Mort de Bertrand Tavernier : Amoureux de Lyon, le réalisateur avait « une grande fidélité » pour la ville

CINEMA Le réalisateur, décédé ce jeudi, disait être très attaché à sa ville natale et l’a prouvé tout au long de sa vie

Fabien Randanne

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Bertrand Tavernier lors de la cérémonie de clôture du Festival Lumière, à Lyon, en 2014.
Bertrand Tavernier lors de la cérémonie de clôture du Festival Lumière, à Lyon, en 2014. — Fabrice Elsner/SIPA
  • Bertrand Tavernier est décédé jeudi à l’âge de 79 ans.
  • Le réalisateur de L’Horloger de Saint-Paul était une figure de Lyon, sa ville natale.
  • « Lyon m’a appris un enracinement dans un lieu. Je suis provincial et content de l’être, je ne me sens pas parisien », déclarait-il en 2015.

Depuis l’annonce du décès de Bertrand Tavernier, ce jeudi, à l’âge de 79 ans, Lyon est en deuil. Pour mesurer à quel point le réalisateur compte aux yeux de la ville, il suffit de se rendre à l'angle de la rue de la Martinière et du quai Saint-Vincent, à deux pas de la place des Terreaux.

Là, sur un pan de mur de 800 mètres carrés s’étend la Fresque des Lyonnais, une œuvre réunissant les personnalités les plus illustres de la capitale des Gaules. On y trouve la martyre Sainte-Blandine, l’aviateur et écrivain Antoine de Saint-Exupéry, le médecin Claude Bernard ou encore l’architecte Tony Garnier. Vingt-quatre « stars » locales sont représentées d’un étage à l’autre, suivant une savante répartition chronologique.

Au niveau du rez-de-chaussée, figurent six hommes, qui ont eu l’honneur d’apparaître de leur vivant sur cette fresque réalisée au milieu des années 1990. Un sextet de « contemporains » composé de l’abbé Pierre, Paul Bocuse, Bernard Pivot, Bernard Lacombe, Frédéric Dard et, vous l’aurez deviné, Bertrand Tavernier.

« Lyon m’a appris un enracinement dans un lieu »

Même s’il n’a pas vécu toute sa vie – loin de là ! – dans le Rhône, Bertrand Tavernier a mérité sa place sur cette espèce de Wall of fame. Né en avril 1941 dans le quartier Montchat, à l’est de Lyon, il a quitté la ville alors qu’il n’avait pas dix ans, ses parents ayant décidé, en 1950, de s’installer à Paris. « Lyon m’a appris un enracinement dans un lieu. Je suis provincial et content de l’être, je ne me sens pas parisien », dira-t-il en 2015 en recevant, à la Mostra de Venise, un Lion d’or pour l’ensemble de son œuvre.

Il assurait avoir « une grande fidélité » pour sa ville natale. Et il l’a souvent démontré. Dès son premier film, L’horloger de Saint-Paul, en 1974, dont l’action se déroule dans le quartier du Vieux-Lyon évoqué dans le titre. Un décor qu’il n’a pas choisi au hasard : il s’agit d’une adaptation d’un roman de Georges Simenon, L’horloger d’Everton, l’intrigue a donc sciemment été déménagée de la cité anglaise jusqu’aux bords de Saône.

« Lyon est triste »

Dans ses longs-métrages, il a souvent cherché à reproduire les « intérieurs sombres » et les « hauts plafonds » spécifiques à la ville où ces intérieurs étaient construits pour abriter les immenses métiers à tisser des Canuts. De Lyon, il aimait aussi la « culture de la discrétion » et avait gardé un souvenir vibrant des cinémas de quartier où il a vu germer son amour du cinéma.

Il expliquera d’ailleurs que c’est en mémoire de ces jeunes années qu’il a accepté de présider l’Institut Lumière, temple de la cinéphilie installé depuis les années 1980 à la place de l’un des hangars des Frères Lumière. Un lieu de sauvegarde du patrimoine et de transmission qui accueille depuis 2009 un festival rassemblant chaque automne le gratin du septième art mondial. Le président Bertrand Tavernier était toujours au rendez-vous.

S’il est mort à Sainte-Maxime, dans le Var, Lyon était jeudi l’épicentre des réactions émues à l’annonce de son décès. « Monument du 7e art, réalisateur passionné, son œuvre a fait de Lyon la ville du cinéma, et du cinéma un patrimoine universel », a salué le maire écologiste Grégory Doucet. « Lyon est triste. Nous perdons un amoureux de notre patrimoine cinématographique et un immense créateur », a quant à lui tweeté Renaud Payre​, le vice-président de la Métropole. Même l'Olympique Lyonnais y est allé de son hommage à cet « amoureux de Lyon et du cinéma ». Bertrand Tavernier a tout à fait sa place sur la Fresque des Lyonnais.