Mort de Bertrand Tavernier : De « L’horloger de Saint-Paul » à « Quai d’Orsay », gros plan sur cinq grands films du réalisateur

CINEMA Du polar au drame en passant par la farce en costume... Tout au long de sa carrière, Bertrand Tavernier a abordé des genres bien différents au fil des films

20 Minutes avec AFP

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Philippe Noiret et Jean Rochefort dans L'Horloger de Saint-Paul.
Philippe Noiret et Jean Rochefort dans L'Horloger de Saint-Paul. — RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA

Bertrand Tavernier, décédé ce jeudi à l’âge de 79 ans, a signé plusieurs films marquants. En voici cinq d’entre eux, piochés dans son éclectique filmographie qui aimait aborder les divers genres.

« L’horloger de Saint Paul »

Réalisé grâce au soutien de Philippe Noiret, qui débute là une fructueuse collaboration avec le réalisateur, L’horloger de Saint Paul suit les efforts d’un horloger un peu embourgeoisé pour regagner l’amour de son fils qui a tué un gardien d’usine. D’abord brisé par la nouvelle de ce crime, il se découvre père dans l’épreuve. Bertrand Tavernier transpose l’intrigue du roman de Simenon L’horloger d’Everton à Lyon, sa ville natale qu’il affectionne. Récompensé par le Prix Louis-Delluc, ce premier long-métrage a attiré plus d’un million de spectateurs en salles en 1974.

« Que la fête commence »

Fresque historique truculente sur la Régence, Que la fête commence réunit, en 1975, les « Grands ducs » du cinéma français : Noiret, en Philippe d’Orléans, un débauché notoire, est conseillé par Jean Rochefort en abbé Dubois, manipulateur ambitieux. Il affronte une révolte fomentée par le marquis de Pontcallec, un Breton ruiné incarné par Jean-Pierre Marielle. Avec ce deuxième long-métrage, Tavernier dépoussière le film en costumes, critique au passage la France de Giscard qu’il juge décadente et rafle quatre César, dont celui du meilleur réalisateur, lors de la toute première cérémonie de l’histoire.

« Coup de torchon »

Avec Coup de torchon, adaptation du roman noir de l’Américain Jim Thompson, Tavernier fait, en 1981, le portrait poisseux d’une communauté de colons corrompus et désœuvrés à la veille de la Seconde guerre mondiale. Humilié par sa femme (Stéphane Audran) et son amant (Eddy Mitchell), encombré d’une maîtresse (Isabelle Huppert) et brimé par son supérieur (Guy Marchand), un policier minable (Philippe Noiret) veut remettre de l’ordre dans sa vie et dans celle du village en se transformant en psychopathe. Avec cette farce mi-bouffonne mi-tragique, Tavernier connaît un immense succès suivi de neuf nominations aux César et une aux Oscars. Aucune, hélas, ne fut concrétisée.

« La vie et rien d’autre »

1920: deux femmes d’origine sociale très différentes (Sabine Azéma et Pascale Vignale) cherchent à retrouver leurs amants disparus au champ de bataille. Leur enquête les mène au commandant Dellaplane (Philippe Noiret, César du meilleur acteur) à la tête du bureau chargé de recenser les victimes. En situant l’intrigue de La vie et rien d’autre, sorti en 1989, au lendemain de la guerre, Tavernier échappe à l’hommage à l’héroïsme pour se concentrer, en pacifique convaincu, sur les conséquences morales du conflit. Il ne s’agit pas d’un film sur la mort mais d’un film d’amour axé sur le retour à la vie et le devoir de mémoire.

« Quai d’Orsay »

C’est le dernier long-métrage de fiction du réalisateur. Quai d’Orsay, sorti en 2013, est tiré de la bande dessinée d’Antoine Baudry. Bertrand Tavernier s’éloigne du drame et produit une comédie hilarante en se plongeant dans un nouveau milieu, celui du ministère des Affaires étrangères. Le film raconte l’ambiance au « Quai » pendant la guerre en Irak en 2003 sous la direction d’un ministre survolté, Thierry Lhermitte en avatar de Dominique de Villepin.