Est-ce qu’on peut parler de personnes « grosses », ou c’est une insulte ?

MOTS POUR MAUX Deux fois par mois, « 20 Minutes » vous aide à y voir plus clair dans les mots des discriminations

Aude Lorriaux

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#MotsPourMaux: Est-ce qu’on peut parler de personnes «grosses», ou c’est une insulte? — 20 Minutes
  • Pour enlever le stigmate autour du mot gros, et parce qu’être gros n’est pas une honte, ce mot est préféré au terme médical obèse.
  • Derrière cette question de terminologie se cache l’une des discriminations les plus importantes.
  • Les personnes grosses subissent ainsi des discriminations de différentes natures.

Dans #MotsPourMaux aujourd’hui on vous parle du mot « grosse » et de grossophobie. Alors pourquoi parler de personnes « grosses » et pas « rondes », ou « obèses » ? Tout simplement parce qu’être gros n’est pas une honte. L’idée, c’est d’enlever le stigmate autour du mot gros. Et puis parce que le mot « obésité » est un terme médical, qui donne un aspect pathologique. C’est ce qu’explique Daria Marx, du collectif Gras politique, à 20 Minutes. En résumé, n’ayons pas peur des mots !

On voit rarement de personnes grosses à la télévision ou au cinéma. Et pourtant, elles sont nombreuses : en France, près d’une personne sur deux est en surpoids, et près d’un adulte sur six est obèse.

Discriminations à foison

Les personnes grosses sont parmi les plus discriminées. À compétences égales, pour un poste d’accueil, une candidate en surpoids a six fois moins de chance d’être recrutée qu’une femme dans la « norme » de poids et de couleur de peau.

 Testing sur les embauches en poste d'accueil
Testing sur les embauches en poste d'accueil - Capture

Les personnes grosses sont aussi payées 18 % de moins que les autres, elles ont des difficultés à trouver un logement, à s’habiller, à voyager – souvent elles doivent réserver deux sièges – et même à être soignées. Parce que le matériel médical n’est souvent pas adapté, ou que les soignants et soignantes utilisent des propos culpabilisants.

On ne choisit pas d’être grosse

On pense souvent que si on est gros, c’est une simple question de volonté, et qu’il suffirait de moins manger. C’est beaucoup plus compliqué !

Les personnes grosses le sont parfois devenues à cause d’un traitement médical. Ou parce qu’elles souffrent d’un climat familial qui ne les met pas en confiance. C’est ce que raconte Gabrielle Deydier, dans son livre On ne nait pas grosse : elle grossit notamment au départ parce qu’elle est atteinte du syndrome Stein-Leventhal, et aussi parce que sa mère se déteste, et se plaint toujours de se sentir grosse. Comme Gabrielle Deydier, 80 % des obèses qui souffrent de troubles alimentaires rapportent un climat familial hostile.

On peut prendre du poids aussi à cause de troubles mentaux, ou de violences sexuelles. Dans Hunger, Roxane Gay, raconte avoir pris du poids après le viol collectif subi à l’âge de 12 ans. Elle mange pour se protéger des hommes, pour se rendre intouchable. C’est l’histoire d’une faim qui guérit et qui tue à la fois.

80 % des chirurgies bariatriques concernent des femmes

Et puis on a aussi plus de chances de devenir gros quand on a un faible niveau d’études ou qu’on gagne peu d’argent, parce que la bonne nourriture coûte cher. En France, un smicard sur quatre est obèse. Il y a aussi des facteurs génétiques.

Sachez qu’il y a autant d’obèses chez les femmes que chez les hommes, et pourtant, 80 % des chirurgies bariatriques concernent des femmes. Vous savez, ces chirurgies où une partie du ventre est ôtée, par exemple. Pour les femmes, c’est la double peine, parce qu’elles sont encore plus soumises aux diktats de beauté. Et c’est aussi pour cela que j’ai choisi le mot « grosse » !