Barack Obama et Bruce Springsteen discutent de l’Amérique et des injustices raciales dans un podcast

AUDIO Spotify, qui met le parquet sur les podcasts, a mis en ligne les deux premiers épisodes de «Renegades: Born in the USA»

P.B. avec AFP

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Bruce Springsteen et Barack Obama sont les nouvelles stars d'un podcast sur Spotify (capture vidéo).
Bruce Springsteen et Barack Obama sont les nouvelles stars d'un podcast sur Spotify (capture vidéo). — SPOTIFY

L’un est surnommé « le boss », l’autre a été l’homme le plus puissant du monde. Spotify a mis en ligne lundi un nouveau podcast animé par le chanteur Bruce Springsteen et l’ancien président américain Barack Obama. Dans les deux premiers épisodes, les deux hommes parlent de leur improbable amitié et des injustices raciales qui déchirent l’Amérique.

Renegades : Born in the USA, dont deux des huit épisodes ont été mis en ligne, marque l’entrée des deux personnalités dans le monde du podcast, où elles n’avaient jusqu’ici fait que quelques rares apparitions, en tant qu’invitées uniquement. C’est un coup marketing pour Spotify, qui a fait des podcasts un vecteur de croissance depuis 2019 et dépensé des centaines de millions de dollars en acquisitions dans tous les domaines de l’écosystème, du contenu au marketing en passant par les outils techniques de création.

Une amitié née en 2008

« En apparence, Bruce et moi n’avons pas grand-chose en commun », explique Barack Obama. « C’est un Blanc d’une petite ville du New Jersey. Je suis noir, métisse, né à Hawaï. C’est une icône du rock. Je ne suis… pas aussi cool. »

Les deux hommes se sont rencontrés pour la première fois lors de la campagne présidentielle de 2008 et sont devenus amis par la suite. Ils se sont retrouvés récemment quelques jours dans le New Jersey pour enregistrer l’émission, qui se veut une réflexion sur l’Etat de l’Amérique et sur les voies possibles de réunification du pays.

« Durant ces conversations, nous avons découvert que nous partagions toujours une foi en l’idéal américain », raconte l’ancien chef de l’Etat, aujourd’hui âgé de 59 ans. « Pas en tant qu’accès de nostalgie, mais comme boussole pour le dur labeur qui nous attend. » A la faveur de dialogue, dont une partie a été filmée, « nous avons trouvé quelques réponses, appris des choses, ri, et bu quelques verres », résume Barack Obama.

Injustices raciales

On aurait pu craindre une conversation superficielle entre deux VIP. Mais dans le second épisode American Skin : Race in the United States, les deux hommes abordent la question des inégalités raciales qui déchirent une Amérique qui semble à un moment charnière depuis la mort de George Floyd.

Barack Obama revient notamment sur un des dilemmes de sa présidence sur la question d’une éventuelle réparation de l’esclavage. « Si tu me demandes en théorie, si c’est justifié ? La réponse est oui, cela ne fait aucun doute. Les richesses et le pouvoir de ce pays ont été construits, en grande partie, sur le dos des esclaves, la Maison Blanche aussi. Et même après la fin formelle de l’esclavage, l’oppression et la discrimination systémique des Noirs-Américains à (l’époque) Jim Crow a empêché les familles noires de construire de la richesse. Cela a eu un impact générationnel, et les descendants de ceux qui ont subi ces injustices ont le droit à une compensation », estime Obama.

Mais « en pratique, mon jugement [quand j’étais président] est que c’était inatteignable. En voyant la résistance politique des blancs contre l’aide aux plus pauvres qui ''ne le méritent pas'', contre la discrimination positive, proposer un programme de réparation cohérent m’est apparu, politiquement, pas juste impossible mais contre-productif », explique l’ancien président, inquiet d’une possible « rancœur » des classes populaires blanches qui ont déjà le sentiment d’avoir été oubliées par le gouvernement.

L’ancien président prend ici la suite de sa femme Michelle, dont le podcast a été l’un des grands succès de l’an dernier, notamment avec un épisode réunissant les deux époux.