Coronavirus à Bordeaux : « On espère que les gens auront autant envie d’aller au spectacle que sur les terrasses »

CULTURE De l’Opéra de Bordeaux au TnBA en passant par la compagnie de danse Révolution, la scène culturelle bordelaise est dans les starting-blocks pour la réouverture programmée au 19 mai

Mickaël Bosredon

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Le ballet Blanche-Neige d'Angelin Preljocaj sera présenté à l'Opéra de Bordeaux du 2 au 8 juillet 2021
Le ballet Blanche-Neige d'Angelin Preljocaj sera présenté à l'Opéra de Bordeaux du 2 au 8 juillet 2021 — Julien-Benhamou
  • L’Opéra et le TnBA n’ont pas cessé de travailler depuis leur fermeture en novembre dernier, et assurent être prêts à proposer des spectacles dès le 19 mai, et jusqu’au mois de juillet.
  • « Il sera important d’être strict sur le protocole sanitaire, prévient l’Opéra, pour rassurer le public notamment lors des entractes, moment où il faudra éviter les flux entre les spectateurs. »
  • La compagnie de danse Révolution est, elle, ravie de pouvoir présenter sa nouvelle création, qui se déplacera tout l’été en Nouvelle-Aquitaine.

Entre frénésie et prudence. Les acteurs de la scène culturelle bordelaise sont évidemment aux anges depuis les annonces de réouverture, dès le 19 mai prochain en ce qui les concerne. « On est très excité de pouvoir enfin rejouer normalement et d’accueillir du public » lance ainsi Olivier Lombardie, administrateur général de l’Opéra de Bordeaux. Mais la crise sanitaire leur a appris à rester sur la réserve, et tous soulignent avoir bien vu que les paliers de réouverture seraient conditionnés à l’évolution sanitaire, ce qui a son importance.

« On a encore en mémoire le 15 décembre dernier, qui nous était littéralement tombé sur la tête, puisque c’était la date où on devait rejouer après le deuxième confinement, et finalement tout avait été stoppé, rappelle Olivier Lombardie. Surtout, on attend le protocole sanitaire dans ses détails, car on ne sait pas si on sera sur les mêmes règles qu’à la rentrée dernière, notamment lors du deuxième palier avec une jauge à 65 % de fréquentation à partir du 9 juin. Il sera important pour nous d’être stricts pour rassurer le public, notamment lors des entractes, moment où il faudra éviter les flux entre les spectateurs. »

« On s’adaptera au couvre-feu »

Au TnBA (Théâtre national Bordeaux en Aquitaine), on « multiplie les réunions » ces derniers jours, pour évoquer dans le détail le protocole à venir. « On attend encore des précisions, mais nous avions des protocoles stricts à l’automne dernier que l’on va remettre en place, et on s’adaptera au couvre-feu pour permettre aux gens de rentrer aux horaires autorisés » insiste Ariane Braun, administratrice générale.

Le Ballet Blanche Neige sera présenté à l'Opéra de Bordeaux début juillet
Le Ballet Blanche Neige sera présenté à l'Opéra de Bordeaux début juillet - Julien Benhamou/Opéra de Bordeaux

Sur le volet artistique, les deux institutions bordelaises n’ont pas cessé de travailler depuis leur fermeture en novembre dernier, et assurent être prêtes à proposer des spectacles dès le 19 mai, même si certains devront être revus. « On va pouvoir répéter Carmen [un des temps forts de la saison 2020-2021 de l’Opéra] pour la première programmée au 30 mai, mais au lieu de la version scénique initialement prévue, on présentera une version concert à l’auditorium, avec un seul casting français, explique Olivier Lombardie. On va aussi répéter le ballet Blanche Neige d’Angelin Preljocaj, que l’on donnera début juillet, période à laquelle on espère être à 100 % de jauge. On aura enfin les deux grands concerts de Paul Daniel, qui clôtureront d’ailleurs sa direction musicale [il s’agit de la dernière saison à Bordeaux du chef d’orchestre]. Ils finiront en beauté la saison symphonique. »

Programmation exceptionnelle du TnBA cet été

Le TnBA aussi avait anticipé cette reprise, et peut ainsi annoncer dès ce dimanche qu’il proposera « exceptionnellement, une programmation estivale jusqu’au 24 juillet, avec des spectacles reprogrammés et des spectacles plus familiaux dans le square Dom-Bedos. » Des tarifs réduits seront mis en place pour cette programmation particulière. « On espère que les gens auront autant envie d’aller au spectacle que sur les terrasses, lance Ariane Braun. Les artistes en ont besoin. »

Il y a les mastodontes de la scène culturelle bordelaise. Mais il y a aussi les formations plus modestes. Elles aussi bouillonnent d’impatience, comme la compagnie Révolution et son directeur et chorégraphe Anthony Egéa, qui va pouvoir proposer tout l’été sa nouvelle création, lors des Scènes d’Eté en Gironde et de l’ Eté métropolitain.

Le spectacle de danse Uppercut se produira tout l'été 2021 en Nouvelle-Aquitaine
Le spectacle de danse Uppercut se produira tout l'été 2021 en Nouvelle-Aquitaine - Pierre Planchenault

« Sur une scène posée au milieu du public, le spectacle proposera deux pièces, explique-t-il. La première s’appelle Uppercut, avec trois filles sur pointes qui performeront sur des musiques urbaines, dans l’idée d’amener la danse classique devant le plus grand monde. Le deuxième spectacle, One Man Pop, est un solo, à travers un garçon qui propose du Popping, une danse traditionnelle du hip-hop que l’on voit habituellement dans les battles. »

« Faire revenir les gens dans la salle »

Anthony Egéa assure que cette reprise des spectacles, « est une bouffée d’oxygène parce que si la situation avait perduré cet été, cela aurait été très compliqué pour les artistes. On arrivait à bout. »

Si les scènes culturelles veulent finir leur saison en beauté, sauver ce qui peut l’être encore, elles sont surtout déjà tournées vers l’avenir. Olivier Lombardie annonce ainsi que l’Opéra de Bordeaux présentera sa prochaine saison autour du 17 juin prochain. « Ce sera une saison très, très riche, prévient-il, puisqu’on va y rajouter tous les reports de cette année. » Le TnBA devrait présenter la sienne en septembre. Et Anthony Egéa prévient de son côté : « J’enchaînerai sur une nouvelle création, qui s’appellera Explosion, avec dix Popper sur un plateau, pour révéler cette danse spectaculaire au grand public. Le contexte sanitaire m’a impacté artistiquement : ce recul, cet abandon de la culture, m’a donné encore plus d’énergie. Je veux en mettre plein les yeux. »

Reste à savoir si le public sera au rendez-vous. « Je ne suis pas pessimiste, indique Olivier Lombardie, mais personne ne sait comment les gens vont réagir, et il va falloir les faire revenir dans la salle. Ceux qui avaient l’habitude de venir reviendront, mais retrouver nos taux de fréquentation exceptionnels d’avant la crise, risque de prendre un peu de temps quand même. Il va falloir scruter l’attitude générale de la population, en espérant surtout que l’on n’ait pas d’autres confinements. »