« C’est dur d’être dans la longévité, d’avoir encore des conneries à dire » explique Seth Gueko à son fils Stos avec lequel il sort « Tel père tel fils »

INTERVIEW Satisfait d’une première collaboration fin 2019, le duo vient de sortir un projet de sept titres  

Propos recueillis par Clio Weickert

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Stos et Seth Gueko.
Stos et Seth Gueko. — O.JUSZCZAK
  • Stos, l’un des enfants de Seth Gueko, suit les traces de son père et tente lui-aussi sa chance dans le rap.
  • Ce vendredi, tous deux présente leur premier album commun « Tel père tel fils ».

Seth Gueko n’a pas dit son dernier mot. Alors qu’il se consacre principalement à ses activités dans le monde de la cuisine et celui du tatouage – sans oublier son apparition dans la série La Flamme –, Seth Gueko est de retour, deux ans après Destroy. Mais il n’est pas venu seul. Le Professeur Punchline (l’un de ses nombreux surnoms), revient sur le devant de la scène musicale avec son fils de 19 ans, le rappeur Stos.

Satisfait d’une première collaboration fin 2019, le duo a décidé de transformer l’essai en un album de sept titres, intitulé Tel père tel fils, sorti ce vendredi. Les amateurs du rap hardcore de Seth Gueko y retrouveront son style inimitable, disons très « imagé », ainsi que les premiers pas de Stos dans le rap, digne héritier de son père. 20 Minutes les a rencontrés à cette occasion.

Seth Gueko vous aviez dit l’an dernier dans un média que le rap n’était plus votre priorité. Vous avez changé d’avis ?

Seth Gueko : Pour moi le rap est secondaire. Je ne suis plus dans le truc de vouloir être présent, de suivre le game… J’ai des fondations solides avec ma fanbase, elle m’a vu évoluer, elle a vieilli en même temps que moi et certains fans sont devenus papas ou mamans comme moi. Ils ont aussi entendu parler de mon fils dans mes morceaux étant plus jeune, et dans mes clips en tant que figurant. Ce sont les premiers à être au taquet derrière ce projet.

Vous Stos, vous aimeriez aussi faire carrière dans le rap ?

Stos : J’aimerais et je vais me donner les moyens surtout. Ce n’était pas du tout une évidence parce que j’ai eu le déclic tard. A la base je n’étais pas dans ça, j’étais dans les jeux vidéo, les mangas… Je n’étais pas dans le délire de faire de la musique et pourtant j’ai toujours été dedans.

Seth Gueko vous encouragez votre fils à se lancer à fond dans la musique ?

Seth Gueko : Un jeune boxeur doit s’entraîner avant son premier combat. Pour être sur l’un de mes projets il a fallu qu’il fasse ses preuves, ça n'aurait pas été juste de le jeter en pâture, l’exposer à la critique des gens. Mais quand je l’ai senti prêt, je suis venu de moi-même. Je fais un projet avec lui parce qu’il est fort, qu’il soit mon fils ou non. Là c’est le début, mais il rappe beaucoup mieux que moi à son âge. Et on ne fait pas un album pour qu’on nous compare. On ne fait pas un clash, on ne fait pas PSG-OM, on est des joueurs de la même équipe, on est les Salvadori.

Comment est né ce projet entre vous ?

Seth Gueko : Après la sortie de Tel père tel fils où je faisais un petit refrain et où je laissais la place à mon fils sur un long couplet. Les gens ont apprécié, la seule petite remarque qu’il y a eu c’est « mais pourquoi tu ne chantes pas plus dessus Seth Gueko » ? Je me suis dit que pour le prochain album, on ferait l’inverse, lui le refrain et moi je chanterais plus. On a voulu un savant équilibre et mettre en avant son côté mélodieux. Il sait aborder la musique comme moi je n’ai pas su le faire. J’ai atteint mon plafond de verre avec mon public, avec du rap pur et dur. Pour rendre sa musique un peu plus pop ou mainstream, parfois il faut apporter un peu de mélodie dans les refrains. Et lui est très bon pour ça. Il est polyvalent, ce que je n’ai pas su faire.

Stos : Dans ce projet on voit qu’on est complémentaire sur tous types de morceaux. Il y en a certains où il y a plus de mélodie et où je fais plus de refrains chantés, d’autres sont plus rappés. Et dans les deux cas ça fonctionne bien, c’est une bonne combinaison.

Et l’art de la punchline c’est inné ou ça s’acquiert ?

Stos : Je pense que c’est les deux, c’est inné mais il faut le travailler.

Seth Gueko : J’avais déjà ce truc jeune et c’est ça qui m’a poussé à vouloir faire du rap. J’ai toujours su m’exprimer et captiver les gens. J’étais le petit dernier de la famille, le pitre, souvent ça développe cette fibre dans les familles nombreuses quand tu es le petit dernier. Je l’ai aiguisée, je ne laisse personne indifférent après mon passage dans une pièce. C’était en moi. Et là c’est dur d’être dans la longévité, d’être encore fort 20 ans après et d’avoir des conneries à dire. Elles sont un peu plus difficiles à trouver aujourd’hui, ça se cherche à travers la culture de tous les jours.

Vous avez des goûts musicaux en commun tous les deux ?

Seth Gueko : Il me fait découvrir des choses et en général j’aime. Ces derniers temps il est très branché drill et musique nigériane qui s’en inspire.

Stos : J’écoute beaucoup de sons africains qui ont une vibe que j’aime bien, et une certaine manière de faire des morceaux. 

Certains enfants trouvent leurs parent un peu dépassés niveau goûts musicaux parfois, ça a pu être votre cas Stos ?

Stos : Non il est à la page quand même. C’est vrai qu’il a du mal avec certains morceaux car pour lui c’est beaucoup trop important de faire des rimes. Parfois j’écoute des morceaux et il me dit « mais comment tu peux écouter un mec qui fait des rimes comme ça ? »

Seth Gueko : Qui ne fait pas de rimes. Si le mec en fait, je l’écoute. 

Et de leur côté, certains parents ne comprennent pas les goûts musicaux de leurs enfants, disant que « c’était mieux avant ». Ça a été votre cas ?

Seth Gueko : J’ai tendance à lui dire que sa génération ne se casse pas trop la tête sur les lyrics, mais elle se la casse autre part et je l’apprends. Je me ravise. Mais je veux que ça dure pour lui, je ne veux pas que ce soit un effet de mode. Je m’en voudrais que mon fils connaisse le succès deux ans, qu’il y goûte et qu’on lui retire le pain de la bouche. Ça lui ferait mal et c’est dévastateur. J’ai envie qu’il fasse une carrière, et pour ça il faut marquer son temps avec quelque chose qu’on n’a jamais vu ou entendu. Je veux qu’il ait plus de cordes à son arc. Il faut qu’il se casse la tête sur les lyrics. C’est mon fils et ils le reprendront toujours sur ça. Il arrivera à tenir dans le temps en faisant des textes riches.

Vous assumez un rap hardcore, très cru, vous avez ressenti le besoin d’expliquer cette démarche à votre fils ?

Seth Gueko : On ne va pas dire qu’être vulgaire c’est de famille, mais on n’a pas honte de rire de blagues franches du collier. On n’a pas de pudeur sur ça. Après je n’ai pas envie que ma mère entende les conneries que je sors, pour moi ce n’est pas le public qui est censé écouter ça. Quand il y a de la vulgarité dans les textes de mon fils, mais qu’il n’y a pas de poésie derrière, ça me dérange. Si c’est un jeu de mots ou une métaphore, je comprends qu’il a voulu jouer avec les mots, et non pas faire mal avec un truc misogyne. Après quand tu es un homme, tu joues du côté chien et chat qu’il peut y avoir entre les femmes et les hommes, l’idée n’est pas de descendre l’image de la femme, mais d’être drôle. Après ça en fait rire certains et pas d’autres, parfois les gens ne sont pas sensibles au rap. Si je dis une blague extraite de mes textes à la terrasse d’un café et qu’il y a des copines, elles vont toutes exploser de rire parce qu’il y a la manière de l’amener. Si tu vois un mec qui joue les durs, qui est derrière son micro avec une musique un peu anxiogène, tu peux te demander s’il rigole ou pas. Ça a été mon combat, montrer que je ne suis pas un gros débile super premier degré, super violent. C’est de l’image tout ça, c’est artistique en fait, il y a de la recherche. Ce n’est pas gratuit, il y a de l’humour taquin mais c’est toujours tourné avec de la poésie.

Ce qui n’empêche pas que certains de vos textes aient pu être jugés sexistes, misogynes. Vous comprenez que ça ait pu choquer ?

Seth Gueko : Ça me dérange d’avoir heurté des femmes ou qu’elles aient pu mal interpréter le sens du message que j’ai voulu donner. Moi c’est plus de la franche camaraderie et de la déconne. Je m’excuse auprès des femmes qui ont pu subir des trucs de certaines personnes qui ont mal compris ma musique.Aujourd’hui je me rends compte que toute la finesse d’écriture que j’ai, 70 % de mon public ne l’a jamais comprise lui-même. Il y a de la recherche et certains n’arrivent pas à le voir. Il faut remettre dans son contexte, c’est jouer avec les mots. C’est du Desproges de banlieue en fait. Mais c’est difficile de se dire qu’il y a du second degré dans le rap, on a été à l’école de la « street crédibilité », du rap pur et dur où on se disait « eux ce sont des vrais bonhommes »… Moi j’étais le gardien de la frontière entre le rap second degré et le rap testostéroné.

Vous regrettez certaines punchlines ?

Seth Gueko : Certaines sont trop vieilles pour que je m’en souvienne, mais toutes celles écrites avec humour je ne les regrette pas. J’aimerais juste les expliquer aux personnes qui ont été heurtées, en leur disant qu’il ne fallait pas le prendre comme ça. Tout est une histoire d’interprétation. Parfois quelqu’un va t’envoyer un message écrit, tu vas le prendre mal alors qu’il n’y avait juste pas la ponctuation nécessaire. S’il n’y a pas assez de théâtralité ou de ponctuation, des phrases dites pour rigoler peuvent être prises au premier degré, avec le côté très dur que mon rap peut avoir.

Vous avez fêté vos 40 ans l’an dernier, pas de crise de la quarantaine ?

Seth Gueko : On a peur de perdre ce qu’on a aujourd’hui. Mais j’ai tout eu, je me rapproche de mes enfants, je vois plus l’importance des liens familiaux aujourd’hui. Mon fils peut peut-être se dire qu’il ne m’a jamais senti aussi serein. Et lui je vois qu’il devient un homme, il a envie de s’imposer, de prendre ses propres décisions. Moi j’ai plus de maturité, je suis plus ouvert d’esprit.

La paternité a-t-elle changé votre manière d’appréhender la vie ?

Seth Gueko : Ça a été dur d’avoir un enfant très jeune. J’ai eu très vite un appartement, j’ai dû travailler mais je me suis reposé sur le fait que ma mère s’en occupait beaucoup. Quand j’ai eu d’autres enfants à partir de 33 ans, là j’ai compris le sens de la paternité, que c’était très important de bien s’occuper de son enfant. Après, des enfants de divorcés peuvent devenir de belles personnes et très équilibrées quand ils ont l’amour des deux parents. Mais ce n’est pas un jeu, c’est une vie qu’on a entre les mains, c’est de la responsabilité. ​