« Marseille a encore des surprises à révéler », estime le rappeur SCH

INTERVIEW Le rappeur marseillais SCH a sorti « JVLIVS II » vendredi et explose déjà tous les compteurs

Propos recueillis par Adrien Max

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SCH fait un démarrage canon avec son album « Julius II ».
SCH fait un démarrage canon avec son album « Julius II ». — Fifou
  • SCH a sorti JVLIVS II, le deuxième opus de sa trilogie JVLIVS initié en 2018.
  • Il classe les 19 titres de ce nouvel album en tête du classement Spotify durant le week-end de sa sortie. Il s’agit du meilleur début pour un album sur 2020 et 2021.
  • SCH revient pour 20 Minutes sur ce succès et sur le rap game.

Le S est en train de tout casser. Le rappeur  Marseillais SCH a sorti le deuxième opus de sa trilogie JVLIVS vendredi, et tous les titres de cet album ont trusté les premières places du classement des écoutes Spotify durant tout le week-end. C’est le meilleur début pour un album depuis PNL en 2019. SCH se confie à 20 Minutes sur ce succès tonitruant.

La dernière fois que l’on s’était vu c’était pour la sortie de Rooftop fin 2019. Quel chemin parcouru depuis…

Je pense que ce sont surtout tous les projets sortis l’année dernière après Rooftop qui expliquent ça. Toutes ces apparitions l’année dernière m’ont donné de l’exposition en plus. Sans parler de 13 Organisé qui m’a fait découvrir à de nouveaux publics. Je pense que c’est la combinaison de Rooftop et de ces collaborations qui ont joué, et ça se ressent.

Tu classes tout l’album en tête du classement de Spotify, c’est le meilleur début d’un album en 2021, et même 2020. Comment tu le vis ?

C’est vraiment un truc de fou, c’est trop cool. Bon après les interludes commencent à descendre… (rires). J’ai construit l’album comme une histoire donc c’était vraiment le conseil d’écouter l’album en entier, du premier titre au 19e. Franchement je suis content, je réussis à réunir les personnes qui m’ont découvert et celles qui me connaissaient déjà. C’était un challenge, mais on peut dire qu’on a réussi les premières ébauches avec ces chiffres. Aujourd’hui c’est mieux qu’hier et j’espère que demain sera mieux qu’aujourd’hui.

Tu laisses moins de place à l’autotune, est-ce parce que tu prends confiance ?

Je ne sais pas trop. Les projets comme JVLIVS sont plus axés rap, c’est vraiment l’essence du truc. Il y en a toujours pas mal, mais j’ai quand même allégé un peu la fréquence pour que ça se sente moins, que ça paraisse plus naturel et plus rap.

Tu es connu pour tes punchlines, à l’image du premier couplet de Bande Organisée, mais aussi pour des couplets plus poétiques, comme dans JVLIVS II. Comment travailles-tu ton écriture ?

J’essaye de donner des images que les gens arrivent à cerner facilement. Avec des mots pas nécessairement compliqués qui renvoient une image universelle, pour que trois personnes différentes voient la même chose. En général j’écris au studio avec un café, et de préférence, tranquillement le matin. Il y a certains morceaux que je mets un mois à écrire, avec des pauses, puis sur lesquels je reviens. Et il y en a d’autres que j’écris en une demi-heure. En vrai, chaque texte a son temps, ce n’est pas standardisé. Chaque morceau ou chaque couplet renvoie à une humeur.

Tu accordes également beaucoup de place à l’image, dans tes clips et dans ta promo. Pourquoi ?

Je pense que ça devient indispensable dans la musique. C’est toujours mieux de servir un contenu avec son image que juste le support principal. Ça mène toujours plus loin, surtout que ma musique est très imagée. C’est quelque chose qui se complète, et un package qu’on demande.

Est-ce qu’un jour on pourrait te voir au cinéma ?

J’aimerais beaucoup. Mais comme pour la musique, il faut bien choisir ses collaborations, ses synopsis, pour ne pas faire de mauvais choix. J’essaye d’y réfléchir, ça me plairait. On voit, on étudie, il n’y a rien de rédhibitoire. Mais je fais de la musique à la base, et je ne veux pas me tirer une balle dans le pied dans ce milieu en faisant du cinéma. Comme pour toutes les choses, il faut commencer avec de la sécurité, avant de pouvoir prendre des risques.

Raconte-nous le rôle social dans le rap marseillais joué par le projet 13 Organisé ?

Ça a créé des relations et des amitiés entre plein artistes, surtout ce qui relève de la musique, mais aussi bien au-delà, et qui n’avaient jamais eu occasion de se le dire. Humainement on a un peu tous les mêmes vies, on vient des mêmes classes sociales, ça crée des super ententes entre tout le monde. Je pense que ce genre d’ententes existaient avant nous, dans les générations plus âgées, comme IAM et les Chroniques de Mars. Mais il n’y a jamais eu de rivalité, il n’y a pas cet aspect rap game entre nous. C’est sain et le gâteau est assez grand pour tout le monde.

Comment évolue ce rap game selon toi ?

Franchement dans le milieu du rap, et à tous les niveaux, c’est de mieux en mieux. C’est la musique la plus consommée de France donc c’est peut-être aussi pour ça. Mais ce sont surtout les plus jeunes qui sont souvent mal informés et qui tombent dans le panneau. Surtout sur l’aspect contractuel, il faudrait plus d’accompagnement pour les jeunes, ce serait un bon truc.

En vrai ce sont plutôt les gens qui créent de la concurrence alors qu’il faudrait prendre un même style de musique, avec une même personne qui raconte la même chose pour vraiment comparer. Le public créé cette concurrence avec parfois un déferlement de problèmes entre les artistes, avec des personnes accrochées à un artiste et prêtes à tout défendre. Mais il n’y a pas besoin de la musique pour voir ce genre de choses.

Le morceau Marseille, avec le Rat Luciano et Jul, est l’un des meilleurs de l’album. Est-ce qu’on peut imaginer un Bande Organisée II ?

Je pense que Marseille a encore des surprises à révéler. Tout le monde a envie de faire des nouvelles choses. Je ne suis pas la bonne personne pour te dire si c’est dans les tuyaux, mais il y a de belles choses à faire.

Depuis tes collaborations en 2020 et la réussite de JVLIVS II, certains te voient comme le meilleur rappeur de Marseille. Qu’en penses-tu ?

Je pense que ce sont les chiffres du moment qui font que les gens pensent ça. Pour moi ce n’est pas le cas, il n’y a pas des gens meilleurs que d’autres, il y a surtout des gens différents. Demain il y aura une nouvelle sortie, avec plus de ventes et on dira que c’est le meilleur pendant six mois, jusqu’à une prochaine sortie. Le plus important, c’est d’avoir l’occasion d’écouter de la musique, du rap, la musique qu’on aime et que des albums sortent pour que les gens puissent kiffer la musique.