« Skam France » : Cette saison peut-elle faire baisser le nombre de dénis de grossesse ?

FICTION L’histoire de Tiff, l’héroïne de la septième saison de « Skam France », met en lumière le déni de grossesse

Clément Rodriguez

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Les personnages de Max et Tiff, au cœur de la saison 7 de « Skam France »
Les personnages de Max et Tiff, au cœur de la saison 7 de « Skam France » — © Thibault GRABHERR/FTV
  • Dans la septième saison de Skam France, le personnage de Tiff fait un déni de grossesse total et accouche sans même savoir qu’elle était enceinte.
  • Cette thématique permet d’attirer l’attention sur le sujet mais n’est toutefois pas suffisante pour l’éviter.
  • « Le déni de grossesse ne peut être levé que par quelqu’un de l’extérieur », explique Pauline Minjollet, docteure en psychologie, à 20 Minutes.

Une fiction peut-elle avoir un impact sur la réalité ? Depuis trois ans, Skam France s’attache à dépeindre les enjeux de la jeune génération. Dans la septième saison, lancée au mois de janvier, la série plonge ses fans dans le quotidien d’une adolescente ayant fait un déni de grossesse total. Tiffany n’avait aucun symptôme et donc aucune possibilité de savoir qu’elle donnerait naissance à un enfant après une compétition sportive.

Cette expérience est celle d’environ 1.500 à 3.000 femmes chaque année, dont 330 accouchent sans jamais avoir su qu’elles étaient enceintes. Un phénomène qui peut arriver à n’importe qui, quel que soit le milieu ou l’âge de la personne concernée. Pour l’éviter, suffit-il de mettre le déni de grossesse en lumière à travers le prisme de la fiction ?

« Plus on en parle, mieux on le prend en charge »

« Quand on dit que plus on en parle, plus on l’évite, c’est faux, annonce d’emblée Pauline Minjollet, docteure en psychologie. Le déni de grossesse ne peut être levé que par quelqu’un de l’extérieur. Il faut qu’une personne lui fasse une remarque, ça ne peut pas venir de la fille elle-même. » Ainsi, même si Skam permet d’attirer l’attention sur une problématique que les ados ne connaissent que très peu, voire pas du tout, le fait d’en faire le thème de cette septième saison ne permettra pas d’en diminuer le nombre.

« Une jeune fille qui va faire un déni de grossesse ne va pas pour autant l’éviter si elle sait ce que c’est parce que c’est un fonctionnement psychique. C’est inconscient », précise Pauline Minjollet. En revanche, on pourrait plutôt dire que plus on parle du déni de grossesse, mieux on le prend en charge ou mieux on le dépiste.

Ainsi, la seule manière de se rendre compte qu’une femme est enceinte alors qu’elle ne le sait pas elle-même, c’est en consultant son médecin qui pratiquera alors peut-être un examen poussé s’il y a un doute, ou si l’un de ses proches lui fait une remarque. Une réflexion telle que « dis donc, tu n’aurais pas pris un ou deux kilos, tu es sûre que tu n’es pas enceinte ? » peut alors déclencher une prise de conscience.

De l’importance de la démocratisation

En mettant le sujet au cœur de sa dernière saison, Skam enclenche un processus de démocratisation qui peut aider les adolescents et adolescentes concernés de près ou de loin par le déni de grossesse. « Les adolescents ont toujours peur d’être stigmatisés et ça peut aider, note Pauline Minjollet. Si jamais, dans son entourage, une fille fait un déni de grossesse, les copains savent ce que c’est et ils peuvent mieux la soutenir. »

Peu traitée dans le cadre des fictions du petit ou du grand écran, cette thématique est pourtant une bonne porte d’entrée pour aborder la question de la grossesse de manière générale avec un public jeune. « C’est fini l’époque où on allait dans les lycées faire de l’éducation sexuelle, c’est un peu dépassé maintenant. La fiction permet d’innover et de mieux cibler l’intérêt des ados », indique la docteure en psychologie.

La série est aussi l’occasion d’aborder la question d’une façon plus positive. Le contre-exemple serait le téléfilm L’enfant que je n’attendais pas, diffusé sur France 2 en 2019, qui peignait le portrait d’une femme qui se débarrasse du bébé qu’elle n’attendait pas et finie par être accusée d’infanticide. Une mise en valeur d’un drame qui ne concerne pourtant qu’un pourcent des dénis de grossesse.