Coronavirus : Projection clandestine, happening... A Nantes, les petits cinés se mobilisent ce week-end

CINEMA Plusieurs actions à Nantes et partout en France sont prévues ce week-end pour demander la réouverture des salles obscures

Julie Urbach

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Le cinéma associatif le Beauliau, à Bouguenais, près de Nantes
Le cinéma associatif le Beauliau, à Bouguenais, près de Nantes — Cinéma le Beaulieu
  • Fermés pour la première fois il y a un an, les cinémas fêtent ce «triste anniversaire» ce week-end
  • Certains vont organiser des projections alors que d'autres donnent rendez-vous à leur public pour des actions symboliques

C’est une séance exceptionnelle, qui réunira une quarantaine de privilégiés, « dans le respect des distances et des règles sanitaires ». Ce week-end, quelque part dans la métropole nantaise, un cinéma associatif a décidé de rallumer ses projecteurs malgré l’interdiction. Ce rendez-vous confidentiel (l’équipe n’a pas souhaité que nous communiquions le lieu, par crainte de l’affluence et de possibles sanctions) doit permettre à ces passionnés d’enfin retrouver, pour 1h30 à peine, le confort des fauteuils et l’obscurité d’une salle. L’occasion de fêter, comme comptent le faire de nombreux cinés de l'agglo et du pays, un « triste anniversaire » : celui de la première fermeture des salles de cinéma, décidée il y a un an en raison du confinement.

A Bouguenais, l’équipe du cinéma associatif Le Beaulieu s’apprête, elle aussi, à se mobiliser. Après près de 240 jours de fermeture, la structure et ses 80 bénévoles n’ont qu’un souhait : que le public revienne. Ce samedi, elle invite tous ses soutiens à se réunir devant le ciné, pour une photo. « On a énormément de messages, les gens ont besoin de revenir, estime la directrice Elise Guignard. On est prêts à appliquer toutes les mesures qu’il faudra pour rouvrir. S’il faut davantage de distanciations, on le fera, même si nos locaux sont vastes, aérés, les spectateurs ne se croisent pas et ne touchent rien. À côté de ça, les gens s'entassent dans les magasins et les transports… C’est complètement incohérent. »

Une file d’attente, « comme au bon vieux temps »

Alors que la ministre de la culture a dévoilé son objectif de réouverture des lieux culturels au cours du deuxième trimestre 2021, l’objectif de ce week-end est de faire monter la pression et montrer que l’attente est grande. Samedi après-midi, devant le célèbre cinéma d’art et d’essai le Katorza, les cinéphiles sont invités à se réunir pour former une longue file d’attente à l’extérieur, « comme au bon vieux temps ». La suite du programme de cette « non-séance » sera révélée sur place.

Depuis quelques jours, ils ont aussi commencé à publier des messages en nombre sur la page Facebook de ce lieu cher aux Nantais. « Le Katorza c’était notre escapade entre filles, écrit par exemple Claire, une habituée. Bien au chaud dans la salle obscure, nous pouvions partir en voyage, être bouleversées, retournées, faire chauffer nos méninges, pleurer et rire, et rentrer chez nous avec cette impression d’avoir vécu une parenthèse loin de notre quotidien. »

Accueillir au moins les écoles ?

Au Lutétia à Saint-Herblain, qui délivre en temps normal 30.000 billets par an, on piaffe aussi d’impatience. Régulièrement, les bénévoles viennent tester le matériel et réalisent des opérations de maintenance afin d’être prêts pour un éventuel feu vert. Ici, et cette demande est relayée par de nombreux cinémas, on souhaiterait pouvoir au moins retrouver le public scolaire, qui représente parfois un quart, voire un tiers de la fréquentation.

« Il nous semble urgent qu’au minimum enfants des écoles, collégiens, lycéens, puissent retrouver le chemin de la culture hors de leurs établissements, écrit par exemple la direction du Cinématographe, à Nantes, qui a imprimé un gros décompte des jours de fermeture sur sa devanture. Même si beaucoup d’entre nous ont continué de faire des interventions dans les établissements scolaires, le lieu de culture est essentiel, avant que toute une génération ne soit conditionnée à l’échelle d’un écran de portable, au mieux de télévision. »