« Je n'ai jamais été heureuse de ma vie et ça vient de m'arriver », confie Ophélie Winter

INTERVIEW L’idole des années 1990 se raconte dans le livre « Résilience », paru vendredi

Propos recueillis par Clio Weickert

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Ophélie Winter en 2009 lors du festival de Cannes.
Ophélie Winter en 2009 lors du festival de Cannes. — TELBA/OH/SIPA
  • Ophélie Winter se dévoile dans un livre autobiographique, Résilience, sorti mercredi.
  • L’idole des années 1990 raconte ses peines et ses joies, sa vie en montagnes russes.
  • Sentiment d’abandon, « syndrome de l’imposteur »… Elle a répondu aux questions de 20 Minutes.

Après avoir vu sa vie s’étaler dans les pages de la presse people, Ophélie Winter reprend la main sur son histoire. Mercredi, l’idole des années 1990 a dévoilé Résilience, une autobiographie dans laquelle elle retrace son parcours, ses succès et ses amours. Elle y révèle aussi ses passages à vide, les nombreuses épreuves qu’elle a dû affronter et son combat contre la maladie. Au bout de ce long chemin parsemé de joies et de peines ? Une quête incessante du lâcher-prise et un rêve de sérénité.

Malgré une fatigue certaine, – elle enchaîne les interviews depuis plusieurs jours –, c’est une Ophélie Winter enjouée que 20 Minutes a rencontrée, le jour de la sortie de son livre. Avec un naturel désarmant, elle s’est confiée sans fard sur cette vie en montagnes russes.

Pourquoi avoir attendu tant d’années pour parler de ces épreuves ?

J’ai déjà attendu le décès de mon oncle, et de ma grand-mère parce qu’elle n’aurait pas compris, je pense. A un moment donné je regardais mon Insta et les dernières photos que j’avais postées ce n’était que mes amants, mes mecs, mes copains, qui mouraient. J’étais celle qui était censée mourir plus jeune que tout le monde. Et en fait je suis la seule à rester et je me dis que c’est peut-être le moment de poser ce sac de parpaings et d’expliquer comment on peut se sortir de… Je n’ai jamais été heureuse de ma vie et ça vient de m’arriver. Ça fait six mois que je suis heureuse.

Vous vous sentez vraiment heureuse désormais ?

Oui. Je n’avais pas de comparaison, je ne connaissais pas le bonheur donc ça ne me manquait pas. J’avais un peu une tendance à flinguer mes futurs mariages, alors que je me fiançais et que je voulais me marier. Mais à chaque fois je partais. J’ai un truc de destruction du bonheur potentiel, s’il existe vraiment. Il y a une phrase d’Einstein qui dit, je ne me souviens plus de la manière dont il l’a dit mais en en gros c’est « n’attendez pas que ça change si vous continuez à faire la même chose tous les jours ». Cette phrase m’est restée dans la tête hyper longtemps et je me suis dit que si je ne change rien à mon attitude, si je ne pose pas mon sac, si je ne parle pas, ma vie ne changera pas. Je ne voulais pas me terrer là-dedans.

Vous confier sur des problèmes aussi intimes a-t-il été difficile, ou au contraire, assez libérateur ?

Ça a été super long. On a mis un an à le faire, entre-temps j’ai été malade, j’ai passé deux mois à l’hôpital, donc on a dû mettre le livre en pause, mais j’ai failli crever encore une fois. Ça a été épique. Tout le monde pensait que je n’allais pas le sortir, soit j’allais mourir, soit dire que je m’en foutais… Ça a été compliqué mais je suis super heureuse d’avoir réussi à le finir. Je voulais que les fans me reconnaissent quand je parle à l’écrit : mes conneries, mes vannes, le recul et l’humour que j’ai sur toutes les situations. Je trouve que c’est aussi une clé que je leur donne pour faire le 4x4 dans la vie. Tu passes partout avec l’humour, ça désamorce l’angoisse.

Ce livre s’intitule « Résilience ». Que signifie ce mot pour vous ?

Si je devais mettre le signe « égal » à côté, je mettrais « liberté ». Le moment où j’ai posé mon sac de parpaings, c’est très imagé mais c’est vraiment ça, personne ne se demande pourquoi on porte ce putain de sac, avec nos angoisses, les trucs de famille… Tout le monde le porte. Le fait de poser ce truc-là, de ne plus avoir d’adresses particulières. Je n’ai plus envie de dire « j’habite ici ». D’où les trucs à la con de dire que je suis SDF parce qu’ils m’ont vu dans des camions en train de faire mon déménagement avec des potes… Depuis cet événement-là, la résilience c’est de pouvoir partir à l’aéroport, de demander où je vais, tenter des trucs que je n’aurais jamais osé faire avant, de prendre un appartement et de l’habiter six mois, découvrir une culture… C’est la liberté.

Vous évoquez plusieurs abandons familiaux dans votre vie, celui de votre père, puis votre mère plus tardivement. Est-ce possible de se remettre de ce sentiment d’abandon selon vous ?

Je pense que sans psy on n’y arrive pas. On tire des conclusions hâtives de notre perception personnelle de la situation, qui en général est fausse. Par exemple je pensais que j’avais des problèmes avec les hommes… J’avais complètement occulté le truc de mon oncle hein [dans son livre, Ophélie Winter révèle avoir été victime d'attouchements par son oncle maternel]. C’est ma psy qui était une jungienne et qui me faisait parler. Tout d’un coup le dossier est ressorti du cerveau. Je me suis entendu le dire et je me suis dit ohlala… J’avais vraiment occulté ça.

Durant toute votre carrière, un sentiment d’illégitimité vous a poursuivi. Vous parlez à plusieurs reprises de ce « syndrome de l’imposteur ». Avez-vous réussi à vous en défaire ?

Maintenant oui. C’était avant que je sache qu’on me diagnostique surdouée, et c’est aussi un truc de surdoué de penser être une arnaque vivante en permanence. Moi je le pensais sincèrement. Maintenant non. Les gens qui se posent des questions sur eux en général, ils ont un cerveau.

Artistiquement, une image vous a longtemps collé à la peau : celle d’une chanteuse de « playback », réduite à son physique, sa blondeur… Avec du recul, avez-vous le sentiment d’avoir été particulièrement victime de misogynie ?

Oui, un peu. Les patrons de maisons de disques étaient tous des mecs, en studio pareil. Prince m’a appris à m’en servir et à l’époque j’étais un peu la seule nana ingénieure du son, ça les rendait fous ! Je les faisais sortir du studio, on était près d’un court de tennis, et je leur disais « allez jouer au tennis » ! Je branchais le micro sur la console et je leur disais que quand ils reviendraient ce serait fini, mixé mastérisé ! Ce n’est pas un métier pour les femmes, mais quel est le métier pour les femmes en fait ? Où on n’est pas harcelé, rabaissé… Franchement ?

Vous avez vraiment senti que c’était plus difficile de réussir quand on était une femme ?

Mais clair ! Aux Etats-Unis, j’ai eu un rendez-vous avec un agent, celui de Leonardo DiCaprio après Titanic, c’était une tannée pour avoir un rendez-vous avec lui. Et le mec me dit « va sous la table » ? Clairement quoi ! Je me suis cassée. Et en France aussi… Limite d’être jolie en soi ça n’aide pas. Je parle de quand j’étais jeune hein.

Vous êtes toujours jolie !

Pas tellement non.

A l’époque on vous appelait « Ophélaï », ça vous plaisait ce surnom ?

On l’a inventé avec Mademoiselle Agnès et ma styliste à l’époque, on s’appelait les sorcières d’Eastwick toutes les trois, on était tout le temps fourrés ensemble. Et on avait inventé la langue de « aï », c’était « Ophelaï ». On avait même commencé à faire un petit dictionnaire, on voulait vraiment lancer une langue. C’est vraiment 90 ! Même mes vrais potes m’appellent Ophelaï. C’est « no soucy » [à prononcer no souçaï].

Vous chantiez notamment « Dieu m’a donné la foi ». Vous avez foi en quoi, en qui aujourd’hui ?

Toujours pareil : en Dieu et en moi ! C’est un duo qui marche bien. J’ai compris que tant que j’étais honnête avec moi-même, j’étais honnête face à Dieu. Je peux arriver au bout d’une falaise et il me rattrape toujours. Il ne m’arrive jamais rien de dramatique parce que je suis une bonne personne et que ça fait un moment que je paie mon ticket… Il me sauve à chaque fois. « Dieu m’a donné la foi » c’est toujours actuel. Je ne vois plus personne, je suis hyper sauvage, je suis un loup, mes copains m’appellent la « louve ». Je reste avec Dieu quoi. Et j’aime bien être dans les pays un peu chaud, le matin tu sens l’énergie de la mer, du soleil, c’est fort quoi !

Vous évoquez le rapport destructeur qu’ont eu les médias avec vous. Est-ce difficile aujourd’hui de devoir vous plier de nouveau à des interviews pour ce livre ?

Non, je suis cool, je n’ai rien à cacher, je suis détente…

Vous n’avez pas d’amertume par rapport à la presse ?

Ce n’est pas la même, il y a les torche-culs et la presse. Ils m’ont massacré, ça a été horrible à lire, et Dieu sait que je n’ai pas tout lu. Ça m’a tué, un tel acharnement sur une personne, qui était en plus inactive dans le travail. J’étais partie depuis dix ans. C’était quoi leur délire ? D’où se rappelaient-ils de moi ? Et pourquoi avaient-ils décidé de dire que j’habitais dehors ? Que je ne payais pas les hôtels alors que j’ai habité six mois au Plaza, ça m’a coûté un bras, je sais que je l’ai payé… Mais je ne mélange pas tout.

Vous ne trouvez pas que le regard que les médias portent sur vous a un peu changé ?

Je ne sais pas, mais en télé je me trouve beaucoup mieux reçue. Je suis un peu une revenante, et comme ils pensent que ce qui a été écrit sur moi est vrai – ce qui n’est pas le cas –, pour eux j’étais vraiment à la rue, ruinée, morte, je ne sais quoi. Ils me voient arriver avec la banane, en rose fluo, à faire mes conneries et être sympa, ils sont contents quoi ! Les Français aiment bien la résurrection. Ce qui est d’ailleurs le titre de mon dernier album. Après, quand je raconte certaines choses, je vois que ça choque beaucoup les gens. L’histoire de la carte d’anniversaire avec les nez, offerte par ma mère [pour qu’elle se fasse refaire le nez à l’adolescence], moi je me dis que c’est anecdotique. BFMTV en parlait hier, ils parlaient de mon livre et c’est le seul truc qu’ils ont retenu ? Je me suis fait violer pendant dix ans et vous me parlez de ça ? C’est bizarre, non, comme choix ?

A la fin de ce livre, vous expliquez vous être isolée du monde, à la montagne puis sur une île, afin de vous reconstruire. Dans quel type d’endroit vivez-vous désormais ?

Je vis entre Paris et la Réunion. J’ai une maladie, on va savoir ce que c’est jeudi finalement, ça fait six mois que je suis paralysée des mains et des pieds, je ne peux pas écrire, je ne tiens pas debout… C’est très compliqué. Je ne peux rien porter, je ne peux pas faire de sport, moi qui fais deux heures de sport par jour, je vis un cauchemar. Mes docteurs me conseillent d’aller au soleil, au maximum pour faire de la vitamine D. Je vais avoir une opération parce que j’ai une arthrose géante sur le cou depuis Danse avec les stars et toutes mes paralysies viennent de là. J’aime bien la Réunion parce que c’est la France quand même et il fait chaud quoi.

Une carrière artistique ou médiatique, à la télé par exemple, c’est quelque chose que vous envisagez ?

Oui mais alors un truc marrant, je ne veux que rigoler ! Si je le fais avec des potes et que c’est sympa… Mais pas Hanouna hein ! Qu’on soit bien clair… Ce n’est pas pour dire de la merde sur les gens. Mais un truc nouveau, sympa… La télé j’adorerais. J’adorerais aussi faire une série parce qu’en plus dans ma tête j’ai besoin d’avoir une niche, de savoir que je vais travailler trois mois et après être libre. Là j’étais trop dans le wild, après il fallait que je me cache, c’était compliqué, c’était un peu comme une chasse à l’homme ces deux dernières années.