C’est quoi les NFT, les jetons qui permettent d’acheter des tweets et des œuvres d’art sur Internet ?

CRYPTO-ART Les NFT, qui reposent sur la technologie blockchain, explosent depuis quelques semaines

Laure Beaudonnet

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Le mythique Nyan Cat est mis aux enchères
Le mythique Nyan Cat est mis aux enchères — Geeko
  • Depuis le mois de février, de nombreuses œuvres d’art numériques sont vendues sous la forme de NFT, des jetons à caractère unique qui sont adossés à la technologie blockchain.
  • Des œuvres de Grimes et le tweet de Jack Dorsey ont été vendus des millions de dollars.
  • Retour sur une technologie qui révolutionne la propriété en ligne.

Les NFT sont sur toutes les lèvres virtuelles depuis quelques jours. Et Jack Dorsey, le patron de Twitter n’y est pas pour rien. Il a mis aux enchères son premier tweet publié en 2006 et la meilleure offre s’est élevée à 2 millions de dollars samedi dernier. La chanteuse Grimes, l’artiste numérique Beeple, le collectif Burnt Banksy se sont également mis aux « non-fungible tokens » (NFT), jetons non fongibles en français. Des objets virtuels à l’identité, l’authenticité et la traçabilité incontestables et inviolables grâce à la blockchain, et en général la technologie ethereum, connue également comme la deuxième monnaie virtuelle la plus importante après le bitcoin.

Avant de se demander à quoi peut bien servir de dépenser des millions de dollars pour acheter le premier message jamais publié sur Twitter, essayons de comprendre en quoi consistent ces fameux jetons. On a tendance à associer la blockchain (une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et qui fonctionne sans organe central de contrôle) à la monnaie virtuelle, surtout avec la flambée récente du bitcoin. Mais la blockchain ethereum ouvre de nombreuses perspectives dont on commence à percevoir l’ampleur à travers, notamment, les « social tokens » (jetons sociaux).

Des jetons à caractère unique

« Par-dessus la blockchain ethereum, on peut créer ce qu’on appelle des jetons, explique Claire Balva, cofondatrice et présidente du cabinet de conseil Blockchain Partner. Ils représentent des actifs numériques ou physiques qui ont de la valeur ». Ils peuvent être l’expression d’une part d’entreprise, d’immeuble, un personnage dans un jeu vidéo, une monnaie traditionnelle… En gros, n’importe quel actif qui a de la valeur.

« Par exemple, Spencer Dinwiddie, joueur de la NBA, a transformé une partie de son contrat en jetons sur la blockchain Ethereum. Des particuliers ont acheté ces jetons 1,3 million de dollars, et le rendement de leur investissement sera dépendant du contrat, donc des performances du joueur », détaille Manuel Valente, directeur de l’analyse et de la recherche chez Coinhouse, acteur de référence en France. On peut « tokeniser » des immeubles, un appartement à New York ou à Tokyo en achetant une part en ligne. On perçoit une partie du loyer sans passer par la paperasse administrative d’une SCI (société civile immobilière), par exemple.

Les NFT sont différents des autres jetons car ils ont un caractère unique. C’est d’ailleurs pour cela qu’on peut transformer des tweets, des mèmes ou des œuvres d’art en NFT et organiser des enchères. « Les Non-fungible tokens n’ont pas tous les mêmes propriétés, confirme Claire Balva. Chaque jeton a des caractéristiques particulières au niveau de son code et de son design visuel. » Dans l’univers des jeux vidéo, on peut imaginer représenter des armes, des personnages ou des habits avec des NFT. « Cela permet non seulement d’en être le détenteur d’un point de vue technique mais aussi de pouvoir revendre ces objets. C’est tout un univers technologique décentralisé qui a plein de nouvelles applications », indique la spécialiste des blockchains.

Des niveaux records de ventes

Et cette technologie vit une véritable hype ces dernières semaines. Les ventes atteignent des niveaux records. Le 18 février dernier, Chris Torres, l’inventeur du Nyan Cat, l’un des mèmes les plus connus de la culture numérique, a été vendu 300 ETH (soit plus de 470 000 euros). Grimes s’est également jetée dans le monde du crypto-art. Le 28 février, la chanteuse a vendu près de 6 millions de dollars sa collection numérique d’œuvre d’art baptisée WarNymph, dont chaque œuvre a été certifiée par un NFT. Si vous pensez qu’il s’agit d’un simple gadget, vous vous trompez.

L’authenticité du NFT est garantie par la blockchain, de la même manière que les transactions en bitcoin ou en ether sont garanties par la technologie. On ne peut pas faire passer la copie pour l’œuvre originale et on peut prouver qui est son propriétaire. Valuables, le site de vente aux enchères de tweets, précise qu’acheter un tweet signifie acquérir « un certificat numérique du tweet, unique parce qu’il a été signé et vérifié par le créateur ». Reste à savoir si un tweet ou un simple gif vaut des centaines de milliers de dollars, mais c’est une autre question. Ils représentent un intérêt certain pour les collectionneurs et les passionnés de culture numérique.

Le monde du sport n’a pas non plus attendu pour se lancer. L’application NBA Top Shot permet aux fans de collectionner et échanger des vidéos d’actions d’un match de basket à l’aide des NFT. En France, Sorare surfe sur la folie Panini. La start-up consacrée au football, qui a levé fin février 40 millions d’euros, propose des cartes à collectionner de joueurs. La carte de Diego Maradona dépasse les 293 000 euros, par exemple. On n’a pas fini d’en entendre parler.