César 2021 : Des élus saisissent la justice pour « exhibition sexuelle » après la performance nue de Corinne Masiero

POLITIQUE Pour ces élus et élues, qui s’attaquent à l’actrice Corinne Masiero s'étant dénudée pendant les César, « la liberté d’expression ne saurait tout justifier »

A.L.
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Corinne Masiero aux César, nue, avec des inscriptions politiques sur son corps.
Corinne Masiero aux César, nue, avec des inscriptions politiques sur son corps. — Bertrand Guay/AP/SIPA

Dix élues et élus, menés par le député LR Julien Aubert, ont dénoncé dans une lettre adressée au procureur le message politique de l’actrice Corinne Masiero aux César, qu’ils qualifient d’« exhibition sexuelle ».

« Il est vrai que la liberté d’expression autorise une certaine forme d’expression corporelle dès lors qu’elle s’inscrit dans une démarche de contestation politique. Pourtant, la liberté d’expression ne saurait tout justifier », écrivent-ils et elles dans ce courrier.

« Scénario de strip tease »

Corinne Masiero, alias capitaine Marleau sur le petit écran, a marqué les esprits en ôtant un costume de Peau d’âne sanguinolent, se retrouvant entièrement nue sur la scène pour remettre le prix du meilleur costume. Il était écrit « No culture, no future » sur son ventre et « rends-nous l’art, Jean » sur son dos, sa performance ayant pour but d’interpeller la ministre de la Culture sur les restrictions imposées aux artistes depuis la crise sanitaire.

Il n’empêche, les parlementaires, qui appartiennent au groupe « Oser la France », dénoncent par ailleurs dans un communiqué une « erreur de Canal + » qui aurait offert selon eux un « scénario de strip tease », à une heure de grande écoute. Parmi les élues et élus dont les noms apparaissent sur le courrier diffusé, on trouve Valérie Boyer, sénatrice des Bouches-du-Rhône, Jacques Myard, maire de Maisons-Laffitte, ou encore Bérengère Poletti, députée des Ardennes, tous et toutes actives contre la loi «mariage pour tous». La députée ardennaise a toutefois démenti auprès du journal L’Ardennais avoir signé la lettre.

Des Femen relaxées

Les condamnations pour exhibition sexuelle sont rares. En février, deux militantes du groupe féministe Femen, qui avaient manifesté torse nu devant l’Arc de Triomphe pour dénoncer « l’hypocrisie » d’une « cérémonie surréaliste pour la paix » où étaient conviés des dirigeants responsables de conflits, ont été relaxées en appel. La cour d’appel de Paris a considéré que leur condamnation en première instance constituait « une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression ».

En février 2020, la Cour de cassation, plus haute juridiction française, avait relaxé définitivement l’ancienne militante Iana Zhdanova, poursuivie après avoir décapité seins nus la statue de Vladimir Poutine au musée Grévin.

Une instruction en cours auprès de la CEDH

L’ancienne militante des Femen Eloïse Bouton, définitivement condamnée pour exhibition sexuelle lors d’une action seins nus dans l’église de la Madeleine en 2013 à Paris, a saisi la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).

L’article 222-32 du code pénal punit « l’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public » mais sans définir précisément l’exhibition sexuelle.