Coronavirus : C’est « un non-sens absolu » d’être tous assis cet été dans les festivals électro

EPIDEMIE La configuration assise prônée par Roselyne Bachelot met les festivals de musique électronique dans l’embarras

Nicolas Bonzom

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Le Worldwide Festival, à Sète, en 2015 (Archives)
Le Worldwide Festival, à Sète, en 2015 (Archives) — VINCENT DAMOURETTE/SIPA
  • Le 18 février, Roselyne Bachelot, la ministre de la Culture a annoncé que les festivals de l’été devraient respecter une jauge de 5.000 personnes maximum, avec une configuration assise. Des modalités qui pourront évoluer, selon la situation sanitaire.
  • Pour les festivals électro, la configuration est loin d’être idéale : « C’est une insulte à l’artiste, aux festivaliers, et à ce que l’on met en avant depuis des années, la liberté, la danse, la convivialité », déplore Ludovic Rambaud, programmateur de Family Piknik.
  • De son côté, Jean-Pierre Rousseau, directeur du festival Radio France et de Tohu Bohu, espère pouvoir organiser « une soirée, voire deux » en configuration debout.

Moins de 5.000 personnes, assises, en respectant la distanciation. Si les mesures pour sauver les festivals cet été, annoncées par  Roselyne Bachelot, ont permis à quelques-uns d’œuvrer à une nouvelle configuration, d’autres travaillent encore dans le flou le plus total. Parmi eux, les festivals électro. Pour ces événements, nombreux en Occitanie, où la bamboche est reine, il est difficile d’imaginer, devant les platines, d’installer des strapontins pour que les festivaliers s’assoient. « Ça va être sympa les festivals électro sur une chaise », s’étonne un internaute, sur Twitter.

Ludovic Rambaud, programmateur, avec Tom Pooks, du Family Piknik, un festival techno très prisé chaque été à Montpellier (Hérault), se dit « très déçu » des premières mesures annoncées par la ministre de la Culture. « Nous regrettons qu’elle n’ait pas mieux compris l’enjeu pour les festivals de musiques actuelles, confie-t-il. Le fait qu’elle ait axé sur l’assis, pour nous, c’est du mépris. » Et ce, note-t-il, alors que les événements électro ont milité, depuis des semaines, pour que les fêtards puissent se tenir debout, l’été prochain, en proposant de conditionner par exemple les entrées à un test négatif.

« Cette célébration-là, tu ne peux pas l’avoir sur une chaise »

« Si un festival se déroule dans des arènes, avec des gradins, tu as de la chance, tu as un plan B, poursuit-il. Mais pour nous, sous les arbres, en plein air, cela nous paraît être un non-sens absolu d’envisager d’asseoir des gens, devant une scène, avec un DJ qui va jouer de la techno pendant des heures. C’est une insulte à l’artiste, aux festivaliers, et à ce que l’on met en avant depuis des années : la liberté, la danse, la convivialité. » Pour Ludovic Rambaud, ceux qui produisent des musiques électroniques, « n’ont qu’un seul objectif, faire danser les gens, transmettre des émotions, transgresser le dancefloor. Cette célébration-là, tu ne peux pas l’avoir sur une chaise. Assis, on ne le fera pas. »

Le festival, qui se déroule chaque été depuis 10 ans à Montpellier, a d’ailleurs sondé sa communauté, ces derniers jours : sur les quelque 2.000 personnes qui ont répondu, 80 % ont déclaré qu’elles n’envisageaient en aucun cas de participer à un tel festival assis. Alors pour l’instant, Ludovic Rambaud et Tom Pooks sont contraints d’attendre, « alors que l’on a cruellement besoin d’avancer sur la programmation ». Espérant que les ajustements, promis par Roselyne Bachelot en fonction de l’évolution sanitaire, offrent aux festivals de musiques actuelles une chance d’avoir lieu cet été.

Du côté des Electros d’Uzès (Gard), dont la prochaine édition est prévue les 6 et 7 août prochains, on pense déjà à des solutions alternatives pour cet été. « Pour le rap, les musiques électroniques ou le metal, cela n’est pas vraiment concevable d’organiser tout un festival assis, ce sont des événements qui sont vraiment liés au dancefloor, confirme Pascal Maurin, le programmateur du festival gardois. Mais on se rend compte que cela risque d’être encore un peu compliqué cette année. Je ne vois pas trop l’horizon se dégager. Mais on n’a pas envie d’attendre, comme l’année dernière. Alors on essaie d’imaginer des formes un peu différentes, comme du streaming, des jauges très, très réduites, des master class, des rencontres, des opérations pour les enfants, etc. »

Une limite à l’entrée ou des réservations, à Tohu Bohu ?

Jean-Pierre Rousseau, le directeur du festival Radio France, est, lui, plutôt optimiste. Chaque année, il réunit au mois de juillet, plusieurs jours, des milliers de personnes, pour Tohu Bohu, en plein air, sur le parvis de l’hôtel de ville, à Montpellier.

« Nous ferons Tohu Bohu, confie Jean-Pierre Rousseau. Mais nous le ferons, sans doute, en partie, avec des dispositifs assis. Nous avions déjà fait ça en 2019, et ça avait très bien marché. Mais je vais tout de même militer pour que l’on puisse faire au moins une soirée, sinon deux, avec une configuration debout. Cela dépendra des autorisations que nous aurons, de l’Etat, et du maire de Montpellier. Nous pouvons très bien limiter le nombre de personnes à l’entrée, par exemple. Ou mettre en place des réservations. »

Le directeur du festival Radio France pense toutefois qu’il faut prendre en compte que « la situation sanitaire va évoluer », dans les prochains mois. « Prendre la décision, aujourd’hui, de ne pas faire Tohu Bohu debout, c’est à peu près aussi ridicule que de dire que la Terre est plate, sourit le programmateur. Il faut attendre un peu, voir comment les choses évoluent. Si on peut, on se donnera les moyens de le faire. Tohu Bohu, c’est évidemment la fête, debout. On peut espérer que l’été sera le retour à la fête. »