Marne : Un tableau de Fragonard, disparu depuis deux-cents ans, retrouvé pas hasard dans un appartement

ENCHERES Le tableau se trouvait chez une famille qui n'y prêtait aucune attention depuis des générations

20 Minutes avec agences
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Un marteau d'enchères (illustration).
Un marteau d'enchères (illustration). — Pixabay / QuinceCreative

Un chef-d’œuvre de Fragonard, représentant un « Philosophe lisant » a été retrouvé à l’occasion d’un inventaire de succession. C’est ce qu’ont annoncé ce jeudi la maison de ventes Enchères-Champagne et le cabinet d’experts Turquin, à Paris, qui l’a authentifié. C’est un commissaire-priseur, Antoine Petit, venu faire un inventaire dans un appartement, qui a eu le regard attiré par un tableau ovale suspendu très haut sur un mur du salon et auquel la famille ne prêtait aucune attention depuis des générations. Il remarque une inscription ancienne à peine lisible, au revers du cadre en bois doré : Fragonard.

Le Cabinet Turquin, spécialisé dans l’expertise des tableaux anciens, a confirmé l’attribution. Ce tableau, disparu depuis plus de 200 ans, sera mis aux enchères le 26 juin par cette maison d’Epernay avec une estimation de 1,5 à deux millions d’euros. Cette toile de Fragonard (1732-1806) date des années 1768-1770, période au cours de laquelle il osera libérer son style pour exalter le plaisir de la peinture. Loin des sujets féminins et libertins qui ont fait sa renommée, il choisit le thème de la lecture. Il ne réalisera pas moins de neuf portraits d’hommes mûrs, auxquels vient s’ajouter « Philosophe lisant ».

« La force de sa peinture reste parfaitement reconnaissable »

« Malgré la poussière accumulée et le vernis jauni, la force de sa peinture reste parfaitement reconnaissable », souligne l’expert Stéphane Pinta. « L’artiste est arrivé au sommet de son art. Affranchis de l’extrême minutie du style rococo, ses coups de pinceaux sont rapides, sûrs et très expressifs », relève l’expert. Le tableau a manifestement été réalisé rapidement : virtuosité que les frères Goncourt qualifieront de « balayure furibonde » : « La peinture semble ici modelée, sculptée dans la matière, parfois même directement avec le doigt », note Stéphane Pinta.

Libéré de l’influence de ses premiers maîtres, Chardon et Boucher, Fragonard s’intéresse à la figure de l’homme mûr, barbu, dans la lignée des portraits pittoresques de vieillards appréciés des peintres hollandais du XVIIe siècle et en premier lieu de Rembrandt. « La thématique du savoir, de l’étude des textes et de la Bible sont autant de thèmes ramadanesques auxquels Fragonard souhaitait rendre hommage », ajoute l’expert.