Montpellier : Une peinture de Soulages estimée entre 500.000 et 800.000 euros vendue aux enchères

VENTE Cette œuvre, conservée par des collectionneurs, est dans un état exceptionnel

Nicolas Bonzom

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Pierre Soulages (Archives)
Pierre Soulages (Archives) — Sten-M Rosenlund/REX/SIPA
  • Une toile de Pierres Soulages datée de 1975, un peintre rare, sera mise aux enchères samedi, à l’Hôtel des ventes de Montpellier, parmi d’autres œuvres.
  • Achetée il y a quarante-cinq ans par des collectionneurs montpelliérains et conservée parfaitement depuis, l’œuvre se trouve dans un état exceptionnel.
  • Cette huile sur toile est estimée entre 500.000 et 800.000 euros.

Ce sera une journée un peu particulière samedi, à l’Hôtel des ventes de Montpellier (Hérault). Les commissaires-priseurs proposeront aux enchères de véritables trésors, issus de collections privées : une huile sur toile de 1834 de Camille Corot, représentant Deux moines sur la terrasse du Palais Doria à Gênes, des céramiques de Picasso, et des instruments de musique dont un violoncelle de 1895, du célèbre luthier lillois, Joseph Hel. Mais la star de cette vente aux enchères, ce sera sans nul doute une peinture de Pierre Soulages du 16 avril 1975, dont les œuvres sont plutôt rares.

Pierre SOULAGES (1919)Peinture 16 avril 1975Huile sur toile 100x 81 cmSignature en bas à droite. Date et signature au dos.Estimation : 500 000 / 800 000 euros
Pierre SOULAGES (1919)Peinture 16 avril 1975Huile sur toile 100x 81 cmSignature en bas à droite. Date et signature au dos.Estimation : 500 000 / 800 000 euros - Hotel des ventes de Montpellier

Cette huile sur toile, faite de noir (bien sûr) et de nuances de bleu, a été précieusement conservée par des collectionneurs montpelliérains, depuis qu’ils l’ont achetée dans une galerie, à Montpellier, un an plus tard. « Et depuis, elle n’a jamais bougé », se réjouit le commissaire-priseur Bertrand de Latour, qui officiera samedi, à l’Hôtel des ventes. Le tableau a passé quarante-cinq ans dans un bureau, sans que personne n’y touche. « Ce n’était pas du tout un achat spéculatif, mais un achat de collectionneur, d’amateur, reprend ce spécialiste. C’est rare, car très souvent, les œuvres se déplacent. »

« Il y a assez peu de transactions d’œuvres de cet artiste »

L’état de conservation de cette huile sur toile de 100 x 81 cm frôle, ainsi, la perfection. « Comme une sortie d’atelier », explique Bertrand de Latour. L'oeuvre a été restaurée, avant la vente, par Pauline de la Grandière, la restauratrice officielle de Pierre Soulages. « Il n’y avait quasiment rien à restaurer, elle est en très, très bon état », confie à 20 Minutes cette spécialiste du peintre languedocien, qui a simplement effectué un « dépoussiérage » à l’arrière et sur la face du tableau, et un léger recollage du bordage.

Si les œuvres de Pierre Soulages ne vieillissent « pas plus que les autres », poursuit sa restauratrice personnelle, « elles demandent un niveau d’exigence, dans la conservation, un peu plus important. La surface est telle, qu’elle doit être vraiment parfaite. Et le noir a un pigment qui est un peu plus exigeant que les autres. » Cependant, explique Pauline de la Grandière, « la peinture reste très solide. Pierre Soulages est un excellent technicien, et il maîtrise très, très bien la technique de la peinture à l’huile ».

Une vente rare

Samedi, le monde de l’art aura les lieux braqués sur Montpellier : une œuvre de Pierre Soulages aux enchères, c’est toujours un événement. « Il y a assez peu de transactions d’œuvres de cet artiste, d’abord parce qu’il a assez peu produit, mais aussi parce que lorsqu’elles ont un Soulages, les personnes le conservent, indique le commissaire-priseur. Même dans les grandes ventes internationales, on en trouve assez peu. »

Il y en a quelques-uns, tout de même. Et souvent, dans les ventes aux enchères, les prix des oeuvres de Pierre Soulages, à la popularité grandissante, s'envolent. En janvier, une toile a été cédée près de 1,5 million d'euros, à Caen. En 2019, une autre oeuvre de l'artiste, ayant appartenu à l'ancien président du Sénégal, Léopold Sédard, a atteint 9,6 millions d'euros, dans une vente, à Paris. La toile qui sera mise aux enchères samedi, à Montpellier, emblématique de la période qui se situe entre les « brous de noix » du peintre et son mythique « outrenoir », est estimée entre 500.000 et 800.000 euros.

« Pour un artiste, c'est très honorant de savoir que leurs oeuvres sont bien vendues »

« La valeur d'une oeuvre, cela dépend simplement de l'offre et de la demande, il ne faut pas que les gens y accordent plus d'importance que ça », confie Benoît Decron, directeur du musée Soulages, qui propose à Rodez (Aveyron) un fonds exceptionnel, issu d'une donation de l'artiste, en 2005. Le musée va-t-il se positionner, lors de la vente, samedi ? « Même si je me positionnais, je ne vous le dirais pas ! », sourit le conservateur. Mais, « le rôle d'un musée n'est pas de collectionner toutes les oeuvres, confie-t-il. On ne collectionne pas des Pokémon ! Je n'ai pas l'obsession de ramasser tous les Soulages présentés dans des ventes publiques. Mon idée, c'est de proposer un ensemble représentatif de l'oeuvre de Pierre Soulages, une sélection qui parle. »

Une vente que le peintre, 101 ans, suivra, peut-être, de loin, à Sète, où il vit. « Pour un artiste, c'est très honorant de savoir que ces oeuvres sont bien vendues, parce que cela veut dire qu'il y a des personnes qui les cherchent, reprend le conservateur du musée Soulages. Mais les artistes, leurs oeuvres, ils les ont vendues depuis très, très longtemps. Donc cela fait bien longtemps que cela ne leur fait plus gagner un sou. »