Hollywood met en valeur des artistes handicapés, une avancée pour l’industrie

REPRÉSENTATION Mais ce n'est pas la première fois que l'industrie du cinéma tente d'avancer sur le sujet avant de retomber dans ses vieilles habitudes

20 Minutes avec agences

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Illustration d'un Oscar.
Illustration d'un Oscar. — EMMANUEL DUNAND / AFP

La sélection des Oscars marque cette année un pas décisif vers la mise en valeur du handicap à Hollywood, mais l’industrie du cinéma doit persévérer pour maintenir sa représentation à ce niveau, estiment des professionnels du secteur. Jusqu’alors, les studios d’Hollywood « n’ont pas fait du très bon travail, mais ils le savent, nous sommes là pour le leur dire », déclare Paul Raci, du film Sound of Metal, en lice dans la catégorie du meilleur second rôle masculin.

L’acteur, dont les parents sont sourds et qui a lui-même souffert de troubles de l’audition, estime être « l’un de ceux qui doit se trouver à l’avant-garde et ne pas laisser retomber l’élan ». « Leur rappeler tous les artistes sourds que nous avons, tous les artistes handicapés, tous les génies qui sont là », a-t-il déclaré.

De trop rares exactions

La méfiance est d’autant plus compréhensible que ce n’est pas la première fois que l’industrie tente d’avancer sur le sujet avant de retomber dans ses vieilles habitudes. En 1948, Jane Wyman, une actrice entendante, avait remporté un Oscar pour son rôle de sourde-muette dans Johnny Belinda, un mauvais choix de casting selon Paul Raci.

Un grand pas en avant avait été fait en 1987 avec l’attribution du prix de la meilleure actrice à Marlee Matlin, qui est sourde, pour Les Enfants du silence. Mais les prix récompensant des artistes handicapés sont restés de rares exceptions en comparaison du progrès accompli en matière de représentation des minorités ethniques ou LGBTQ sur le grand écran.

Les plus « sous-représentés »

« Très souvent, les handicapés ferment la marche parmi toutes ces communautés sous-représentées » , déplore Doug Roland, réalisateur du court-métrage Feeling Through, sélectionné cette année aux Oscars. Il est lui-même valide, mais son film est inspiré de sa rencontre avec un homme sourd et aveugle qui avait besoin qu’on l’aide à traverser une rue de New York.

Faute d’équipements adaptés, l’accès aux tournages est parfois tout simplement impossible pour certains artistes handicapés, malvoyants, ou se déplaçant en fauteuil roulant. Des stars d’Hollywood, parmi lesquelles Amy Poehler et Naomie Harris, viennent d’adresser aux studios une lettre ouverte les exhortant à engager d’urgence des spécialistes du handicap pour faire tomber ces obstacles.

Un prix cinématographique a été créé

Pour tenter de changer les choses, l’acteur Nic Novicki a créé en 2013 un prix cinématographique qui exige qu’au moins un membre de l’équipe technique ou du casting soit porteur d’un handicap. « Lorsque j’ai commencé, nous étions vraiment sous-représentés, bien plus que maintenant », relève-t-il. Il souffre d’une forme de nanisme et n’en pouvait plus de se voir proposer des rôles dont la teneur se résumait à sa petite taille.

Sélectionné également aux Oscars cette année, on trouve le documentaire Crip Camp, produit par la société créée par Barack et Michelle Obama. Il porte sur la création d’un camp de vacances pour jeunes handicapés dans les années 1970 et sur le rôle déterminant que cette structure a joué dans la défense des droits des handicapés aux Etats-Unis.