« Billion Dollar Movie », « Beef House »… Tim et Eric sont les mecs les plus drôles du monde et vous ne les connaissez pas

MIND BLOWN Depuis 20 ans, Tim et Eric font rire les Américains, mais restent méconnus en France, une erreur à réparer en leur compagnie à l’occasion de « Beef House » sur Adult Swim

Vincent Julé

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Tim Heidecker et Eric Wareheim parodient les sitcoms américains avec l'inénarrable « Beef House »
Tim Heidecker et Eric Wareheim parodient les sitcoms américains avec l'inénarrable « Beef House » — Adult Swim
  • Tim Heidecker et Eric Wareheim sont deux comiques américains, à l'humour très spécial, culte aux Etats-Unis, inconnu en France
  • Leur parodie de sitcom Beef House est disponible sur Adult Swim, chaîne acessible via Canal+, Molotov, Free, etc.
  • Le duo revient sur leur parcours, leurs oeuvres, leurs fans pour la première fois en France, en exclusivité pour 20 Minutes

Mhmm… Comment présentez Tim & Eric ? « Vous pouvez dire que nous sommes les grands artistes du XXIe siècle, que ce que nous faisons est très important et doit être respecté de tous et toutes », avance Tim Heidecker. « Notre place est dans un musée, aux côtés des maîtres de la peinture, de la sculpture, et maintenant avec nous, de la comédie », ajoute Eric Wareheim. Voilà voilà.

Culte aux Etat-Unis mais inconnu en France, ce duo d'auteurs, acteurs et réalisateurs s’est rencontré à la fac et a commencé à bricoler des courts et sketchs sur les internets, avant de se faire repérer par Bob Odenkirk, Saul Goodman  himself, figure de la scène comique américaine dans une autre vie, du Saturday Night Live au Ben Stiller Show. Il les aide à vendre la série animée Tom Goes to the Mayor à la chaîne Adult Swim, qui deviendra leur maison avec également les programmes Awesome Show, Check It Out, Bedtime Stories et maintenant la vraie fausse sitcom Beef House.

Un humour insaisissable et indéfinissable

Le travail de Tim et Eric n’est pas non totalement inconnu des Français et Françaises, et plus particulièrement des internautes français, à l’instar du gif « Mind Blown » surutilisé sur les réseaux sociaux et issu de leur sketch The Universe. Mais qui le sait ? « Nous avons fait tellement de choses, commente Tim Heidecker, qu’elles sont découpées dans tous les sens, transformées en mèmes, en GIFs et postés hors de leur contexte. Les gens ne savent pas toujours que c’est de nous. » Il faut dire que leur humour est un peu insaisissable, indéfinissable. « Il est souvent qualifié de pince-sans-rire, mais cela ne couvre pas tout le spectre que ce nous faisons, commente Eric Wareheim. Ce que nous trouvons drôle ne l’est souvent pas pour beaucoup de gens. Nous adorons par exemple le « dad humor », faire des blagues sur les papas, se moquer de nos pères, de la parentalité, de l’idée d’être cool et vieux. »

Se moquer de la comédie elle-même

On peut ajouter absurde, non-sensique, méta, dégueu… Mais toutes les oeuvres de Tim et Eric ont en commun, et c’est assez unique en comédie, de questionner la forme elle-même, qu’il s’agisse du blockbuster avec leur film Tim & Eric, le film qui valait un milliard ( disponible sur Prime Video) ou la sitcom avec Beef House. « C’est en effet une part importante de notre travail, renchérit Tim, et explique aussi pourquoi il ne parle qu’à une niche de fans. Nous nous moquons de la comédie elle-même, de ce qu’elle devrait être ou pas selon certains. La pop culture ne réfléchit que rarement sur elle-même, elle ne commente pas le médium et pourquoi il existe. Nous essayons d’être à la fois drôles et vrais sur les sujets dont nous nous moquons. Si nous faisons une parodie de publicité, il faut qu’elle ressemble à une vraie pub, avec la bonne musique, la bonne photographie, les bons codes, de manière à si tu tombes dessus, tu penses que c’est une vraie pub. Dès que nous avons une idée marrante, la question suivante est : Qu’est-ce que c’est ? De quelle forme on parle et qui rendrait cette idée encore plus drôle. »

« Beef House », mieux que « WandaVision » ?

De ce point de vue, Beef House, diffusée il y a un an aux Etats-Unis, précède WandaVision dans son hommage et sa réflexion sur les sitcoms. Tim et Eric n’ont pas vu la série Marvel de Disney+, « nous ne regardons que nos séries, et des documentaires sur la Seconde Guerre mondiale », plaisantent-ils. « Nous voulions depuis longtemps nous attaquer aux sitcoms, et l’avons d’ailleurs déjà un peu fait avec Just 3 Boyz avec Zach Galifianakis, enchaîne Eric. Nous avons grandi avec ces séries, et nous voulions la nôtre. Il ne faut pas croire, nous nous moquons de la télévision, mais nous adorons la télévision. »

Beef House suit ainsi le quotidien d’Eric et sa femme Megan dans une maison, qui accueille également son meilleur ami loser Tim, et, on ne sait pas trop pourquoi, une bande de trois colocataires et grabataires. Glauque. Mais drôle. Mais glauque. « Il était possible de faire une parodie où les situations tombent toutes à plat, comme dans les sitcoms traditionnelles et familiales, détaille Tim. Mais nous avons voulu ajouter des choses que tu ne vois jamais comme des blagues sur la diarrhée, le vomi, qui nous font encore rire, même à notre âge. Qui font peut-être rire que nous d’ailleurs. Mais dans les sitcoms actuelles, il n’y a rien de marrant, elles déroulent juste leurs scripts génériques. » Allez, si on insiste, Tim sauve Seinfeld et Larry et son nombril.

Quentin Dupieux, David Lynch... La galaxie Tim & Eric

Plusieurs personnalités, guests, influences gravitent autour de Tim et Eric, devenus leur propre marque et univers, avec Bob Odenkirk et Zach Galifianakis donc, mais également Will Ferrell, John C. Reilly, Paul Rudd, Will Forte (MacGruber, The Last Man on Earth), David Lynch pour « sa manière de voir le monde différemment et d’embrasser l’absurdité ». Et le Français Quentin Dupieux, cite Eric Wareheim, qui a joué dans deux de ses films, Wrong Cops et Reality : « Quand je suis à Paris, des gens m’arrêtent dans la rue et me disent "wouah personne ne vous connait, mais moi je vous adore". Donc ça va commencer à faire un peu de monde. Nous voulons bien sûr que le plus de personnes voient notre travail, mais il y a quelque chose de gratifiant, de beau, d’avoir une sorte de club de fans qui nous aiment et nous comprennent. Il y a comme une connexion spéciale. »

N.B. : Tim et Eric ont choisi eux-mêmes les vidéos et sketchs illustrant l’article, « une bonne manière de découvrir notre travail et notre humour ».