l’amour !" [il imite ceux qui l’imitent]. Ben ouais, avec moi, ça a toujours fonctionné. Quand j’ai pris l’équipe de rugby de Brive il y a vingt ans [il y a vingt-six ans en réalité], on s’est foutu de moi quand j’ai dit que j’allais faire fonctionner l’équipe à l’amour. Mais six mois après [deux ans plus tard, en réalité], on était champions d’Europe. »

Patrick Sébastien concède entretenir cette image du « Oh, putain, c’est génial ». Il ajoute : « J’aurais pu gommer tout ça pour ne faire que de l’intello. J’en ai les moyens, j’ai une culture, j’ai gagné trois fois Questions pour un champion, mais ça ne m’intéresse pas. Il y a toute une frange de gens qui ont envie de choses simples, de détente. »

Pour prouver que la marrade est son sacerdoce, il dégaine son téléphone et lance une vidéo adressée par un spectateur. La séquence se déroule dans un cimetière. On y voit des personnes en tenues de deuil se recueillir devant un cercueil quand soudain retentissent les premières notes de son tube, Les Sardines. « Ah qu’est-ce qu’on est serrés, au fond de cette boîte… » « Je trouve ça extraordinaire, s’enthousiasme-t-il. C’est la maman d’un forain, elle avait 80 ans et avait dit qu’elle voulait être enterrée avec cette chanson. Elle n’est pas la seule. Cela veut dire que plein de gens ont un recul sur la vie et que ces chansons légères ne le sont pas tant que ça. »

« Pour moi, la mort est imminente »

Patrick Sébastien se rit aussi de la mort. L’entretien, qui devait durer vingt minutes, se prolonge (il prendra fin au bout d’une heure), et s’éloigne des mots croisés. Il aborde de lui-même sa propre fin. « Pour moi, la mort est imminente. Je suis extralucide. J’ai 67 piges, je fume deux paquets de cigarettes par jour. Jusqu’ici tout va bien. Mais je vois autour de moi… L’AVC… Ça peut me tomber tout à l’heure, dans cinq minutes. Ma mère est morte à 73 ans. Il ne me reste pas beaucoup normalement. Cela ne me fait pas peur parce que je crois que tout est écrit. » On ne sait comment rebondir.

Il cite les paroles de la dernière chanson prévue sur son futur album. Il annonce que ce sera un texte parlé sur de la musique, puis déclame : « Est-ce qu’ils sont bien là les amis, les copains ? Est-ce qu’on a respecté mes dernières volontés ? Est-ce qu’il y a des guirlandes et des gens déguisés ? A-t-on bien vérifié le noir dans mon cercueil ? S’il y a de la lumière, je ne dors que d’un œil. » Le morceau s’achèvera par ces mots : « Maintenant je suis bien, je ne souffre plus, je n’ai plus mal aux dents, si j’avais su, je serais mort avant. Ce soir j’ai rendez-vous avec de vieux amis dans un petit bar, l’ambiance est libertaire, le portable interdit, non ce n’est pas l’enfer, c’est bien le paradis. »

Patrick Sébastien assure ne pas avoir peur de la mort mais davantage de ne pas occuper sa vie. « Je pourrais être à la retraite, mais qu’est-ce que je vais me faire chier si je ne fais rien… La vie ne m’intéresse qu’hyperactive. Je fais 100.000 km par an. J’ai plein de projets : un album, une série, les spectacles [une tournée du Plus grand cabaret du monde sera lancée cet automne]. » Il saisit son paquet de cigarettes, le montre et dit : « Ça, c’est mon arme de mort, je le sais. Si je meurs de ça, je ne l’aurais pas volé. Cela me ferait chier de mourir en avalant de travers un verre d’eau. »