Eurovision 2021: La Biélorussie disqualifiée

GEOPOLITIQUE L'Union européenne de radiotélévision (UER) a annoncé vendredi que la Biélorussie ne pourrait pas prendre part à l'Eurovision 2021 car la chanson qu'elle a proposée enfreint le règlement du concours 

Fabien Randanne

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Le groupe Galasy ZMesta, choisi pour représenté la Biélorussie à l'Eurovision 2021.
Le groupe Galasy ZMesta, choisi pour représenté la Biélorussie à l'Eurovision 2021. — Capture d'écran
  • Vendredi 26 mars, l'Union euroépenne de radiotélévision (UER), qui chapeaute l'Eurovision, a annoncé que la Biélorussie ne pourrait pas participer à l'édition 2021 du concours car elle n'a pas été en mesure de présenter une chanson conforme au règlement.
  • Début mars, la Biélorussie avait officialisé la candidature du groupe Galasy ZMesta pour l’Eurovision 2021.
  • De nombreux internautes avaient réagi dans la foulée à la chanson Ya Nauchu Tebya (I’ll Teach You) en soulignant son sous-texte politique. L'UER avait alors demandé à la Biélorussie de modifier les paroles litigieuses ou de proposer une autre chanson et de livrer le tout dans le délai imparti.

Edit : Cet article, initialement publié le 11 mars, a été mis à jour et modifié le 26 mars suite à l’annonce de la disqualification de la Biélorussie.

La Biélorussie ne participera pas à l' Eurovision 2021. L’Union européenne de radiotélévision (UER), qui chapeaute le concours, a annoncé vendredi, via un communiqué, que ce pays n’avait pas été en mesure de présenter une chanson conforme au règlement.

Le 11 mars, l’UER avait informé la délégation biélorusse que la chanson avec laquelle elle entendait se présenter n’était « pas éligible » pour la compétition « sous sa forme actuelle » car elle enfreignait le règlement interdisant tout message de nature politique. Elle lui a laissé une chance de proposer une nouvelle version avec des paroles modifiées ou même un tout nouveau titre, afin d’éviter la disqualification.

Dès la mise en ligne de son clip, le 9 mars, le morceau en question, intitulé Ya Nauchu Tebya (I’ll Teach You)​ (« Je t’apprendrai »), interprété par le groupe Galasy ZMesta, avait suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux, dont le lancement de plusieurs pétitions​ exigeant l’exclusion de cette candidature.

« Tu n’as qu’à m’obéir »

De nombreux internautes ont pointé le message politique diffusé en sous-texte de cette chanson. « Regarde devant, oublie le passé […], efface les excroissances de l’histoire […] Sans le passé, tout sera simple, tu n’as qu’à m’obéir », chante par exemple le groupe dans le premier refrain (traduit ici approximativement à partir d'une traduction en anglais​).

Ces paroles prennent un sens bien particulier dans le contexte biélorusse. Depuis le mois d’août, cette ex-république soviétique est le théâtre d’une contestation de masse conséquente suite à la réélection d’Alexandre Loukachenko avec 80 % des voix. L’Union européenne a refusé de reconnaître les résultats de ce scrutin présidentiel qu’il juge « truqué ». La question du non-respect des droits humains sur place est également préoccupante. En novembre, l’ONU accusait notamment les autorités biélorusses de détention arbitraire et de torture à l’encontre des manifestants et opposants.

Aussi, depuis le mois d’octobre, l’UE impose des sanctions au président du régime autoritaire, à son fils, ainsi qu’à des ministres, des hauts fonctionnaires, des chefs d’entreprise et des sociétés soutenant la violente répression des manifestations populaires contre la fraude électorale. A la fin du mois dernier, elle a prolongé jusqu’en février 2022 ces sanctions visant exactement 88 personnes et consistant en un gel des avoirs et à une interdiction de voyager dans les vingt-sept pays membres de l’Union européenne.

Une remise en cause de la « nature non-politique » de l’Eurovision

Ces tensions géopolitiques on ne peut plus sérieuses trouvent donc une résonance dans le cadre a priori anecdotique qu’est le concours Eurovision. Dans le communiqué publié le 11 mars, l’UER disait avoir « scruté de près la chanson de la Biélorussie » et avoir conclu qu’elle « remettait en cause la nature non-politique » de l’événement. Elle ajoutait que les « dernières réactions suscitées » risquaient de nuire à la réputation de la compétition. L’organisme a ainsi demandé que le diffuseur biélorusse BTRC, en charge de la candidature pour l’Eurovision, « soumette une version modifiée ou une nouvelle chanson » conforme au règlement.

Dans son communiqué du 26 mars, l’UER a fait savoir que la nouvelle chanson proposée par la délégation biélorusse « enfreignait également le règlement s’assurant que le concours ne puisse être instrumentalisé ». Le délai imparti ayant expiré pour livrer une chanson adéquate, la Biélorussie ne pourra être représentée en mai prochain à Rotterdam.

Le groupe Galasy ZMesta n’avait pas été sélectionné par hasard.  « Le candidat choisi a choqué tout le monde. Une fois de plus, nous avons la preuve qu’être "loyal" est plus important que d’avoir du talent et de faire de la musique de qualité », a réagi sur son compte Instagram le duo VAL. Ce duo, qui avait été désigné pour représenter la Biélorussie à l’Eurovision 2020 n’a pas été reconduit cette année car la BRTC a jugé qu’il n’avait « aucune conscience » après qu’ils ont soutenu publiquement les manifestations anti-Loukachenko. Leur exemple en est un parmi d’autres des conséquences essuyées par plusieurs artistes biélorusses ayant pris position contre le pouvoir en place.

Des précédents

Ce n’est pas la première fois qu’une chanson pose problème à l’Eurovision en raison de sa nature politique, réelle ou supposée. En 2009, la Géorgie s’était retirée du concours, organisé en Russie, après que la chanson We Don’t Wanna Put In (entendre « We don’t wanna Putin », « On ne veut pas de Poutine ») a été retoqué par l’UER.

En 2015, année de la commémoration des cent ans du génocide arménien, le groupe Genealogy, composé d’artistes de la diaspora arménienne, avait dû changer le titre de sa chanson - Don’t Deny (« Ne niez pas ») – pouvant être perçue comme une adresse aux négationnistes – fut ainsi rebaptisée Face The Shadow (« Affronte l’ombre »).

Le concours Eurovision se déroulera en mai à Rotterdam (Pays-Bas), avec une finale prévue le samedi 22. Au départ, quarante et un pays devaient concourir mais, après le retrait de l’Arménie et la disqualification de la Biélorussie, il n’y en aura finalement « que » trente-neuf en lice.