Zara Larsson : « Mes fans disent que "POSTERGIRL" est très bon et je suis d’accord ! », affirme la star suédoise

INTERVIEW Ce vendredi, « 20 Minutes » s’est entretenu, via Zoom, avec Zara Larsson quelques heures après la sortie de son troisième album, « POSTERGIRL »

Propos recueillis par Fabien Randanne

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L'artiste suédoise Zara Larsson.
L'artiste suédoise Zara Larsson. — Jordan Rossi
  • POSTERGIRL, le troisième album de Zara Larsson est sorti ce vendredi.
  • « Les chansons sont plutôt positives, c’est le genre de morceaux que j’écouterais si je voulais m’échapper de la monotonie du quotidien, notamment en ce moment », déclare l’artiste suédoise de 23 ans à 20 Minutes.
  • Ce lundi 8 mars, jour de la Journée internationale des droits des femmes, Zara Larsson assurera un concert en ligne, sur YouTube. « Je jouerai mon nouvel album », prévient-elle en ajoutant qu’elle en profitera pour « attirer l’attention sur l’égalité femmes-hommes, l’éducation des filles… »

Zara Larsson n’a que 23 ans et elle a déjà trois albums à son actif – le dernier en date, POSTERGIRL est sorti ce vendredi. Elle a glané des disques d’or et de platine en large quantité tout autour du monde. Elle a chanté avec la même aisance devant le Comité du prix Nobel de la Paix qu’ en ouverture de l’Euro de foot au Stade de France. Elle a collaboré avec David Guetta et Clean Bandit, entre autres, et a assuré les premières parties d’Ed Sheeran. « J’ai eu des opportunités que je n’aurais pas eues si je n’avais pas fait de musique. Je suis très reconnaissante d’avoir pu vivre tout cela », déclare-t-elle humblement à 20 Minutes qui a pu s’entretenir avec elle par écrans interposés. Entretien avec une pop star suédoise qui ne surjoue pas la célébrité.

Votre album et sorti il y a quelques heures à peine. Dans quel état d’esprit êtes vous ?

Je me sens sereine. Je pensais que j’aurais été stressée ou nerveuse. Bien sûr, je vais lire ce que les gens en disent sur les réseaux sociaux, c’est naturel de vouloir voir les réactions. [Les fans] disent qu’il est très bon et je suis d’accord avec ça (rires). Je ne suis pas satisfaite de beaucoup de choses que je fais, alors que je sois contente de cet album est déjà une victoire en soi. J’en suis fière.

Que vouliez-vous exprimer à travers ces nouvelles chansons ?

Je voulais faire des chansons fun avec lesquelles je pourrais livrer un grand spectacle. Elles sont plutôt positives, c’est le genre de morceaux que j’écouterais si je voulais m’échapper de la monotonie du quotidien, notamment en ce moment. Même les chansons qui ne sont pas très positives ont l’air de l’être.

Il y a des chansons aux textes plutôt sombres, comme « Ruin My Life », qui évoque une relation toxique…

Oui, même si Ruin My Life n’a pas l’air d’une chanson triste et qu’elle dégage une certaine énergie, elle parle de quelque chose qui parlera sans doute aux gens : le fait de ne pas toujours avoir une relation amoureuse heureuse, même si on l’espère. C’est étrange pour moi, qui ai l’impression d’être une personne forte dans la vie de tous les jours, de me sentir vulnérable dans mes chansons. Il y a une forme de force là-dedans aussi je pense.

L’année 2020 si particulière en raison de la crise sanitaire a-t-elle eu une influence sur votre processus de création ?

Cela a eu un impact sur mon quotidien parce que je n’avais plus rien de prévu dans mon agenda et c’était très ennuyeux. J’avais envie de me produire sur scène, c’est ce que j’adore faire. J’avais l’impression de ne pas avoir d’objectif, c’était dur. Je n’étais pas très créative, je passais surtout du temps avec mes amis et ma famille. Cela faisait longtemps, peut-être depuis mes 15 ans, que je n’étais pas restée aussi longtemps à la maison donc c’était un peu étrange et nouveau pour moi. J’ai dû apprendre à m’y faire, au début j’étais stressé par tout ça. Maintenant, j’ai hâte de repartir en tournée. C’est ça la principale différence avec ma vie d’avant : je suis à la maison et je n’aime pas trop ça.

Vous avez été révélée à 10 ans, dans la version suédoise d'« Incroyable talent ». Vous en avez désormais 23. Le fait de ne pas avoir une adolescence, une certaine insouciance, vous a manqué ?

Non, j’ai été une ado insouciante. Je dirais que j’ai surtout eu des expériences et des opportunités que je n’aurais pas eues si je n’avais pas fait de musique. Je suis très reconnaissante d’avoir pu vivre tout cela. Je ne pense pas avoir manqué grand-chose. Peut-être que, parfois, j’ai pu avoir ce sentiment quand tous les autres sortaient, allaient danser en boîte de nuit… Et puis, six mois plus tard, je revenais et les mêmes personnes dansaient sur les mêmes chansons, dans les mêmes clubs et je n’avais pas l’impression d’avoir vraiment raté quelque chose.

Etre une pop star, en Suède, ça ressemble à quoi ?

C’est tellement tranquille ! Personne ne s’intéresse à toi. On n’a pas de paparazzis. Les Suédois sont sur la réserve, timides, ils respectent votre vie privée. Souvent, je peux marcher à côté d’un groupe de personnes dans la rue, les dépasser, et entendre 20 m plus loin l’une de ces personnes crier « Je t’aime ! ». Alors, je réponds « Merciiiiii » (elle rit). Je dirais que j’ai une vie très normale. Aux Etats-Unis, une fois, quelqu’un m’a reconnue et m’a demandé de faire une photo avec lui. J’ai accepté. Puis une autre personne est arrivée et m’a demandé à son tour de faire un selfie avec moi. J’ai accepté et puis le type m’a dit : « Qu’est-ce que vous faites ? » Je lui ai demandé : « Pourquoi vous voulez une photo avec moi si vous ne savez pas ce que je fais ? » Et il m’a répondu : « J’ai vu que quelqu’un se prenait en photo avec vous, j’ai donc pensé que vous deviez être célèbre. Alors je voulais aussi une photo. » En Suède, on n’a pas ce genre de comportement, ce n’est pas dans notre culture.

Quel est le pire aspect de la célébrité ?

Je ne suis pas si célèbre que ça, donc ma vie privée n’est pas envahie. Je dirais que c’est de recevoir de la haine de la part de gens que je ne connais pas. C’est étrange pour moi quand quelqu’un m’attaque personnellement alors qu’il ne me connaît pas. J’essaye d’en faire abstraction, de ne pas me laisser atteindre, même si, selon les périodes, il peut m’arriver de lire un commentaire et [elle fait une grimace de tristesse], vous voyez ? (elle éclate de rire) En général, j’ai une belle vie. Je recevais davantage de haine quand je tenais un blog où je parlais de féminisme, cela dérangeait des gens, notamment des hommes. Je pense que cela confirmait ce que je disais : « Pourquoi êtes-vous à ce point offensé ? »

Lundi, jour de la Journée internationale des droits des femmes, vous vous produirez lors d’un concert en ligne, diffusé sur YouTube…

Ce sera tellement bien ! Je suis hyper-enthousiaste. Je jouerai mon nouvel album dans un décor merveilleux, tellement beau. Je n’ai jamais eu une aussi grosse production, notamment pour du live. Ce sera l’occasion d’attirer l’attention sur l’égalité femmes-hommes, l’éducation des filles…

C’est important pour vous d’utiliser votre popularité pour sensibiliser aux causes qui vous touchent ?

Je ne me qualifierais pas d’activiste. Mais j’ai une tribune, beaucoup de personnes qui me suivent, alors si je peux sensibiliser ne serait-ce qu’une personne à ces sujets et qu’elle en parle ensuite à sa famille ou ses amis, j’aurais contribué à un petit changement. Tout le monde peut faire ça, peu importe le nombre de followers.

Vous avez le sentiment que, notamment depuis le mouvement #MeToo, les choses changent pour les femmes dans l’industrie musicale ?

Je pense. De mon expérience, depuis le mouvement #MeToo, les choses vont de mieux en mieux. Les gens ont davantage conscience de l’importance d’engager des femmes. Aux Etats-Unis, je suis signée chez Epic Records qui est dirigé par une femme [Sylvia Rhone]. Ce n’est pas quelque chose de courant, hélas. Cela ne devrait pas être rare qu’une femme, noire, soit à la tête d’un label. Son énergie rejaillit sur tous les employés. Je travaille avec beaucoup de femmes, il y en a beaucoup dans mon équipe. Quand j’enregistre, je ne veux pas n’être entourée que d’hommes. Si je pouvais, j’aurais un groupe exclusivement composé de femmes, mais j’adore les gars de mon groupe, je ne veux pas les virer (elle rit), je travaille avec eux depuis longtemps. Il y a une évolution dans la manière dont ces questions sont perçues, ça devient un sujet, les gens s’impliquent, montrent de l’intérêt dans les débats… J’espère qu’on va vers davantage d’égalité.

Qui sont vos modèles, les personnalités qui vous inspirent ?

Je dirais Beyoncé. Je l’adore depuis mes 9 ans. Je l’aime pour l’artiste qu’elle est et pour les messages qu’elle transmet, particulièrement en ce moment. Elle est devenue une artiste plus politique avec Lemonade, en parlant de ce que c’est qu’être une femme noire aux Etats-Unis. J’aime Rihanna, parce qu’elle ne s’excuse de rien, et aussi Niki Minaj pour les mêmes raisons et pour sa confiance en elle. Ma manager m’inspire aussi beaucoup. Elle est éloquente et elle quelqu’un de bien. (Elle réfléchit) Je dirais aussi que beaucoup de celles et ceux qui m’inspirent sont des personnes de mon entourage au quotidien : mes amis, ma mère. Classique. Mais Beyoncé est ma numéro 1.

Impossible de parler avec une star de la pop suédoise sans parler d’Eurovision, pays qui, après l’Irlande, détient le record de victoires – six. Vous feriez une parfaite candidate pour la Suède…

Ah ah ! Vous pensez ? Merci ! J’adore l’Eurovision. En Suède, on a le Melodifestivalen, huit semaines de sélection [pour désigner le candidat à l’Eurovision] et je regarde l’émission tous les week-ends. Cette année, Tusse est mon préféré. Moi, je ne pense pas que je serais un bon choix. Pas maintenant. J’adore regarder mais je ne pense pas que cela m’apporterait quelque chose. Je n’ai pas l’impression d’en avoir besoin ou de le vouloir. C’est une scène particulière, ce serait impressionnant parce qu’il y a un public énorme tous les ans. Reposez-moi la question dans dix ans, mais pour l’instant, je préfère me concerner sur mon parcours personnel plutôt que sur l’aventure de l’Eurovision.