YouTube : Denyzee, malgré ses deux millions d'abonnés, ne se prend pas pour une « diva »

« DIVA » DU CANADA La créatrice de contenus originaire de Nice et expatriée au Québec dépassera dans les jours à venir la barre des deux millions d’abonnés sur sa chaîne YouTube

Clément Rodriguez

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Denyzee, « diva » du Web au Québec (mais sans la grosse tête)
Denyzee, « diva » du Web au Québec (mais sans la grosse tête) — Denyzee
  • Denyzee va atteindre la barre symbolique des deux millions d'abonnés à sa chaîne YouTube.
  • La créatrice de contenus s'est spécialisée dans les vidéos humoristiques et s'est même récemment lancée dans la chanson avec Diva.
  • « Si j’avais lancé ma chaîne YouTube en France, je n’aurais pas pu faire le même genre de vidéos, mes contenus auraient été bien différents », remarque-t-elle face à 20 Minutes.

Lorsque notre interlocutrice décroche son téléphone, six fuseaux horaires séparent Paris du Québec et le dépaysement est immédiat. Bien qu’elle soit originaire de Nice, ce n’est pas l’accent du sud de la France de Denyzee qui va nous frapper, mais bien ses intonations venues tout droit d’Amérique du Nord. Cela fait huit ans que Delphine a posé ses valises de l’autre côté de l’Atlantique et moitié moins de temps qu’elle s’est lancée sur YouTube. Cette semaine, elle va dépasser le cap des deux millions d’abonnés sur sa chaîne.

Ce joli score lui octroie tout bonnement le titre de chaîne la plus suivie au Québec. Sa plus grande satisfaction ? « Rencontrer des gens que je n’aurais jamais pu rencontrer autrement, raconte-t-elle à 20 Minutes. Je trouve que c’est une chance et un privilège d’avoir des discussions enrichissantes et incroyables avec de purs inconnus. »

« Pourquoi les gens vont me suivre ? »

Lorsqu’elle a décidé de se lancer, Denyzee a longtemps cherché un élément qui pourrait la distinguer des Norman, Cyprien et autres Squeezie, dont le compteur d’abonnés oscillait déjà à l’époque entre neuf et onze millions de personnes. « Moi, la petite meuf qui vient de Nice et qui a déménagé au Québec, de quoi je vais parler et pourquoi les gens vont me suivre ? », s’interroge-t-elle alors. Lui vient l’idée de s’inspirer de sa propre vie, elle qui est partie seule en Amérique du Nord à l’âge de 20 ans avec son sac sur le dos.

Denyzee commence à se faire un nom en enchaînant les vidéos sur les mythes québécois, les insultes du dialecte et les expressions de la province canadienne. « Si j’avais lancé ma chaîne YouTube en France, je n’aurais pas pu faire le même genre de vidéos, mes contenus auraient été bien différents. Est-ce que j’aurais connu autant de succès ? Je ne sais pas », admet-elle.

Viva la vida de la diva (mais pas trop)

Fin janvier, Delphine se lance un nouveau défi : sortir sa propre chanson et le clip qui va avec. Elle se tourne alors vers le groupe Kingdom Street, collabore avec eux, enregistre la vidéo et le résultat ne se fait pas attendre. En un mois, Diva atteint les quatre millions de vues. Le succès ne se cantonne pas qu’à la plateforme qui a vu naître la créatrice de contenus puisque la chanson est jouée aussi sur Spotify, Deezer et Apple Music, et ce depuis le monde entier. « J’ai des écoutes au Japon ou à Hong Kong. Ce sont peut-être des abonnés qui y habitent mais il y a quand même des gens qui l’écoutent là-bas ! », s’émerveille-t-elle.

Dans Diva, Denyzee s’attaque à celles et ceux qui apportent trop d’importance à la popularité numérique. « C’est dramatique d’avoir cette volonté d’être reconnu et de se sentir quelqu’un à travers le nombre de likes ou d’abonnés qu’on peut avoir sur les réseaux », dit-elle alors qu’elle reçoit chaque jour des dizaines de messages lui demandant de faire de la publicité pour tel compte Instagram ou tel utilisateur TikTok.

Au fil des rencontres qu’elle a faites depuis le lancement de sa chaîne, la youtubeuse affirme s’être rendue compte de la « réelle souffrance » que peuvent provoquer les réseaux sociaux lorsqu’ils sont mal gérés. « Je vois énormément de dépression et de mal-être associés à ce rapport que les gens ont avec eux-mêmes et leur propre image », décrit-elle. Son titre se veut alors porteur d’espoir : peu importe le regard que les autres peuvent nous porter, l’essentiel est de garder le sourire et de bien s’entourer.

Du chemin à parcourir

Si Delphine a élu domicile au Québec, son audience ne vient pourtant pas exclusivement du Canada puisque 73 % de ses abonnés vivent en France. Un chiffre qu’elle explique d’abord par la simple réalité démographique. « Je me suis aperçue que j’avais atteint, à un moment donné, le maximum d’une audience potentielle au Québec parce qu’il n’y avait pas autant de monde qu’en Europe francophone », décrypte la youtubeuse. 9 % de son public vit donc au Canada, puis viennent la Belgique, la Suisse ou encore le Maroc.

Denyzee fait aussi remarquer que sa situation professionnelle n’est pas encore totalement reconnue dans la Belle Province. « Ici, c’est encore très compliqué d’arriver à comprendre comment on peut vivre de YouTube. Comme il y a peu de créateurs pour qui c’est le cas, ce n’est pas une chose à laquelle les médias traditionnels s’intéressent », regrette-t-elle.

Pour la youtubeuse âgée de 29 ans, la différence est encore plus frappante lorsqu’elle se rend en France, environ six mois par an (lorsque le Covid-19 ne met pas la planète en pause). Quand elle foule le sol de l’Hexagone, Delphine essaye de collaborer au maximum avec d’autres personnalités du Web, chose qui est très difficile à réaliser chez elle. « Je me retrouve à 100 % seule parce qu’il y a peu de créateurs au Québec », confie-t-elle. Lorsque la situation le permettra, Delphine compte bien revenir régulièrement en Europe et s’installer dans une résidence secondaire. De quoi vivre la vie de diva (presque) partout dans le monde.