De « Metroid » à « Returnal », les héroïnes de jeux vidéo sortent des canons

JEU VIDEO Exclusivité PS5, « Returnal » met en scène une astronaute d'âge mûr et renvoie à l'évolution des réprésentations de la femme dans le jeu vidéo

V. J.

— 

Dans « Returnal » sur PS5, le joueur et joueuse incarne une astronaute piégée dans une boucle temporelle sur une planète dangereuse
Dans « Returnal » sur PS5, le joueur et joueuse incarne une astronaute piégée dans une boucle temporelle sur une planète dangereuse — Housemarque / Sony
  • Disponible sur PS5, Returnal a pour héroïne une astronaute d’âge mûr, un personnage peu vu et rarement jouable dans le jeu vidéo
  • Le livre Héroïnes dans le jeu vidéo de Bounthavy Suvilay retrace l’histoire de ces femmes sous-représentées, stéréotypées, sexualisées, mais pas que…
  • Princesses sans détresse, méchantes iconiques, maman blaireau ou anti-héroïne, elles ont marqué et fait évoluer le jeu vidéo

Disponible depuis vendredi, Returnal est la nouvelle exclusivité PlayStation 5 et le dernier présentant du « die and retry », et même du « rogue lite », un gameplay qui demande aux joueurs et joueuses de mourir et recommencer encore et encore pour avancer dans le jeu, finir un niveau ou battre un boss. A l’instar de jeux comme Ghosts 'n Goblins, Dark Soulsou Sekiro, mais aussi de films comme Un jour sans fin ou Edge of Tomorrow. Returnal reprend littéralement le même concept avec son astronaute piégée dans une boucle temporelle sur la planète extraterrestre Atropos.

Selene, une héroïne d’âge mûr et une meilleure représentation

Parlons d’ailleurs de l’héroïne Selene Vallos, un personnage rarement vu et rarement jouable dans le jeu vidéo, à savoir une femme gréco-américaine d’âge mûr, au physique proche de Brienne de Game of Thrones ou Frances McDormand récemment oscarisée. Si elle est surtout vue de dos et en combi et n’a donc pas d’influence à proprement dit sur la qualité du jeu (il est très bon et très dur), Selene participe à une meilleure représentation des femmes dans un média… qui en a toujours besoin ?

Dans son livre Héroïnes de jeux vidéo, sous-titrée « Princesses sans détresse », aux éditions Ynnis, l’autrice Bounthavy Suvilay rappelle, études à l’appui, que les personnages féminins sont sous-représentés dans le jeu vidéo, en plus d’être souvent des stéréotypes ou de simples spectatrices. Pourtant, les héroïnes de jeux vidéo sont presque aussi vieilles que le jeu vidéo, avec par exemple Ms. Pacman et ses pixels ruban et rouge à lèvres comme autant d’attributs forcément féminins (sic).

Samus Aran, Becky, Kissy… Héroïnes des années 1980

A l’époque des princesses Peach et Zelda, le joueur, car pour le marketing, le joueur est toujours un adolescent, découvre à la fin du premier Metroid que sous la combinaison du redoutable mercenaire Samus Aran se cache une femme. Tout aussi redoutable donc. Révolution ? Bounthavy Suvilay relativise et voit cette révélation comme « une sorte de récompense » : « Le joueur a passé plusieurs heures avec ce personnage, et découvre qu’il s’agit d’une femme. Il y a quelque chose d’excitant car de rare et d’inatteignable pour un ado japonais ». Samus apparaît ainsi en pixels et bikini, et prend modèle sur la Ripley d’Alien, à laquelle on pense également beaucoup dans Returnal.

« Les années 1980 comptaient déjà des jeux mettant en scène des héroïnes, ajoute Bounthavy Suvilay, citant les mamans kangourou et oiseau de Kangaroo et Flicky, la Ninja Princess de Sega, ou d’autres femmes combattant des aliens dans Otenba Becky no Daibouken, Baraduke ou Layla ». Son livre liste ainsi des dizaines d’héroïnes, de Chun-Li et Lara Croft à Ellie de The Last of Us et Alyx de Half Life, et donne à voir l’évolution et la diversification des représentations. L’autrice précise que même une Lara Croft, stéréotypée et sexualisée, s’est vue réappropriée par les femmes, qui en ont fait une figure puissante, à travers le cosplay par exemple.

Meilleure est la méchante, meilleur est le jeu

Si une héroïne, entendons jouable, peut être aujourd’hui une femme de ménage (Sunset), une vieille dame dans un cimetière (The Graveyard), une déesse et loup (Okami), une maman blaireau (Shelter) ou une totale création (Cyberpunk 2077 et autres RPG), on retrouve beaucoup de femmes fortes et… rousses ! « C’est flagrant dans les productions occidentales, commente Bounthavy Suvilay, énumérant BloodRayne, Jane Shapard de Mass Effect, Lilith de Borderlands, Aloy de Horizon Zero Dawn ou Battlefield V. « Si le Japon n’a pas peur de la stylisation, l’Occident préfère le photoréalisme, et choisit toujours cette teinte pour signifier le hors du commun, l’exceptionnel. »

Enfin, le jeu vidéo a été marqué par des héroïnes non jouables mais non moins importantes. On évoquait Peach ou Zelda, qui ont elles aussi évolué avec les années et les jeux, et impossible de ne pas citer Aeris, le coeur de Final Fantasy VII et la raison pour laquelle le jeu est devenu culte. Avec aussi son méchant Séphiroth. « Comme disait Hitchcock, meilleur est le méchant, meilleur est le film, explique l’autrice de Héroïnes de jeux vidéo. Cela vaut également pour le jeu vidéo et ses méchantes. Portal ne serait rien sans GLaDOS, et pareil pour System Shock avec SHODAN, StarCraft avec Sarah Kerrigan, ou encore Wolfenstein : The New Order avec Frau Irene Engel. Ces intelligences artificielles ou méchantes iconiques sont des personnages très intéressants, très bien écrits, et donnent toute leur saveur aux jeux. » Et lorsque The Last of US Part II donne à jouer l’héroïne et la méchante, à moins que ce ne soit l’inverse, il s’impose haut la main comme le jeu de l'année.