« Nevermore » : Que signifie l’étrange message de Mylène Farmer?

MUSIQUE Jeudi soir, Mylène Farmer a annoncé un nouveau projet via une très brève vidéo sur sa chaîne YouTube

Fabien Randanne

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Détail de la vidéo Teaser de Nevermore, projet de Mylène Farmer.
Détail de la vidéo Teaser de Nevermore, projet de Mylène Farmer. — Capture d'écran YouTube Mylène Farmer
  • Jeudi, sur la chaîne YouTube de Mylène Farmer a été mise en ligne une vidéo de 12 secondes faisant apparaître le mot « Nervermore » ( «Jamais plus ») à côté d’un œil de volatile (de corbeau ?).
  • Ces indices peuvent laisser penser qu’il s’agit d’une référence à Edgar Allan Poe, auteur du poème Le Corbeau, dans lequel l’oiseau répète à plusieurs reprise le mot « Nevermore ».
  • Au cours de sa carrière, Mylène Farmer a, à plusieurs reprises, dit son admiration pour cet auteur américain du XIXe siècle auquel elle a rendu hommage en 1988 dans la chanson Allan.

Douze secondes et beaucoup de frustration. Jeudi soir, les fans de Mylène Farmer étaient nombreuses et nombreux à attendre impatiemment des nouvelles de leur idole. Rendez-vous était donné à 19h30, sur la chaîne YouTube de l’artiste.

A l’heure fatidique, une vidéo s’est lancée, faisant entendre un bruit de tonnerre puis les premières notes d’Au lecteur, adaptation musicale du poème de Baudelaire présente sur le dernier album de la chanteuse, Désobéissance, sorti en 2018. A l’image, un gros plan sur un œil d’oiseau – nos faibles compétences ornithologiques ne permettent pas d’affirmer qu’il s’agit à coup sûr d’un corbeau – puis l’apparition, en lettres écarlates, du mot « Nevermore » ( « Jamais plus »). Et puis c’est tout.

Stupeur et tout le tremblement. Quel message Mylène Farmer a-t-elle voulu faire passer ? Faut-il comprendre qu’elle met un terme à sa carrière ? Qu’il n’y aura « jamais plus » de chansons, « jamais plus » de concert, « jamais plus » d’apparitions médiatiques ? L’artiste avait conclu sa dernière série de concerts à la Paris La Défense Arena, il y a deux ans, en disparaissant dans un brasier après avoir interprété L’horloge, un poème de Baudelaire (encore lui), sur le temps qui passe et la mort qui se profile inéluctablement à nos horizons. Ce même morceau était celui qui ouvrait, trente ans plus tôt, les concerts de la première tournée de la chanteuse. Le documentaire sur ces spectacles, mis en ligne sur Amazon Prime Video en fin d’année dernière s’intitule par ailleurs La dernière création.

Alors quoi ? Ça voulait dire que la boucle était bouclée ? Qu’on ne la reverrait jamais sur scène ? On n’a pas la réponse, mais on n’imagine pas Mylène Farmer prendre sa retraite en se contentant de programmer une vidéo de douze secondes avant de filer en terrasse profiter du couvre-feu repoussé à 23 heures. D’ailleurs, parmi les mots-clés attachés à la vidéo figure « #Teaser », « avant-goût » en français.

La piste Poe

Il faut donc plutôt s’attendre à ce que la star révèle un nouveau projet. S’il est trop tôt pour savoir quelle forme il prendra, on ne serait pas étonné, en décryptant les maigres indices de la vidéo, qu’il ait un lien avec l’œuvre d’Edgar Allan Poe. L’un de ses poèmes les plus célèbres, The Raven (« Le Corbeau »), met en scène un volatile qui répète le mot « Nevermore ». L’un des premiers à avoir traduit ce texte en français fut… Charles Baudelaire.

Edgar Allan Poe est l’un des auteurs fétiches de Mylène Farmer. « C’est quelqu’un qui a […] pour moi une des plus belles écritures, et puis qui a un univers qui me fascine et dans lequel je me complais volontiers », déclarait-elle en 1988 au micro de NRJ. A l’époque, elle assurait la promotion de l’album Ainsi soit je… sur lequel figure la chanson Allan, hommage explicite au poète et romancier américain du XIXe siècle, à travers une référence au poème Ligeia et l’utilisation d’un champ lexical en phase avec les marottes de l’écrivain (« Pauvre fantôme étrange et blême […], la nuit frissonne »).

Si la piste Edgar Allan Poe se confirme, quelle que soit la nouvelle création de la chanteuse (une chanson, un concept album…), les fans risquent de ne pas avoir fini de se poser des questions sur la suite de la carrière de leur icône. Mylène Farmer, elle, déclarait récemment au magazine Têtu : « Je n’imaginais pas que, dans le monde ultra-connecté qui est le nôtre aujourd’hui, le secret deviendrait un des derniers espaces de liberté. C’est devenu une nécessité, un espace vital. » Il semblerait qu’en semant ci et là des indices, elle ait une nouvelle fois trouvé de quoi conjuguer son goût du mystère à la science du marketing.