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INTERVIEW«On fait de la musique qui vieillit bien avec le temps», explique La Femme

« On fait de la musique qui vieillit bien avec le temps », explique le groupe La Femme, qui sort son album « Paradigmes »

INTERVIEWLe groupe sort ce vendredi son troisième album intitulé « Paradigmes »
Marlon Magnée et Sacha Got de La Femme.
Marlon Magnée et Sacha Got de La Femme.  - Oriane Robaldo  / Nicolas Vandyck
Clio Weickert

Propos recueillis par Clio Weickert

L'essentiel

  • La Femme sort son troisième album Paradigmes ce vendredi.
  • Un nouveau projet qui se dévoile petit à petit depuis plusieurs mois déjà, à travers des chansons envoûtantes comme Le sang de mon prochain, ou des clips complètement barrés comme Disconnexion.
  • Créatures fantastiques, artisanat, philosophie… Sasha Got et Marlon Magnée ont répondu aux questions de 20 Minutes.

Comme les premiers jours de printemps, La Femme vient nous réchauffer. Cinq ans après la sortie de Mystère, le groupe présente ce vendredi son nouvel album intitulé Paradigmes. Un projet qui se dévoile petit à petit depuis plusieurs mois déjà, à travers des chansons envoûtantes comme Le sang de mon prochain, ou des clips complètement barrés comme Disconnexion.

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A travers ces quinze nouveaux titres, La Femme nous plonge dans un monde tantôt fantastique, tantôt psychédélique, au bras d’une créature vampirique et enchanteresse ou au cœur d’un désert californien. Une musique pop où se mêlent cuivres, notes electros ou envolées lyriques, et toujours ces airs planants de rock des sixties et des seventies. Et c’est bien cet univers un peu fou, à la fois lunaire et ensoleillé qui séduit encore autant et réchauffe les cœurs. A l’image des deux membres fondateurs, Marlon Magnée et Sacha Got, que 20 Minutes a rencontrés.

Cinq ans se sont écoulés depuis votre dernier album. Qu’avez-vous fait depuis « Mystère » ?

Marlon Magnée : On a tourné pendant deux ans puis chacun est un peu parti de son côté, Sacha en Espagne, moi plutôt aux Etats-Unis… Après on s’y est remis pour faire l’album. Comme d’habitude on prend vraiment notre temps pour en finir un. Et une fois l’album terminé fin 2019 et masterisé début 2020, il y a eu la pandémie donc on a tout décalé d’un an. Mais le point positif c’est qu’on a pu soigner un peu plus nos clips et les avoir prêts pour la sortie du disque.

Certaines de ces chansons ont été écrites il y a plusieurs années, comme « Paradigme » par exemple. A quel moment sait-on qu’une chanson est prête à figurer sur un album ?

Marlon Magnée : Quand on en est fier, qu’on n’a rien à redire. Pour ma part ma méthode est de l’écouter beaucoup pour voir ce qui ne va pas au bout d’un moment, comme si tu ponçais un jean ou une voiture pour voir si elle est solide.

Sacha Got : Il faut que ce soit abouti, qu’il y ait une idée de chanson et pas juste une instru.

C’est un peu comme le bon vin finalement, on la laisse mûrir avec le temps ?

Marlon Magnée : Oui, on fait de la musique qui vieillit bien avec le temps et c’est vachement important. C’est comme un cuir de qualité ou des chaussures, on fait un produit de qualité qui dure. C’est de l’art mais il y a aussi une part d’artisanat dans la façon dont on fait la musique. Peut-être que nos plus grands tubes dorment encore, mais on ne veut pas sortir pour sortir. Il faut vraiment qu’on soit sûrs que ce soit bien.

Après « Psycho Tropical Berlin », puis « Mystère », vous revenez avec « Paradigmes ». Pourquoi ce titre ?

Marlon Magnée : A la base c’était un choix esthétique parce que le mot sonnait bien. Il invite au mystère, au paradis, à l’énigme… C’est un mélange de ça. Après tu regardes la définition et tu te rends compte que c’est autre chose. Si on voulait synthétiser, c’est une vérité qu’on peut démolir à tout moment, qui n’est pas forcément vraie. Mais à la base c’est purement esthétique. L’art c’est aussi esthétique parfois et ça n’a pas forcément de sens, tu peux les chercher après. Comme dans les écoles d’art où des profs vont être super relous et dire « pourquoi tu as choisi le rouge » ? Sauf que les 3/4 des artistes l’ont choisi parce que c’est joli ! Mais non, il faut broder un sens, c’est vachement à la mode. Parfois on a envie de dire que l’art peut être spontané et très léger, il faut arrêter avec cette profondeur systématique qu’on demande.

Dans le titre « Disconnexion », vous vous moquez un peu du philosophe justement.

Marlon Magnée : Du philosophe de télé ! C’est une nuance importante.

On se prend parfois trop la tête selon vous ?

Marlon Magnée : Non c’est important d’être philosophe. On a eu la chance d’avoir des gars comme Platon, Nietzsche etc. Par contre la philo à la télé, les spécialistes, les hommes politiques aussi, à qui tu poses une question et qui ne te répondent jamais… C’est plus se foutre de la gueule de ça, de ces gens à qui on pose une question claire et qui n’y réponde jamais. Mais à la base l’essence de ce morceau c’était ce rythme de disco et ce discours philosophique de Sacha.

Sacha Got : A ce moment je regardais pas mal de trucs de philo sur YouTube ou sur les plateaux télé. Mais ce n’était pas spécialement pour se moquer, même si en effet il y a parfois de quoi. Mais moi je suis souvent impressionné par ces gens-là. Ils ont une culture énorme que je n’aurai jamais, ils ont tout lu, ils connaissent toute l’histoire et je trouve ça fascinant. Même si tu n’es pas d’accord, tu ne peux déjà pas discuter sur un pied d’égalité avec eux tellement ils ont de savoir et de culture. Ils boxent dans une autre catégorie. Dans le clip il y a quelques références, Pascal, Descartes… C’était marrant de jouer aux intellos, c’était potache, un peu surjoué. Et il y a un contraste avec le côté sérieux et ce moment où ça part en couille avec un énorme trip…

On retrouve ce même univers de cabaret dans plusieurs clips.

Marlon Magnée : Quand est venu le moment de faire des clips, les visions qu’on a eu c’était qu’il fallait qu’il y ait une boîte de nuit et un plateau télé. « Paradigmes » sonnait comme le début d’un générique d’émission télé, et au fur à mesure on a voulu faire un film d’une fausse émission de télé spécial La Femme, inspiré des talk-shows des années 1970, de Polac, Pivot… A une sauce les Nuls, les Inconnus, car c’est notre génération.

Les chansons sont toutes liées ?

Sacha Got : Tout ça va être inclus dans un film avec une continuité et une trame qui sortira vers octobre. C’est une espèce d’émission de télé cabaret. Pour l’instant ça parait encore flou mais dans quelque temps tout ça va s’éclaircir.

Une autre façon pour vous d’aborder le monde c’est en développant un univers fantastique, peuplé de monstres, de vampires, de nymphes et de succubes. Qu’est-ce que vous inspirent ces créatures ?

Marlon Magnée : C’est cette mythologie autour de la femme, sa personnification comme une déesse ou un être maléfique aussi… Notre musique est vachement spooky, un peu comme dans un Tim Burton. Qu’elle soit mauvaise ou bonne on représente les deux côtés de la lumière. Il y a la femme vampire ou celle dans Sphynx [dans l’album Mystère], une espèce de femme d’un peuple extraterrestre un peu déesse possédée par la Lune, un mélange d’Egypte et de Japon… On est là-dedans quoi ! (rires) Autant triper donc on tripe et voilà ! Et c’est beau esthétiquement, comme cette femme robot Metropolis sur la pochette de Paradigmes ou celle avec les yeux blancs, dépersonnifiée, de Sphynx, c’est sublime ! Petit, j’adorais dessiner des squelettes et des vampires et après vers 12 ans je me suis mis à dessiner tout le temps la même tête de femme, comme sur mon jean (il se lève et montre son jean). Et au bout d’un moment ça se croise.

Vous trouvez que les personnages féminins sont plus fascinants que les personnages masculins ?

Marlon Magnée : J’ai toujours pensé ça, à part quand j’étais petit où j’étais à fond dans les Dragon Ball Z et les G.I. Joe, plus que dans les Barbie. Mais je commence à m’intéresser de plus en plus à la beauté du personnage masculin. Quand tu vois l’univers de Pierre et Gilles, et cet homme un peu grec, de dos avec des fesses bien rondes et sa musculature… Tu vois ? C’est beau et à travers l’être masculin tu as une espèce de puissance et une beauté un peu brut. J’aimerais bien aussi travailler sur l’être masculin.

Vous pouvez me réexpliquer pourquoi vous avez choisi ce nom de La Femme ?

Marlon Magnée : C’est un mystère !

Sacha Got : Ça dépend des moments quoi…

Marlon Magnée : Ça dépend du point où tu te situes et du contexte, tu pourras avoir des raisons différentes. Peut-être qu’un jour tu auras les réponses à tes questions…

Sacha Got : Peut-être si un jour tu nous croises à 5 heures du mat' complètement bourrés et qu’on a envie de se dévoiler, on en dira plus.

Différentes chanteuses chantent sur vos albums, pourquoi aucune d’entre elles n’a jamais fait partie du groupe ?

Marlon Magnée : Il y a plusieurs raisons, la plus cartésienne c’est que lorsque le groupe a commencé en live avec tout le monde, il était déjà formé depuis un an avec Sasha, on avait déjà écrit Psycho Tropical Berlin ensemble. Les rouages étaient faits et quand les gens sont venus le système était déjà comme ça. On a commencé par faire chanter des copines, Pandora Decoster, Marilu Chollet avant de rencontrer Clémence Quélennec ou Clara Luciani plus tard. On s’est rendu compte qu’à travers pas mal de voix ça sonnait bien. Il s’agissait de morceaux qu’on avait écrit pour les faire chanter par des femmes. C’était l’esthétique qu’on voulait développer. Après on a juste continué. Finalement il n’y a pas une femme qui est La Femme, c’est un tout.

Différents univers se mêlent dans cet album, est-ce que vous vous posez la question de la cohérence dans vos albums, ou pas du tout ?

Sacha Got : Au début on l’a beaucoup cherché et maintenant peut-être moins. C’est tellement éclectique et diffus que je dis qu’il y a une cohérence dans l’incohérence. Chaque morceau est dans un style différent, mais après on retrouve la cohérence dans des arrangements, des suites d’accords ou des voix. Plutôt que dans les styles.

Marlon Magnée : Dans n’importe quel morceau, malgré les styles différents, tu reconnais que c’est un morceau de La Femme. C’est notre son, notre style.

L’un de vos titres s’intitule « Foutre le bordel ». C’est un appel à la révolte ?

Marlon Magnée : Pas vraiment, c’est plus un appel au laisser-aller, au lâcher prise. On revendique de faire la fête, de sauter, de danser…

Ça vous manque la fête en ce moment ?

Sacha Got : Le bon côté c’est que le confinement m’évite pas mal de sorties inutiles, et j’en faisais beaucoup. Finalement c’est peut-être pas mal aussi pour ma santé.

Cette chanson a un côté un peu punk, vous pensez que ce genre musical peut revenir ?

Sacha Got : C’est un état d’esprit le punk. En termes de musique il y a toujours des groupes de punk qui existent, de niche. Je pense que c’est surtout un état d’esprit, un peu dissident…

Marlon Magnée : Je pense que ce n’est pas impossible. Il y a eu plusieurs vagues de punk, ça peut peut-être revenir, sous une autre forme…

Mais le punk a-t-il déjà été vraiment mort finalement ?

Marlon Magnée : Oui, le jour où il y a eu des teeshirts Ramones chez H & M.

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