« Je n’ai plus besoin de prouver quelque chose, je sais que j’ai ma place », confie Jérémy Frerot qui sort « Meilleure vie »

INTERVIEW « 20 Minutes » a rencontré Jérémy Frerot qui sort ce vendredi « Meilleure vie », un deuxième album solo pour lequel l’artiste a cherché davantage de chaleur et de simplicité que le précédent

Propos recueillis par Fabien Randanne
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Le chanteur Jérémy Frerot.
Le chanteur Jérémy Frerot. — BOBY
  • Meilleure vie, le deuxième album solo de Jérémy Frerot, sort vendredi.
  • « Les sujets des chansons ont été inspirés par ce qu’il s’est passé en 2020. Je suis une grosse éponge. A chaque fois que je vois ou ressens quelque chose, je le transmets en musique », explique l’artiste à 20 Minutes.
  • Ce nouvel opus est bien différent de son précédent, Matriochka, sorti en 2018. « Avec Matriochka, je n’avais pas réussi à montrer qui j’étais vraiment. La musique était froide et mélancolique. Dans la vie, on m’aurait rencontré, on n’aurait jamais pensé que je pouvais être solaire et chaleureux. Je me suis rapproché de ma personnalité. »

La première question manquait d’originalité. Ou de tact. « J’adore, ça commence tout le temps pareil », a glissé dans un sourire mêlé d’agacement Jérémy Frerot après qu’on lui a demandé si son deuxième album, Meilleure vie, qui sort venredi, était celui du « lâcher prise ». Pour notre défense, l’expression a été piochée dans l’argumentaire envoyé à la presse et elle n’est pas forcément à côté de la plaque. L’artiste, qui vient de fêter ses 31 ans, préfère cependant le terme d’« épanouissement ». Dans les deux cas, il y a cette idée de rompre avec une partie du passé, de gagner en sérénité. Jérémy Frerot, lui, a tourné la page du duo Fréro Delavega, qui s'est séparé en 2017. Il a aussi pris ses distances avec Matriochka, le premier album solo qu’il avait sorti dans la foulée. Le titre de son nouvel opus annonce la couleur : le chanteur vit sa « meilleure vie » et il l’assume sans fausse modestie.

Vous avez conçu cet album pendant le premier confinement. Cela a eu une influence sur le processus de création ?

J’ai fait une force de tout ce qui s’est passé cette année 2020. Le moment du premier confinement était déjà prévu pour être un temps de création. Se retrouver chez soi, enfermé, c’était pas mal pour écrire, être inspiré. J’étais près de ma famille, tout le temps, ce que je n’aurais jamais pu faire en temps normal où j’aurais dû aller voir les gens pour travailler. Là, on a tout fait en Skype, en Zoom, c’était bizarre mais efficace.

« Meilleure vie » est très différent de « Matriochka », il est plus dansant, plus ensoleillé… C’est une réaction à cette année de crise sanitaire ?

Non, je pense que c’était ce que j’était déjà destiné à faire. C’est plus le fait de trainer davantage avec des gens comme Julien Grenier ou Romain Joutard, les deux réalisateurs de l’album, qui m’ont donné l’envie de faire cette musique-là. J’aime Jacob Collier, Mac Miller, Jamiroquai… Je me suis dit « pourquoi ne pas faire de la musique qui me plait », dans le sens « la musique que j’écoute ». Mon premier album ne correspondait pas vraiment au style que j’écoutais. Les sujets, en revanche ont été dirigés par ce qu’il s’est passé en 2020. Je suis une grosse éponge. A chaque fois que je vois ou ressens quelque chose, je le transmets en musique. Je n’ai jamais eu autant le besoin de voir des gens qu’enfermé chez moi. Je parle de ça, des amis, de ma famille, de l’amour, de mon refuge à moi…

Au long de l’album, il y a une sorte de fil rouge sur le fait d’apprécier les choses simples du quotidien. Vous vouliez partager cette sagesse ?

J’avais envie de montrer que je me sens beaucoup mieux, plus concerné, davantage en phase avec ce que je fais. Le premier album a été un moment difficile. C’était après la séparation des Fréro Delavega. C’était une grosse plaie. J’étais triste, mélancolique. Je buvais comme un trou. Mais il fallait passer par ce moment et cet album-là pour que je me trouve. Le fait d’être papa, deux fois, me relaxe et me permet de mettre des mots sur des sentiments et des envies d’être. Je suis davantage en accord avec moi-même. Je suis revenu habiter chez moi, sur le bassin d’ Arcachon (Gironde). Tout ça fait que je me pose, que j’ai envie d’être beaucoup plus solaire, serein et de le faire partager.

Quelle perception avez-vous de « Matriochka ». C’est un disque que vous aimez ?

Quand je suis sorti de Fréro Delavega, je me disais qu’il fallait que je devienne quelqu’un, un artiste à part entière, que je me fasse respecter tout seul, que je dise aux gens que je n’avais pas besoin d’être en groupe. Il me fallait une sorte de validation. C’est pour ça que je suis parti à fond dans quelque chose de poétique en me cassant la tête à écrire des chansons avec un dictionnaire, pour trouver la meilleure tournure de phrase. Du coup, j’oubliais clairement ce que je ressentais moi. La musique allait avec ce style de prise de parole, la poésie va avec de la musique assez froide et théâtrale. Aujourd’hui, vu que je suis plus posé, que je me sens beaucoup plus artiste et que je n’ai plus besoin d’essayer de prouver quelque chose, je sais que j’ai ma place. Je me concentre beaucoup plus sur ce que je ressens et j’exprime mes sentiments avec des mots simples, ce qui me permet d’aller plus loin dans la description de ce que je ressens et de toucher plus facilement les gens.

Vous avez souffert du syndrome de l’imposteur ?

Oui, il y a eu ce syndrome d’imposture car Flo Delavega était quelque part le leader du groupe. Quand je me suis retrouvé tout seul, je me suis rendu compte du travail qu’il restait à accomplir pour que je sois reconnu. Matriochka expliquait ça, que j’étais en train de dériver, de comprendre ce qu’il se passait.

Quand on lit vos interviews passées, il y a quelque chose qui revient souvent : le fait de trouver votre place, de vous sentir à votre place…

J’ai complètement trouvé ma place. Je suis un chanteur et j’ai une voix particulière qui doit être présente dans la variété française. Je sens que j’ai quelque chose et je suis fier de le dire alors qu’avant c’était impossible pour moi de m’exprimer comme ça. Aujourd’hui j’ai un peu cette arrogance-là. Mon entourage m’aide à être comme ça. Je me sens bien avec eux. Ils me font confiance depuis le début, ça me dit qu’ils voient que j’ai quelque chose et qu’ensemble on fait de la bonne musique.

Votre album a été en tête des précommandes sur iTune ? Cela vous rassure ou vous redoutez qu’il ne réponde pas aux attentes du public ?

J’ai hâte qu’il sorte. Je sais que ça va bien se passer, qu’il va toucher des gens, qu’il va plaire. On commence à le voire avec Un homme [le premier extrait]. Il va faire réagir, parce que je suis sincère et en accord avec ce que je suis. Avec Matriochka, je n’avais pas réussi à montrer qui j’étais vraiment. La musique était froide et mélancolique. Dans la vie, on m’aurait rencontré, on n’aurait jamais pensé que je pouvais être solaire et chaleureux. Je me suis rapproché de ma personnalité.



La pochette de « Matriochka » était froide, un peu graphique. Celle de « Meilleure vie » est beaucoup plus simple. On dirait un instantané, vous êtes dans un hangar à bateaux, vous ne prenez pas vraiment la pose…

Cette photo n’était pas prévue pour la pochette de Meilleure vie. J’avais préparé une mise en scène censée refléter l’album. Elle impliquait beaucoup de gens. Je voulais qu’il y ait du monde autour de moi pour représenter ce que j’étais et, en fait, cela ne servait à rien. J’avais besoin de quelque chose de plus simple. Je me suis rendu compte que celle-là était beaucoup plus représentative, j’avais une posture, un cadre qui allait hyper bien. C’est presque une photo volée. J’étais tellement fier de la musique, je n’ai jamais fait un album aussi abouti que celui-là, et je ne voulais pas me tromper sur la pochette et gâcher.

Que Le Pestacle recommence

Une des nouvelles chansons de Jérémy Frerot s’intitule Le Pestacle. C’est le nom du bar à vin que l’artiste a ouvert à Arcachon, avant le premier confinement, et qui subit les conséquences de la crise sanitaire. « Je ne suis pas tellement optimiste, même si j’essaye. C’est compliqué de ne pas savoir ce qu’il va se passer. Il y a beaucoup d’incompréhension. Se retrouver dans un train bondé avec des gens debout parce qu’il n’y a pas assez de place n’est pas plus dangereux que de rester assis à une table dans un restaurant », avance le chanteur. Et d’ajouter : « On se rend compte à quel point si nos restaurateurs ne sont plus là, on déprime total. Cette gastronomie, c’est le fer de lance de la France. »