« "Or Noir" est un challenge perpétuel, c'est une quête », estime le rappeur Kaaris

INTERVIEW Le rappeur dévoile ce vendredi l’album « 2.7.0 : Château Noir », le prolongement de « 2.7.0 » sorti en septembre dernier

Propos recueillis par Clio Weickert

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Inspi en despi: Kaaris nous parle de ses inspirations dans le rap — 20 Minutes
  • Après « 2.7.0 » en 2020, Kaaris dévoile l’album « 2.7.0 : Château Noir » ce vendredi.
  • Ce projet signe le retour de sa collaboration avec le producteur Therapy.
  • « Rien n’a changé, c’est le même feeling », explique notamment le rappeur à « 20 Minutes ».

Quelques mois seulement après 2.7.0 en septembre 2020, Kaaris revient avec un nouvel album de 11 titres, intitulé 2.7.0 : Château Noir. Un projet musical plus sombre, qui signe notamment le retour de sa collaboration avec le producteur Therapy, avec qui il n’avait pas travaillé depuis plus de cinq ans. 20 Minutes a rencontré le rappeur de Sevran à quelques jours de cette sortie.

Les rumeurs autour de « Château Noir » courent depuis plusieurs années, pourquoi avoir attendu autant de temps ?

Je devais juste le sortir avant 2.7.0 c’est tout. C’est son prolongement en fait, cet album est raccordé.

Vous retravaillez avec Therapy, une nouvelle collaboration qui semble avoir beaucoup plu à vos fans.

J’ai vu qu’il y avait beaucoup de gens contents de ce retour, de cette fusion. On a retravaillé comme avant, lui et moi dans un bunker, à se passer des idées, réfléchir sur des thèmes, des directions… Rien n’a changé, c’est le même feeling.

Therapy nous renvoie à votre album « Or noir » en 2013, considéré par de nombreux amateurs de rap comme une référence du rap français. Est-ce qu’il y a une forme de pression par rapport à cela, d’être attendu en permanence au tournant pour l’égaler ou le surpasser ?

Or noir c’est un ovni, ce n’est même pas la question de l’égaler ou de le surpasser, je crois que je serai toujours renvoyé à cet album parce que ça a vraiment marqué une génération. Ça a changé le visage du rap en 2012-13. Or Noir est un challenge perpétuel. C’est une quête.

En quoi a-t-il été percutant selon vous ?

Je n’arrive pas à me l’expliquer moi-même. J’entends les gens le dire mais je ne sais pas exactement pourquoi. Nous, on l’a fait comme ça, ça a marqué les gens et j’ai moi-même mis du temps avant de m’en rendre compte. Je ne le savais pas.

Therapy nous replonge aussi dans votre travail avec Booba, notamment sur l’album « Futur » qui a quasiment 10 ans. Avec du recul, que retenez-vous de cette collaboration musicale ? Musicalement c’était une bonne période pour vous ?

Toutes les périodes de musique sont différentes, là c’était juste après ma mixtape Z.E.R.O., ça a créé un lancement. Après il y a eu la période Zoo [2013], puis celle de O.G. [2016] avec Blow, Tchoin… Il y a eu Goulag aussi qui est sorti l’été dernier qui a fait un gros bruit. J’aime toutes les périodes. C’était bien aussi au début, avec les albums Z.E.R.O ou 43e Bima [2007], ce sont des beaux souvenirs.

Je ne veux pas revenir sur le clash avec Booba, mais plutôt sur cette certaine hostilité qu’il peut y avoir entre certains artistes. Est-ce que ce n’est pas un peu lassant ? Et est-ce qu’on n’oublie pas un peu la musique parfois ?

C’est vrai que les problèmes font oublier la fête puisque la musique, à la base, c’est la joie. Oui, c’est lassant et je pense que le public n’en a plus rien à foutre. Moi, personnellement, c’est le cas. Je fais ma musique, je suis paix et amour.

Le titre « Château Noir » a très vite rencontré un franc succès. Les auditeurs ont en particulier été interpellés par votre dédicace à PNL dans le refrain. Quels sont vos liens avec ce groupe ?

Il n’y a pas de lien, on les connaît musicalement, c’est tout. Après on aime bien ce qu’ils font au niveau de la musique, de leur univers. Ils ont apporté quelque chose de planant, de différent, qui les rend singuliers. C’est juste une dédicace, à la base je pense que c’est plus une rime qu’autre chose.

« Château Noir » ne contient aucun feat par contre, vous vouliez en faire un projet uniquement solo ?

J’ai fait beaucoup de feats sur 2.7.0, puis avec les deux morceaux que j’ai balancés après avec Gazo et Freeze Corleone. Sur celui-ci on s’est assis avec Therapy et on l’a fait tout seul. C’était une envie. Après ça ne veut pas dire que je ne referais pas de feats, mais sur ce projet-là je voulais être seul.

De par la pochette ou le premier clip dévoilé, cet album s’annonce assez sombre, c’est d’ailleurs ce qui plaît à vos fans. Est-ce que c’est l’univers dans lequel vous vous sentez le mieux ?

J’aime trop la musique, je l’aime sous toutes ses formes. Pourquoi moi je fais de la musique sombre ? Parce que j’avais envie de faire ça dans ce projet-là. Mais dans Dozo c’était un peu plus ouvert, et ça ne veut pas dire non plus que je n’aime pas faire un Tchoin ou un Diarabi. Après il y a peut-être un peu un truc de Therapy aussi. Lui par exemple pourrait répondre à cette question on disant « moi je n’aime que quand c’est sombre ! ». Quand on s’associe tous les deux on part dans cette direction-là.

Le dernier titre « Pégase », est assez introspectif, il fait un peu le bilan. Est-ce qu’il s’adresse à quelqu’un en particulier ?

Non ça s’adresse à moi. Je fais rarement du thème et je voulais finir sur cette note dans ce projet. Un truc un peu plus personnel, raconter des choses qui me touchent un peu plus et moins faire d’egotrip.

Vous avez dépassé la quarantaine, est-ce que vous avez l’impression de vous assagir un peu avec le temps ?

Non. Je pense qu’on va s’assagir vers les 80 ans.

On vous a déjà interrogé sur les propos que vous pouvez tenir dans vos chansons par rapport aux femmes, qui sont souvent liés à la sexualité, qui sont un peu sexistes. Des questions qu’on pose régulièrement à certains rappeurs, qui peuvent répondre que ça fait partie des codes du rap…

Non, ça n’en fait pas partie. Après sexiste, quoi, parce que je dis « Tchoin » ? C’est beaucoup d’egotrip, tu ne trouveras jamais un texte à moi où je parle de faire de la violence à autrui, à une femme, un enfant… J’aime bien les filles faciles, voilà ce sont des trucs comme ça. Après, c’est vrai qu’il y a d’autres femmes à qui ça ne parle pas parce qu’elles ne sont pas dans ce délire-là, mais, nous, on se comprend entre nous.

C’était plus le fait de parler des femmes quasiment exclusivement dans un registre sexuel, qui est un peu réducteur.

Non mais même pour les hommes, je suis un homme aussi, je parle de moi aussi à ce niveau. Et pourquoi ça ne serait pas réducteur quand c’est pour les hommes ? C’est le sexe qui fait le monde, sinon tu ne serais pas là. Tu n’es pas sorti d’un chou-fleur quand même ?

La question était de savoir si ça faisait partie des codes du rap, ces punchlines…

Pour te dire la vérité, moi j’ai été élevé dans le matriarcat. C’est la mère qui commande. J’ai un profond respect pour les femmes fortes qui se battent dans la vie, et c’est plus dur pour une femme dans la vie, que pour un homme. Et j’ai une fille aussi. Après quand je fais du rap et que je dis « twerk », il y a des endroits où je me retrouve et il y a des femmes qui twerkent, ce n’est pas moi qui leur dit d’être là. Et ce n’est pas réducteur pour elles, si une meuf a envie de danser… C’est un autre univers, on n’est pas dans le même truc donc on peut avoir du mal à se comprendre. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire.

Oui, mais par exemple une phrase qui m’a un peu interpellée, c’est dans « Akrapovic » : « A Dubaï leur teucha est lubrifiée mais le cerveau n’est pas irrigué »...

Ah oui celle-là, elle est lourde cette punch. Tout le monde fait n’importe quoi là-bas, femme, homme… Tout le monde est con, ce que je veux dire c’est que ce n’est pas ciblé que sur une seule personne.

Pour finir, que pensez-vous de l’évolution du rap en France, et de la scène actuelle ?

Il y a des bons trucs, il y a des très bons rappeurs tu ne peux pas le nier. Là il y a l’album de SCH qui est sorti et c’est incroyable, c’est un ami, c’est quelqu’un que j’aime bien. Après, citer plein de rappeurs je ne sais pas trop faire… J’écoute, j’entends, il y a Ninho qui est un très très bon rappeur. Il y a une belle scène. Ils ne peuvent pas vraiment se mettre en avant parce qu’on est dans une période bizarre où la culture est muselée un peu… Mais il n’y a pas que la culture, il y a plein d’autres cœurs de métiers qui en souffrent.