« On fonctionne dans cette logique du "on est plus fort ensemble" », racontent Caballero et JeanJass

INTERVIEW Les deux compères dévoilent leurs deux projets solos ce vendredi, « Oso » et « Hat Trick »

Propos recueillis par Clio Weickert

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JJ et Caballero nous parlent de leurs inspirations dans le rap — 20 Minutes
  • Caballero et JeanJass, deux rappeurs belges, sortent leurs deux projets solos ce vendredi : « Oso » et « Hat Trick ».
  • Deux projets musicaux distincts, présentés dans le même double album.
  • Loin de signer une rupture artistique entre les deux artistes, l’album commun prouve une nouvelle fois la belle complicité, aussi musicale qu’amicale, qui lie les deux compères.

Rappeurs inséparables de la scène belge, Caballero et JeanJass ont décidé le temps d’un projet de voler chacun de leurs propres ailes. Ou presque. Après la trilogie Double Hélice (de 2016 à 2018), qui leur a valu une belle renommée, puis l’album collectif High & Fines Herbes en 2020, les deux artistes reviennent chacun avec leur album solo ce vendredi.

Mais c’est ensemble qu'ils présentent leurs projets respectifs : Oso pour Caballero, Hat Trick pour JeanJass, deux espaces distincts de création où ils développent leurs univers propres, compilés dans un même double album. Et c’est à deux que les deux compères ont assuré la promo de ces projets presque solitaires, soudés par une complicité aussi musicale qu’amicale.

Pourquoi cette volonté de sortir deux projets solos distincts ?

JeanJass : On aime bien jouer avec les formules. Il y a eu celles de Double Hélice, High & Fines Herbes, et ça c’était un nouveau concept auquel on pensait depuis quelque temps maintenant. Depuis un an ou deux on se disait que ce serait une bonne idée de faire une « OutKast », un précédent dans le rap américain où OutKast a fait exactement le même concept [Speakerboxxx/The Love Below en 2003]. C’était pour faire quelque chose de nouveau, parler de nous et faire des morceaux plus intimes. Et surprendre un peu les gens car c’est ce qu’on a toujours aimé faire depuis le début.

Vous aviez besoin que les auditeurs identifient bien vos deux univers respectifs ?

Caballero : C’est un peu d’air frais dans cette formule à deux, avec des thèmes légers et beaucoup de divertissements. On n’en avait pas spécialement besoin mais on a trouvé ça intéressant et on s’est dit qu’il y avait de quoi faire un truc cool. Ça donne de la place à des trucs plus intimes, plus sincères, plus perso… Et même à des choses plus dans nos ADN propres en tant que rappeurs.

Ces deux albums sortent néanmoins dans un double album, et vous faites la promo ensemble. C’est difficile de vous séparer finalement ?

JeanJass : C’est juste que c’est plus marrant. En fait on est meilleur à deux dans n’importe quel exercice, en studio, sur scène ou en promo. Parfois j’ai plus de facilité à parler de son projet que je connais par cœur parce qu’on l’a bossé ensemble, et pour lui c’est peut-être plus facile de pointer des choses intéressantes sur le mien. On ne parle pas d’une même voix et je pense qu’il suffit d’écouter les deux CD pour se rendre compte qu’on est des personnes différentes.

Caballero : On a quand même envie de montrer cette liberté de faire du solo si on le veut. Si on veut proposer des choses à deux on fait un Double Hélice, si on est chaud d’inviter tous les copains défoncés on fait un High & Fines Herbes 2… C’est bien de marquer le fait qu’on est très libres. Et pour que les gens ne soient pas perdus on préfère se dire qu’on garde la force de frappe qu’on a à deux pour bien faire passer le message, plutôt qu’ils se disent « attends, ils sont séparés, qu’est-ce qu’il y a ? C’est la guerre ? »

Et vous vouliez une certaine cohérence entre ces deux projets ?

JeanJass : Pas vraiment. Je pense qu’il y en a une quand même parce qu’on a des goûts en commun, des compositeurs en commun aussi. Mais c’est assez accidentel, on fonctionne beaucoup à l’affectif, au feeling, on a sympathisé avec des tas de gens avec qui on a chacun fait nos morceaux. Mais chacun a fait exactement ce qu’il voulait faire. Evidemment on a écrit des chansons dans nos coins mais on les écoutait tout de suite ensemble et on pointait des choses à changer ou pas. Il y a toujours ce travail à deux.

Ce n’est pas vraiment un droit de regard, mais vous jetiez quand même un œil sur ce que chacun faisait ?

Caballero : C’est comme si toi tu avais un ou une meilleure amie et que tu faisais de la musique avec. Tu vas lui dire que ça tu n’aimes pas trop, ça oui… Et il écoute ou non le conseil !

JeanJass : Je suis son consultant !

Caballero : Je n’ai pas de droit de regard en lui disant « non tu ne dois pas faire ça », c’est lui qui décide ! S’il a une vision bien précise pour un morceau et qu’il veut y aller jusqu’au bout, il ira.

JeanJass : Il n’y a pas que nous deux d’ailleurs.

Caballero : Oui il y a eu Lomepal aussi, il m’a aidé énormément. Et c’est la même chose, il vient, on chille, je lui fais écouter mes morceaux…

JeanJass : Il y a aussi notre ingé son Jules, et Dee Eye qui est un compositeur qui a beaucoup produit sur les deux projets. Il y avait une espèce de noyau dur avec qui on a réalisé ces deux albums. Toujours dans cette logique du « on est plus fort ensemble », c’est comme ça qu’on fonctionne.

JeanJass, ton album s’intitule « Hat trick », peux-tu expliquer ce titre ?

JeanJass : C’est une expression qu’on traduit par « coup du chapeau » en français. C’est la performance rêvée pour un joueur de foot. C’est le fait de rentrer sur le terrain, mettre trois goals à la suite et d’être l’homme du match. C’est un peu ça l’image que je voulais envoyer, pour vendre une certaine qualité.

Tu as également cette esthétique du foot sur ta pochette, avec un maillot.

JeanJass : J’ai repris les codes des livres de stickers que j’avais quand j’étais jeune. C’est une imagerie très nineties que j’affectionne beaucoup. J’ai conçu un maillot de foot avec une marque anversoise qui s’appelle Arte, gérée par un ami, tout ça a été fait aussi de manière assez familiale et je suis super content du résultat. Et d’ici peu on va sortir les maillots, je n’ai pas encore les détails mais bientôt je balancerai les infos dessus.

Caballero quant à toi, ton album s’intitule « Oso ».

Caballero : En espagnol ça veut dire « ours » et ça pourrait être simplement un alias, un deuxième surnom qu’on m’a toujours un peu donné. Il y a aussi une référence dans l’album dans un interlude, où c’est mon père qui me racontait une histoire quand j’étais petit. Il me disait qu’il avait des super pouvoirs et qu’il pouvait se changer en ours quand la nuit tombait… On pourrait dire que c’est mon animal totem, comme chez les boy-scouts. A chaque fois sur mon chemin il y a eu des choses avec l’ours, et même moi je pense que je pourrais clairement être un genre d’ours, un peu rond, qui a l’air mignon et sympa mais quand il se fâche… Il y a la douceur et l’agressivité. Ce qui se traduit un peu dans ma musique aussi. C’est assez efficace pour me définir.

Sur les thèmes où vous vous retrouvez, vous parlez tous les deux de vos familles, de votre enfance, la manière dont vous avez grandi et peut-être même une certaine désillusion d'avoir grandi…

JeanJass : Dans l’absolu c’est nul de grandir. Tout est mieux quand tu es gosse, quand tu es jeune. Tu as l’impression qu’il n’y a que des devoirs et des obligations qui arrivent avec les années. Ça fait partie de l’âge qu’on commence à avoir, on a une trentaine d’années tous les deux et il y a une forme de nostalgie. Moi je suis un peu bloqué dans les nineties pour un tas de trucs parce que ce sont les années dans lesquelles j’ai grandi. Après ça ne me rend pas triste non plus, j’aime tout ce qui se fait aujourd’hui et je suis super heureux, malgré la pandémie et tout ce bordel, en soi tout va bien. Mais on a toujours aimé ça, même dans ce qu’on écoute et ce qu’on fait comme musique, on traverse je ne sais combien de décennies de rap en termes de choix d’intrus et des choses comme ça.

Ce qui est intéressant c’est que vous pouvez explorer des thématiques un peu plus personnelles.

Caballero : C’est notre ressenti, mais il y a peut-être des gens qui se demandent pourquoi ils ne font pas ces chansons à deux. Après pourquoi pas, peut-être qu’on y arriverait au final mais on est plus à l’aise de parler de ça seuls. Quand on se retrouve à deux il y a plus cet esprit de camaraderie, de rigolade, on fume un joint ou deux, on dit des conneries on fait des blagues… Quand tu te retrouves chez toi à écrire il y a un autre truc qui sort.

Vous vous retrouvez également sur le thème de l’amour, un thème difficile à aborder à deux…

JeanJass : On avait écrit une chanson d’amour à deux mais c’est un thème intime, alors que là tu peux en parler de manière transparente. Evidemment, sur son morceau Para siempre je ne vais pas arriver à la fin et lâcher mon petit couplet « ouais ils sont super heureux, ça me fait super plaisir » ! Non c’est un peu bizarre, en effet.

A vous deux vous avez l’impression de former un équilibre ? Le yin et le yang comme l’aborde Caballero dans son album ?

Caballero : Oui c’est une belle comparaison. Complémentarité : tu peux nous définir avec ce mot-là, sans aller beaucoup plus loin.

En quoi êtes-vous complémentaire artistiquement ?

Caballero : On a plein de goûts musicaux en commun, on se comprend sur plein de choses, en même temps on a aussi des différences qui viennent apporter des choses intéressantes. En dehors de ça, JJ est ingénieur son, beatmaker, il sait mixer une chanson et a une oreille professionnelle que moi je n’ai pas. Moi j’ai fait des études de graphisme et j’ai un œil pour tout ce qui est visuel, les idées un peu farfelues de clips ou de concepts visuels. Je me concentre beaucoup plus là-dessus. Ça forme le grand yin et yang JJ Caba.

Et où en êtes-vous de votre projet télé « High & Fines Herbes » ?

JeanJass : Le monde est un peu bloqué, ce qui empêche de réunir une bonne cinquantaine de personnes à Barcelone dans une villa. Mais dès qu’on pourra on va le refaire car c’est super cool à faire, c’est beaucoup de travail, ça demande beaucoup de préparations. Ça pourrait prendre une nouvelle forme, là on était sur une série, une espèce de parodie de téléréalité. Mais demain ça peut être comme Koh-Lanta par exemple, et on va sur une île déserte…

Caballero : Planter de la weed ! On aime bien surprendre et faire chier un peu. Titiller un peu les gens, qu’ils disent « ah non et en fait oui c’est cool ». J’ai toujours aimé quand les artistes provoquaient ça chez moi.

JeanJass : Là on va défendre à fond les solos, en espérant qu’au moins à l’été 2022 on puisse faire quelques concerts. J’espère que ça arrivera avant, mais on se prépare, on a des tas de morceaux et d’idées.