Christa Ludwig, une des plus grandes mezzo-sopranos du XXe siècle, est morte

DISPARITION La cantatrice allemande Christa Ludwig s'est éteinte samedi à l'âge de 93 ans

20 Minutes avec AFP

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Christa Ludwig à Cannes en 2008.
Christa Ludwig à Cannes en 2008. — LIONEL CIRONNEAU/AP/SIPA
  • La cantatrice allemande Christa Ludwig s'est éteinte samedi à l'âge de 93 ans.
  • Elle a été l'une des rares cantatrices capables de chanter avec brio le répertoire de Mozart et de Wagner.
  • Elle a partagé la scène avec Maria Callas et Elisabeth Schwarzkopf.

Elle était considérée comme l'une des plus grandes voix de la deuxième moitié du XXe siècle. La cantatrice allemande Christa Ludwig s'est éteinte samedi à l'âge de 93 ans, a annoncé dimanche l'agence de presse autrichienne APA.

Sous la conduite de chefs d'orchestre prestigieux comme Klemperer, Karajan, Böhm et Bernstein, la mezzo-soprano s'est produite sur les plus importantes scènes du monde pendant près d'un demi-siècle, entre 1946 et 1994, l'année de sa retraite.

« Chanter fut pour moi aussi naturel qu'apprendre à marcher»

Interprète hors pair de Lieder de Schubert ou de Brahms, elle a été l'une des rares cantatrices capables de chanter avec brio le répertoire de Mozart et de Wagner.

Celle qui vivait dans la banlieue de Vienne était née à Berlin le 16 mars 1928 dans une famille de musiciens: son père était ténor et a dirigé l'opéra d'Aix-la-Chapelle; sa mère était elle aussi mezzo-soprano.« Chanter fut pour moi aussi naturel qu'apprendre à marcher», confiait-elle.

La chanteuse d'opéra avait été décorée de la Légion d'honneur en 2010 en France pour l'ensemble de sa carrière lyrique.

Elle « ne pense qu'à ses cordes vocales, jour et nuit»

Après des concerts de Lieder, la jeune femme brune au visage rond entre à l'Opéra de Vienne en 1955, où elle décolle avec l'interprétation du personnage de Chérubin (Les Noces de Figaro de Mozart), avec Karl Böhm à la baguette.

Christa Ludwig triomphe ensuite, se produisant notamment à la Scala de Milan, au Royal Opera House de Londres mais aussi au Metropolitan Opera de New York.

Pendant 50 ans, elle « ne pense qu'à ses cordes vocales, jour et nuit », et s'administre au quotidien une discipline « semblable à celle des cosmonautes» pour préserver son timbre : pas de tabac ni d'alcool ... et même pas de cinéma, « parce que je devrais m'enfuir dès que mon voisin tousse».

En 1970, après 13 ans de mariage, elle divorce du baryton-basse autrichien Walter Berry, avec lequel elle a eu un enfant, et se remarie en 1972 avec le comédien et metteur en scène français Paul-Emile Deiber (mort en 2011).

« On est une légende si on est encore connu longtemps après sa mort »

Pour sa première à l'Opéra de Paris en novembre 1971, elle offre un récital de Lieder, marqué par dix rappels. « J'ai peur avant, pendant et le plaisir qui suit est si vite gâché par la pensée de la prochaine représentation», racontait celle qui a eu pour partenaires sur scène Maria Callas et Elisabeth Schwarzkopf.

Dotée d'une musicalité incomparable, possède un très grand répertoire, elle se produit sur toutes les grandes scènes internationales: Vienne, Berlin, Londres, Milan, Bayreuth, Salzbourg, New York, Buenos Aires, etc.

« Le monde de la musique perd avec la mort de Christa Ludwig la protagoniste d'une époque lumineuse et inimitable» , a réagi le théâtre de La Scala dans un communiqué, tandis que l'Opéra de Vienne saluait sur son site internet « la combinaison particulière d'une voix unique et d'une appréhension des rôles avec intelligence et talent d'interprétation» .

Après 49 ans de carrière, elle fait une tournée d'adieux de deux ans qui s'achève naturellement à Vienne, en 1994. Un journaliste qui lui demandait comment elle vivait son statut de diva, elle répondait, non sans humour: « On est une légende si on est encore connu longtemps après sa mort et, de préférence, si on a eu une mort tragique!».