Pandémies : Va-t-on passer les vingt prochaines années de notre vie confinés ?

CRISE Le rapport Vigie 2020 de Futuribles explore les ruptures menaçantes pour essayer de s’y préparer

Laure Beaudonnet

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Une Française confinée dans son appartement en avril 2020.
Une Française confinée dans son appartement en avril 2020. — Sebastien SALOM-GOMIS/SIPA
  • Le centre de réflexion prospective Futuribles International explore, dans le Rapport Vigie 2020, 16 scénarios qui décrivent un paysage international, dans les 30 années à venir, transformé par des ruptures profondes.
  • Parmi ces scénarios, la multiplication des crises pandémiques est envisagée.
  • Va-t-on rester confinés pour le reste de nos vies ?

Et si le « stop-and-go » devenait notre quotidien d’ici 2040 ? Depuis le début de la crise sanitaire, qui a plongé l’ensemble des pays du monde dans une crise sociale sans précédent, la société alterne entre périodes de confinement, de déconfinement, de couvre-feu, grignotant de mois en mois le moral des populations (et surtout des jeunes). La société désespère de retrouver le quotidien du monde d’avant Covid-19, fait d’embrassades intergénérationnelles, de discussions postillonnantes, de bars bondés, de pogos dans la fosse des salles de concert. Une vie d’insouciance en somme.

En épluchant le Rapport Vigie 2020 de Futuribles*, qui explore 16 scénarios de rupture à l’horizon 2040-2050, une question se pose : peut-on envisager un retour au monde d’avant ? Non seulement, la crise du coronavirus semble s’installer dans le temps, mais on a toutes les chances de vivre d’autres (nombreuses) pandémies dans les vingt prochaines années. La plupart des études de prospectives évoquent le risque pandémique, c’est même la tarte à la crème de nombreuses œuvres de science-fiction. Et le rapport Vigie 2020, qui a commencé son étude avant l’arrivée du coronavirus, ne fait pas exception.

Des nouvelles maladies

Dans les prochaines années, de nouvelles pandémies nous menacent. Plusieurs tendances permettent d’envisager une multiplication du risque pandémique d’ici 2040. Comme on l’a vu en décembre dernier, « l’augmentation de la circulation et des contacts entre humains à l’échelle mondiale favorisent la multiplication et la circulation des virus », souligne Marie Ségur, chargée d’études à Futuribles. Le réchauffement climatique est une autre tendance lourde. Selon plusieurs études, une augmentation de la température moyenne, même minimale, favoriserait l’arrivée de nouvelles maladies.

« A chaque degré supplémentaire, il y a un risque de prolifération d’espèces exogènes dans de nouveaux milieux, poursuit l’autrice du scénario pandémique. Elles vont être porteuses de maladies transmissibles à l’humain ». Et, vu que ces espèces sont nouvelles dans ces milieux, les systèmes immunitaires ne seront pas adaptés. Sans même mentionner le problème du vieillissement de la population, en partie immunodéprimée et fragile. Le combo parfait pour voir émerger de nouvelles pandémies et tout ce qui va avec.

« Le monde connaîtra d’autres virus, de nature différente, plus contagieux, plus mortels, prévoit Cécile Desaunay, directrice d’études à Futuribles. Le Covid-19 touche surtout des personnes fragilisées, ce qui n’était pas le cas de la grippe espagnole, par exemple, qui touchait aussi des publics jeunes ». Pire encore, on pourrait en affronter plusieurs en même temps. Pendant la crise du coronavirus, d’autres maladies ont émergé (ou réémergé). Au mois de juillet 2020, des chercheurs chinois ont identifié une nouvelle transmission de virus entre l’animal et l’homme dans des abattoirs de porcs du pays. Ce virus grippal, le G4, serait lui aussi à potentiel pandémique. Nous ne sommes pas près de jeter nos stocks de masques… et de sortir de chez nous ?

Une normalisation des systèmes de contrôle

« Dans un contexte de crises sanitaires répétées, il est possible de voir s’instituer durablement les mesures sanitaires mises en œuvre par les gouvernements au premier semestre 2020 », peut-on lire dans le rapport. Va-t-on passer les vingt prochaines années (et plus) coincés entre quatre murs, confinés et en télétravail ? « Je ne suis pas sûre que le confinement puisse s’instituer de manière aussi régulière parce qu’il peut y avoir une saturation trop importante, analyse Marie Ségur. On n’est pas fait pour vivre dans cette situation ».

On le sait, la crise sanitaire pèse sur la santé mentale, notamment celle des jeunes. Une enquête réalisée par l’institut Ipsos pour la Fondation Fondamental, réseau de chercheurs sur les maladies psychiatriques, publiée fin janvier, montre des niveaux « alarmants » de troubles anxieux et dépressifs chez les 18-25 ans. « Ce sont les conséquences sociales et humaines qu’on va traîner le plus longtemps, anticipe Cécile Désaunay. Bien plus longtemps que la crise sanitaire en tant que telle ». Et dans l’hypothèse de pandémies futures, les gouvernements devront être particulièrement vigilants sur ce point.

Il est plus probable de voir la maladie se banaliser plutôt que le confinement. « Il y a encore des parties du monde où le fait de pouvoir succomber à un virus pour lequel il n’existe pas de traitement fait partie de la vie courante », rappelle Marie Ségur. Le monde occidental a oublié ce que c’était. Ce qui pourrait arriver, c’est une normalisation des systèmes de contrôle, comme le passeport d’immunité, qui fait déjà couler beaucoup d’encre. Il est censé assurer que son porteur est protégé contre la maladie car il en a déjà été atteint et guéri.

Si le dispositif existe déjà pour voyager dans certains pays (le vaccin contre la fièvre jaune), il pourrait s’étendre à tous les échelons de la vie sociale : pour aller au musée, au cinéma, au restaurant. Une autre définition de la liberté.

*Disponible pour ses membres depuis le mois de décembre, le Rapport Vigie 2020. Scénarios de rupture à l’horizon 2040-2050 sera disponible au public au mois de mars.