Jour de la Terre : Récup de décors, éclairage LED et studios verts… Quand les tournages deviennent écolos

ENVIRONNEMENT A l’occasion du Jour de la Terre, retour sur les initiatives du secteur audiovisuel pour rendre les tournages plus écoresponsables

Anne Demoulin

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Le réalisateur Ziad Doueiri et  Anna Mouglalis (Amélie Dorendeu) sur le tournage de « Baron Noir », qui a opté pour l’écotournage pour sa dernière saison.
Le réalisateur Ziad Doueiri et Anna Mouglalis (Amélie Dorendeu) sur le tournage de « Baron Noir », qui a opté pour l’écotournage pour sa dernière saison. — Jean-Claude Lother / KWAI / CANAL+
  • La filière cinéma et audiovisuelle produit plus d’un million de tonnes de CO2 par an, c’est l’équivalent de plus de 410.000 vols aller-retour Paris - New York par an.
  • Face à ce triste constat, de plus en plus de producteurs de tournent vers l’éco-production.
  • Récup de décors, éclairage LED et studios verts… A l’occasion du Jour de la Terre, voici comment les tournages deviennent davantage écolos.

Un épisode de télé tourné à Paris revient à émettre 35 tonnes de CO2 , soit l’empreinte carbone de 3,5 Français sur un an ! « La filière cinéma et audiovisuelle produit encore aujourd’hui énormément de déchets. C’est plus d’un million de tonnes de CO2 par an, c’est l’équivalent de plus de 410.000 vols aller-retour Paris - New York par an. Et ce sont les chiffres de 2010 », a alerté Dominique Boutonnat, lors d’une table ronde sur le «  Développement durable : les grands enjeux » organisée par le CNC qu’il préside, à l’occasion de la dernière édition du Festival de la Fiction TV de la Rochelle, à laquelle 20 Minutes a assisté. Face à ce triste constat, de plus en plus de producteurs, de chaînes de télévision et autres plateformes tentent de réduire l’impact environnemental des fictions. A l’occasion du Jour de la Terre ce jeudi, retour sur les initiatives du secteur audiovisuel pour rendre les tournages plus écoresponsables.

De Baron Noir à Un si grand soleil en passant par Plus Belle la vie ou OVNI(S), de nombreux tournages de séries et de films adoptent un nouveau modèle de production, l’éco-production.

« Il faut faire en sorte que tous nos gestes soient réfléchis en amont. L’idée est de trouver des alternatives qui vont permettre de diminuer notre impact CO2 », résume Pauline Gil, consultante en éco-production à 20 Minutes.

Eco-manager, un nouveau métier de l’audiovisuel

A Hollywood, les « sustainable manager » font partie intégrante des studios et des équipes de tournage. En France, « c’est le début de l’effervescence en éco-production. Certains producteurs en font désormais une stratégie de production », se réjouit Pauline Gil.

« Sur les tournages, même si on a des convictions fortes, on est vite rattrapé par nos habitudes, regrette Carole Scotta, productrice Haut et Court TV, à qui l’on doit notamment The New Pope. On a besoin de savoir comment faire parce qu’on est un peu perdu dans la masse des actions à mener. »

Créé en 2009, le collectif Ecoprod, qui rassemble les poids lourds de l’audiovisuel français (TF1, France Télévisions, le CNC, Canal+…), accompagne les professionnels sur ces questions. « Sur le site, il y a un guide, plein de fiches et des outils comme un calculateur carbone, Carbon’Clap », indique Pauline Gil. Depuis 2018, la société Secoya accompagne les productions dans la mise en place de nouveaux process.

Des caterings objectif zéro déchet

Comment cela se passe concrètement sur les tournages ? « L’éco-production n’est pas applicable de la même façon sur tous les projets. Chaque projet est tellement unique, avec ses contraintes techniques et budgétaires. On ne va pas avoir le même plan d’action d’un projet à un autre », lance d’emblée Pauline Gil.

Mais, poursuit-elle, « il y a des choses qui coulent de source, comme diminuer ses déchets. ». Ecoprod invite à limiter les impressions de scénarios et autres plans de travail. « Cela concerne tous les consommables d’un tournage », enchaîne l’experte.

Dans les caterings écolo, les gourdes remplacent les bouteilles en plastique. Les régisseurs privilégient la vaisselle réutilisable, les produits en vrac ou en grand format et s’appuient sur des producteurs locaux. Ils mettent en place le tri sélectif sur les plateaux. Tous les corps de métier s’y mettent : « Au maquillage, on peut utiliser des cotons lavables et réutilisables », conseille Pauline Gil.

La récup’pour les décors et des costumes

Même chose du côté des costumes et des décors. « Il faut faire en sorte d’avoir vraiment une économie circulaire », recommande Pauline Gil. La réserve des arts en région parisienne ou ArtStock en région Provence-Alpes-Côte d'Azur sont spécialisés dans la récupération et le reconditionnement des décors, costumes et accessoires. « Et si l’on doit faire du neuf, il faut prendre le temps de réfléchir à comment on va le jeter, le recycler ou le donner », souligne Pauline Gil.

Un studio vert

Un tournage implique aussi une grosse consommation d’énergie. Ecoprod recommande de privilégier l’accès au réseau électrique local et d’abandonner autant que possible l’usage des groupes électrogènes. Le fournisseur ERDF et la ville de Paris se sont ainsi associés pour équiper de courant électrique les 80 principaux lieux de tournage de la capitale comme la tour Eiffel, l’Arc de Triomphe et les bords de Seine, afin que les équipes techniques n’aient pas besoin de générateurs.

Les studios passent aussi au vert. « On a mis 28.000 m2 de panneaux photovoltaïque sur le toit du studio, soit 3.2 MW crête. Le site produit beaucoup plus d’énergie qu’il en consomme », se félicite Olivier Marchetti, fondateur du studio Provence Studios, qui a accueilli les tournages d’Alex Hugo ou encore de La Stagiaire. Ecoprod conseille d’équiper les plateaux d’éclairages par LED ou HMI, ce qui réduit les coûts énergétiques de 30 % à 50 %, et recommande les batteries rechargeables pour le département son.

Provence Studios a choisi le LED : « C’est un investissement, mais c’est très rentable. Et ces lampes dégagent aussi moins de chaleur ». Le studio est aussi équipé d’un système de récupération des eaux de pluies : « On l’utilise quand on a besoin de faire de la pluie sur un tournage », informe Olivier Marchetti, qui a aussi mis en place un système de ventilation du studio « pour le rafraîchir » de façon plus propre.

Réduire son empreinte carbone passe aussi « par la réduction des transports », rappelle Pauline Gil. « Il faut faire en sorte d’éviter l’avion et de prendre le train. Et d’essayer de rassembler au maximum les gens dans des minibus », poursuit l’experte. Cela sous-entend une organisation en amont au cordeau : faire en sorte que les décors ne soient pas trop éloignés les uns des autres, et embaucher des équipes de techniciens sur place pour éviter de déplacer trop de monde. Des agences comme Onstage proposent de mettre des talents locaux en relation avec les productions.

Pour inciter les producteurs à se mettre à l’éco-production, le CNC a lancé en 2014 un fonds d’aide pour soutenir les initiatives écologiques dans le cinéma et l’audiovisuel. « De plus en plus de régions accordent des éco-bonus », félicite Pauline Gil. Mais, estime celle qui aspire à la labellisation de l’éco-production, « il faut aussi sanctionner » les productions qui ne respectent pas l’environnement.

Face à ce bel élan, « hélas, le Covid a beaucoup ralenti les choses. La crise sanitaire a obligé à faire un pas en arrière. On est obligé d’avoir beaucoup de choses à usage unique », regrette Pauline Gil. Heureusement, « les écoles demandent à Ecoprod de faire de la sensibilisation », salue la consultante en éco-production. Toute une nouvelle génération de réalisateurs, producteurs et techniciens qui aspirent à des tournages verts.