Victoires de la musique 2021: « Je représente ma mère, mon banquier, mais pas le rap », répond Hatik

« 20 MINUTES » AVEC Hatik, nommé dans la catégorie « Révélation masculine » de l’année, aux côtés d’Hervé et de Noé Preszow

Propos recueillis par Clio Weickert
— 
Hatik est nommé dans la catégorie
Hatik est nommé dans la catégorie — Charlotte Steppé
  • Chaque semaine, 20 Minutes propose à une personnalité de commenter un phénomène de société dans son rendez-vous « 20 Minutes avec… ».
  • Ce vendredi, Hatik, nommé dans la catégorie « Révélation masculine » de l’année, revient sur cette année blanche dans le monde du spectacle, privé de concerts.
  • « C’était beaucoup plus dur à vivre pour les régisseurs, les techniciens, les employés de salles de spectacle. Moi j’ai fait de la musique, j’ai vendu des disques… Je ne suis pas en position de pouvoir me plaindre de quoique ce soit », estime l’artiste.

Il y a quasiment un an, Hatik crevait l’écran dans la série Validé sur Canal+. Des millions de spectateurs le découvraient sous les traits du jeune rappeur Apash, bourré de talent et prêt à en découdre dans le « rapgame ». Encore peu connu, Hatik était pourtant déjà bien identifié par les auditeurs de rap, notamment grâce à sa série de mixapes Chaises pliantes sorties entre 2019 et 2020. Mais il lui aura fallu attendre l’année du Covid-19 pour percer auprès du grand public.

A défaut d’enflammer les festivals, son gros carton Angela – hommage au titre éponyme du Saïan Supa Crew-, a résonné dans toutes les oreilles l’été dernier. Seul ou en feat (avec Jok’air, Médine ou Amel Bent), ses clips ont cumulé des millions de vues sur YouTube, et les compteurs de ses réseaux sociaux ont explosé en nombre d'abonnés.

Et l’aventure est loin d’être terminée pour l’artiste. Son prochain album Vague à l’âme devrait sortir début mars, et ce vendredi il prétendra au titre de « Révélation masculine » de l’année aux Victoires de la musique.

Cette année a été incroyable pour vous, comment la résumeriez-vous : une année de révélation ? Ou de confirmation ?

C’est une révélation car je pense que le grand public m’a vraiment connu en 2020. Si la vie me le permet, la confirmation ce sera en 2021. On ne sait jamais à quel point ça va être prenant et important avant que ça nous tombe dessus. Je ne déroge pas à la règle, je pensais que ça allait être cool mais pas à ce point. Là c’est vraiment incroyable.

C’était une année très particulière pour le monde de la musique, sans concert et très peu de perspective sur le retour du live… Une période particulièrement difficile à vivre pour un artiste ?

Je pense que c’est beaucoup plus dur à vivre pour les régisseurs, les techniciens, les employés de salles de spectacle. Moi j’ai fait de la musique, j’ai sorti des albums, j’ai vendu des disques… Je ne suis pas en position de pouvoir me plaindre de quoique ce soit. Evidemment j’aurais aimé rencontrer mon public sur scène, surtout vu les morceaux que j’avais et l’engouement qu’il y avait autour de ma musique, mais ce n’est que partie remise. Quand les conditions sanitaires nous permettront de le faire de manière sécurisée, on se fera tous un plaisir de prendre notre petit tour bus pour aller rencontrer les gens et faire de belles heures de concerts bien remplies, bien sportives ! Mais en attendant je pense surtout aux techniciens qui sont un peu plus dans la galère que moi.

Vous le prenez donc avec philosophie ?

Si la vie nous a appris une chose, c’est qu’il vaut mieux l’être. Quand on te dit que tu vas repartir en septembre et qu’en septembre tu annules encore ta tournée parce que tu ne peux pas repartir, alors que tu avais déjà annulé en mars, tu apprends à être philosophe sinon tu passes ton temps à pleurer.

Une certaine grogne commence à monter dans le monde de la culture, certains s’interrogent sur la fermeture des salles de spectacles…

Je ne me ferais pas le porte-parole de quoique ce soit, chacun est libre de penser ce qu’il veut, personnellement je suis ce qu’on me dit en termes de législation. Si on me dit de ne pas faire de concert, je n’en fais pas. Après si tu me demandes si c’est totalement logique pour moi que je puisse aller faire mon shopping au Printemps et qu’en même temps les salles de concert soient fermées pour 300 mecs qui veulent regarder leur artiste préféré, c’est un peu bizarre. Mais ce n’est pas moi qui fais les lois et je n’ai pas envie de les faire. Je vais juste me contenter de fermer ma bouche et attendre. Je vais laisser parler les gens compétents, ce sera beaucoup plus intéressant.

Il y a quand même eu de bonnes nouvelles, avec des nominations aux NRJ Music Awards, puis aux Victoires. Comment avez-vous réagi quand vous avez appris votre nomination ?

C’est incroyable ! Les Victoires c’est le Saint-Graal ! Pour un artiste, tu sais que quand tu fais les Victoires, c’est que tu es reconnu nationalement. Après il y a eu quelques petites coquilles dans les Victoires, on ne va pas se mentir. Je pense que Fatal Bazooka ce n’était pas le meilleur rappeur de son époque, mais bon. Dans les faits ça reste quand même cool et je suis au milieu d’artistes hyper talentueux donc si je gagne ça voudra dire quelque chose. En plus c’est Jean-Louis Aubert en ouverture, je vais me retrouver sur scène avec lui, c’est déjà gagné ! Ce sera déjà un super moment.

Et êtes-vous particulièrement fier de représenter le rap aux Victoires ?

Je ne représente pas le rap hein. Je représente ma mère, mon banquier, qui tu veux mais pas le rap ! (rires) Je pense que le rap n’a pas besoin d’un représentant attitré pour être fort et être présent dans une cérémonie des Victoires de la musique. Il y a tout type de rap, que ce soit moi, ou 47 Ter, Nekfeu, Orelsan, Damso, Booba, Sefyu, Diam’s… Il y a toujours eu des représentants pour le rap, mais ce sont juste des artistes en fait. Je ne pense pas qu’on demande à Lous and the Yakuza si elle est représentante de quoique ce soit. Je suis juste un artiste, qui fait du rap, qui fait de la pop urbaine si on veut « cocher des cases », parce qu’en vrai je considère juste être un artiste qui fait plein de musiques différentes. Si demain je veux faire de la bossa-nova, ça ne fera pas moins de moi un rappeur, j’aurais juste pris une direction sur un morceau qui sera un peu différente. Ma base reste le rap mais je n’en suis pas le porte-parole. J’ai déjà assez de choses à porter sur mes épaules, j’ai une famille, des petits frères à faire travailler, des amis et des parents à couvrir de cadeaux… Etre le représentant du rap n’est pas ma priorité pour l’instant.

Depuis plusieurs années il n’y a plus de catégorie rap à part entière aux Victoires.

Le fait qu’il n’y ait plus de catégories « musiques urbaines », je ne vais pas te mentir je trouve ça super. C’est un clivage qui n’était pas forcément justifié. C’est de la musique quoi ! Je m’en fous moi, je veux être à côté d’un chanteur de death metal et d’une chanteuse de variét, c’est super ! Je n’ai pas besoin d’être avec les miens, si on peut parler des miens car même au sein du rap il y a tellement de clans et de types de rap. Je suis anti codes, barrières… Même de manière générale dans la société. Là on parle de barrières entre types de musique, mais parfois il y en a entre religions, ethnies, orientations sexuelles… Tout ça ne m’intéresse pas, je m’en fous, ce n’est pas ça qui te définit. Je peux autant parler avec un artiste comme Vianney que Wejdene, Soprano…

Le rap ne mériterait-il pas une cérémonie à lui seul finalement, tant il couvre des styles et des artistes si différents ?

Si tu veux mon avis, s’il doit y avoir une cérémonie de la musique urbaine, ce n’est pas aux Victoires de la musique de le faire mais aux gens de la musique urbaine. Pour moi il n’y a rien de plus légitime qu’un média urbain pour faire une telle cérémonie. Après j’ai l’impression qu’il y a déjà eu des essais, Trace TV avait essayé il y a quelques années, j’y étais allé, apparemment ça n’a pas été concluant parce qu’ils n’ont pas reproduit le truc. Mais tout ce qui est récompenses etc. si ça valide un statut, un soutien du public, un soutien des professionnels, les deux, c’est très bien. Mais après ce qui compte c’est ce que tu vas raconter dans ta musique, comment les gens vont te sourire dans la rue. Moi c’est ça ma récompense tous les jours.

Avez-vous l’impression que le rap souffre moins d’une mauvaise image qu’avant, en particulier dans les médias grand public ?

J’ai l’impression que le rap est très mainstream aujourd’hui. Le seul truc que je peux dire c’est que le rap est plus dansant, c’est indéniable, et ça peut lui donner un côté un peu plus gentil. Et le rap parle plus d’amour qu’avant, ça c’est cool. On ne peut pas nier le fait que certains artistes ont participé à populariser ça, un des morceaux pionniers c’est Validé de Booba. Et puis il y a eu toute une vague « zumba » comme on l’appelle dans le milieu du rap. Je trouve ça super, il n’y a plus de codes. Je suis de la génération qui a grandi avec le Saïan Supa Crew, que quelqu’un vienne me dire que ce n’était pas des rappeurs ! Et pourtant ils ont fait Angela.

La série « Validé » a rencontré un énorme succès, vous attendiez-vous à un tel engouement ?

Je pense que personne ne pouvait le prédire, après on savait qu’on tenait quelque chose de solide. Je ne fais pas quelque chose si je n’y crois pas. C’est cool de se dire que la série a autant pété, je trouve ça super ! On n’avait pas prédit que ce serait autant, mais tout ce qu’on a pris ce n’est que du bonus.

D’ailleurs, que pouvez-vous nous dire sur la saison 2 ? Vous n’y serez donc vraiment pas ?

A partir du moment où le principal concerné dit qu’il n’y sera pas, le flou s’efface immédiatement ! Je suis juste passé rendre visite à des copains sur un plateau de tournage, rien de plus.

Vous ne ferez pas d’apparitions ?

A moins que tu n’arrives à me faire vivre avec quelques balles dans la tête, mais ça va être compliqué… L’aventure est terminée, la page est tournée. Le vent va être très favorable pour eux en saison 2 avec des performances que j’ai pu apercevoir et qui sont assez bluffantes. C’est intéressant de le voir en tant que spectateur et non en tant que comédien. Je ne suis au courant de rien et c’est super.