« Le chemin vers l'Eurovision 2021 commence plutôt très bien », estime Alexandra Redde, cheffe de la délégation française

INTERVIEW Quelques jours après la victoire de Barbara Pravi à la sélection française pour l'Eurovision, Alexandra Redde-Amiel, directrice des divertissements de France Télévisions, évoque pour « 20 Minutes » ses perspectives pour le concours

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Barbara Pravi, candidate de la France à l'Eurovision 2021 et Alexandra Redde-Amiel, cheffe de délégation française de l'Eurovision.
Barbara Pravi, candidate de la France à l'Eurovision 2021 et Alexandra Redde-Amiel, cheffe de délégation française de l'Eurovision. — Capture d'écran France 2 / GUYON Nathalie
  • Alexandra Redde-Amiel est la directrice des divertissements de France Télés et la cheffe de la délégation française à l’Eurovision.
  • « Barbara Pravi est bouleversante et, je le dis : il y a un talent comme ça tous les dix ans », confie-t-elle, à 20 Minutes, au sujet de l’artiste qui représentera la France au prochain concours.
  • « Ce qui est important, c’est qu’elle est en train de fédérer. Que va-t-il se passer dans les mois à venir ? On ne sait pas », déclare-t-elle.

Elle est à la fois la directrice des divertissements de France Télévisions et la cheffe de la délégation française pour l’Eurovision. Autant dire que pour Alexandra Redde-Amiel le concours de chansons, qui se tiendra en mai à Rotterdam (Pays-Bas), est doublement important. Alors que le public français a élu samedi Barbara Pravi pour défendre les chances françaises avec la chanson Voilà, Alexandra Redde-Amiel livre à 20 Minutes son bilan de la sélection et les perspectives pour le grand rendez-vous musical du printemps.

« Eurovision France, c’est vous qui décidez » a rassemblé sur France 2 samedi 2.37 millions de téléspectateurs, avec un pic à 3 millions lors de l’annonce du résultat. C’est une satisfaction ?

C’est une grande satisfaction. C’est une création. On a mis beaucoup de cœur à la construire. Je suis très fière de ce casting, il y avait de belles propositions. J’ai dit à chacun des talents que nous continuerons à les accompagner. Et puis, voir qu’à minuit 3 millions de téléspectateurs ont suivi le sacre de Barbara Pravi, bien entendu que c’est aussi une grande fierté. On a fait 15 % de part d’audience sur les 15 à 34 ans, ce qui est hyper intéressant pour nous à France Télévisions, cela veut dire que tous les publics étaient au rendez-vous. La marque Eurovision, on la pousse, plus que jamais. On a envie de continuer à mobiliser. C’est un événement, un phénomène et je crois que, en cette période où la crise sanitaire désocialise un peu, c’est quelque chose qui nous unit et nous fait communier autour de la musique.

Il y a eu beaucoup de votes ?

Oui, cette mobilisation est une autre satisfaction. On a reçu entre 50.000 et 60.000 votes en plus que sur les précédentes sélections.

Quelles sont vos premières impressions sur Barbara Pravi ?

Extraordinaire. Magique. Bouleversante. Elle est une artiste unique. C’est une très belle histoire que l’on a commencée il y a maintenant deux ans. On s’est rencontrées avec les candidatures à l’Eurovision Junior de Carla, puis Valentina [Barbara Pravi a coécrit leurs chansons]. Elle est une candidate assumée, une artiste qui a envie de faire l’Eurovision. Elle est bouleversante et, je le dis : il y a un talent comme ça tous les dix ans. Au-delà de cette chanson puissante, Barbara, c’est une artiste habitée, avec une aura : quand je me retrouve en face d’elle, elle est magnétique, elle a ces petits yeux noirs pétillants qui en disent tellement long sur ce qu’elle a envie de montrer au monde. Je la trouve fantastique.

Dans les commentaires sur YouTube et sur les réseaux sociaux, « Voilà » est majoritairement bien accueillie. C’est de bon augure pour le concours ?

C’est plutôt très positif. Là, ça fait trois jours qu’on regarde un peu tous les réactions. Il y a une certaine unanimité, en France ou à l’international. Il y a ceux qui parlent de la chanson, d’autres du personnage de Barbara Pravi, ceux qui évoquent l’univers, la mise en scène… Ce qui est important, c’est qu’elle est en train de fédérer. Que va-t-il se passer dans les mois à venir ? On ne sait pas. Mais je pense que le chemin vers l’Eurovision commence plutôt très bien.

Que répondez-vous à ceux qui pensent que sa chanson, « Voilà », est trop franco-française pour l’Eurovision ?

Je leur dis qu’au contraire, on a besoin de magie. Je crois qu’on a besoin d’une incarnation et d’une chanson. Ce qui est important à l’Eurovision, c’est ce qu’il se passe quelque chose et, quand on regarde Barbara, il se passe quelque chose. Qu’on aime ou non la chanson française, elle est quelqu’un qui nous attrape, qui nous dit de venir dans son univers. Parmi quarante et un pays en lice, il y a une seule chose importante : c’est qu’on s’arrête, qu’on regarde et qu’on se dise « wow ». Au-delà de la chanson française, je crois qu’il y a cette magie autour de Barbara et de Voilà qui fait qu’elle est unique.

Et que dites-vous à ceux qui avancent que la France ne veut pas gagner l’Eurovision pour ne pas avoir à organiser l’édition suivante ?

On avait la possibilité de refuser d’organiser l’Eurovision Junior et pourtant avec Delphine Ernotte et Stéphane Sitbon-Gomez [respectivement PDG et directeur des antennes de France Télévisions], on a décidé d’y aller. Je crois donc que notre ambition a été prouvée. Si on gagnait l’Eurovision, on serait très fiers de l’accueillir.

Faire le doublé en remportant l’Eurovision après l’Eurovision Junior, qui plus est avec deux chansons coécrites par Barbara Pravi, ce ne serait pas banal…

C’est sûr que, quand on y réfléchit, on se dit : « Et si les planètes s’alignaient encore une fois ? ». Cela fait quarante-quatre ans que la France n’a pas gagné l’Eurovision. On serait plus que jamais récompensés. Mais, même si on y pense, on veut surtout garder la tête froide. On n’a pas entendu toutes les chansons, il y a encore beaucoup de pays qui n’ont pas révélé la leur. On va attendre patiemment. On reste hyper-concentrés. Le 22 mai, on sera là et on voudra faire la plus belle des performances.

La crise sanitaire va compliquer la promotion de la chanson à l’étranger alors que, les années précédentes, les candidats français participaient à des concerts à Londres ou Amsterdam et se produisaient à la télévision ukrainienne. Qu’est-il prévu pour Barbara Pravi ?

C’est un peu à chaque jour suffit sa peine. On essaye de travailler en trouvant des solutions. On réfléchit, si les concerts sont annulés, à la manière de communiquer quand même avec l’international, comment faire voir la performance de Barbara différemment. Cet Eurovision aura lieu, qu’il soit enregistré en France ou qu’on parte à Rotterdam en petit comité, on fera tout pour que notre représentante prenne la lumière à l’international et en France.

Quand saura-t-on sous quelle forme l’Eurovision se déroulera en mai ?

Je pense que cela va être décidé au mois de février. On a des rendez-vous de chefs de délégations dans les prochaines semaines.

Allez-vous conserver pour l’Eurovision la scénographie que l’on a découverte samedi sur France 2 ?

On se pose plein de questions. Ce tableau a beaucoup plu. Il est très beau. Les équipes artistiques – Marika Prochet, Julian Gutierrez… –, ont fait un boulot extraordinaire. On va discuter avec Barbara, écouter ce dont elle a envie, car elle est une grande créative. A-t-elle envie de tout changer ? Je ne crois pas. En tous cas, il y a une très belle base qui a été posée et on va s’adapter autour pour offrir quelques petites surprises en plus à l’Eurovision. En tant que cheffe de délégation, je suis très fière d’arriver avec un aussi beau morceau, dans cette atmosphère, très Piaf. Barbara Pravi parvient à moderniser la chanson française. C’est une vraie claque.