« "Fortnite", c’est terrible »... Ce n’est pas exactement ce qu’a dit Brigitte Macron et ce n’est pas exactement vrai

JEU VIDEO En une petite phrase sur « Fortnite », qu’il faut remettre en contexte, Brigitte Macron a relancé le débat sur le prétendu danger des jeux vidéo

V. J.

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Fortnite pourrait bientôt proposer un service d’abonnement
Fortnite pourrait bientôt proposer un service d’abonnement — Geeko
  • En visite mercredi à la Maison des adolescents de Blois, Brigitte Macron a évoqué le jeu vidéo Fortnite disant notamment « c’est terrible… Quand ils sont sur des jeux comme ça, comment faire pour qu’ils arrêtent ? ».
  • Une phrase qui a relancé le débat sur la nocivité des jeux vidéo chez certains. Sauf que dans son contexte, la phrase de la présidente de la Fondation des Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France ne portait pas sur le sujet.

«Fortnite c’est terrible… Quand ils sont sur des jeux comme ça, comment faire pour qu’ils arrêtent ? » Une phrase ou une allumette. En effet, il n’a pas fallu longtemps pour que cette déclaration de Brigitte Macron lors de sa visite mercredi à la Maison des adolescents de Blois mette le feu aux réseaux sociaux. Le jeu vidéo, encore et toujours bouc émissaire ? Pour certains médias comme Télé 7 Jours, avec cette sortie, la Première dame « s’engage contre les effets nocifs des jeux vidéo ». Sauf qu’une fois le contexte posé, son « Fortnite c’est terrible » ne sonne pas exactement pareil.

Une phrase prononcée dans un contexte précis

Comme le raconte La Nouvelle République, présente sur place, Brigitte Macron était à la Maison des adolescents pour mettre un coup de projecteur sur les missions de la Fondation des Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France dont elle est la présidente, surtout celles en faveur des jeunes. « L’adolescence est déjà un âge qui n’est pas simple… Avec cette crise, c’est encore plus compliqué. » Elle a ainsi assisté à une démonstration de théâtre-forum sur le thème de l’addiction des jeunes aux jeux vidéo. C’est alors qu’elle a réagi avec sa petite phrase, avant d’ajouter et de saluer l’initiative : « Ça fonctionne très bien ce que vous faites là, c’est très interactif. »

Pourquoi « Fortnite » et pas un autre jeu ?

Des propos alarmants et diabolisants ? C’est moins flagrant, mais la pièce était déjà dans la machine et le débat relancé. Pourquoi citer par exemple spécifiquement Fortnite ? Peut-être était-ce le jeu pris en exemple par les jeunes, l’article ne le précise pas. Ce ne serait pas non plus étonnant, Fortnite est joué par 350 millions de joueurs dans le monde (en mai 2020) et a dépassé son statut de « phénomène » du free-to-play et du battle royale pour s’installer durablement dans le paysage du jeu vidéo, mais également de l’e-sport, des réseaux sociaux et de la pop culture.

Le jeu vidéo, bon ou pas bon pour la santé mentale ?

De plus, Fortnite est accusé de provoquer l’addiction des joueurs, à l'instar d'une demande d’action collective au Québec arguant que le jeu « utilise les mêmes tactiques que les créateurs de machines à sous, soit des programmes de récompenses variables, pour s’assurer de la dépendance de ses utilisateurs, le cerveau étant manipulé pour toujours désirer davantage ». Le YouTubeur Game Spectrum s’était lui aussi interrogé dans une vidéo titrée « Comment Fortnite a conquis ses joueurs », et sur la scène de VIS ! ONS de 20 Minutes, sur « comment les jeux vidéo copient les mécaniques des réseaux sociaux et comment ils se structurent pour capter l’attention des joueurs ».

« Quand ils sont sur des jeux comme ça, comment faire pour qu’ils arrêtent ? » Il y a donc une réalité derrière la déclaration de Brigitte Macron, mais une réalité à relativiser. Lorsque l’OMS inscrit l’addiction aux jeux vidéo comme une maladie mentale à part entière en 2008, la décision divise la communauté scientifique. Une étude de l’université d’Oxford a même prouvé que le jeu vidéo pouvait être bon pour la santé mentale, surtout en temps ces temps de crise voire de confinement. « Contrairement aux craintes répandues selon lesquelles un excès de temps passé à jouer mène à une addiction et à une santé mentale affectée, nous avons trouvé une petite corrélation entre le jeu et le bien-être, résumaient les auteurs des travaux. Nos résultats confortent l’idée que les jeux en ligne offrent une alternative satisfaisante aux rencontres en face-à-face en cette période exceptionnelle. »

« Animal Crossing » et « Fortnite » à la rescousse du confinement

Toutes proportions gardées, notre appel à témoignages pendant le premier confinement avait également montré que le jeu vidéo, et plus spécifiquement Animal Crossing, avait permis à de nombreuses personnes de supporter la situation, de ne pas s’ennuyer, voire de garder le lien. « J’ai plusieurs amis et collègues qui ont aussi le jeu, racontait Judith. D’une certaine façon, c’était un moyen de continuer à échanger avec les gens qu’on ne voyait plus ! » Il en va de même pour Fortnite sur lequel les adolescents retrouvent leurs copains et copines. D’ailleurs, le plus souvent, ils sont plus là pour échanger que véritablement jouer.

Et Fortnite peut également sauver des vies. L'association L'Enfant bleu a mené une expérience inédite pendant le confinement avec un avatar qui a recueilli la parole de 350 enfants ou adolescents, maltraités ou en souffrance. Le jeu vidéo a confirmé être une « piste encourageante », selon Laura Morin, la directrice de l’association, pour aider les enfants en détresse. Fortnite, c’est donc pas si terrible.