« Skam France » : « Notre objectif était de créer un univers entre le drame et la comédie », explique la réalisatrice Shirley Monsarrat

INTERVIEW Shirley Monsarrat succède à David Hourrègue en tant que réalisatrice des saisons 7 et 8 de la version française de « Skam »

Propos recueillis par Clément Rodriguez

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Shirley Monsarrat, nouvelle réalisatrice de « Skam France »
Shirley Monsarrat, nouvelle réalisatrice de « Skam France » — © Xavier Thesnon-Hily
  • Shirley Monsarrat est le nouveau visage de la réalisation des prochaines saisons de Skam France.
  • La cinéaste a auparavant travaillé dans la publicité ou dans les clips musicaux, et succède à David Hourrègue à la tête de la série de francetv slash.
  • « On avait envie d’amener de la comédie d’autant plus dans cette période assez sombre que l’on traverse », confie-t-elle dans sa première interview accordée à 20 Minutes.

Elle a repris les rênes de l’une des plus puissantes des séries françaises. Depuis lundi, les fans de Skam France découvrent la patte de Shirley Monsarrat, la nouvelle réalisatrice de la fiction de francetv slash ayant succédé à David Hourrègue (lui-même aux commandes des six premières saisons). Après avoir écrit son premier court-métrage, 5150 Hold, à 18 ans, Shirley Monsarrat a fait ses armes dans la publicité et le clip, pour les artistes Madjo et As We Fall notamment.

En 2020, David Hourrègue demande à Shirley Monsarrat s’il peut soumettre son nom à la production pour prendre sa place. Un mois plus tard, et après plusieurs heures de discussions avec le producteur, la cinéaste apprend qu’elle devient officiellement la réalisatrice de la série. Elle accorde à 20 Minutes sa première interview dans ce nouveau rôle.

Comment s’est passée votre première journée de tournage ?

C’était stressant parce que passer après David, c’est quelque chose. J’admire son travail, il a donné tellement d’énergie à ce programme. Skam, ce sont des journées super denses, tout est passé très vite. En plus, on a démarré ce premier jour assez intensément puisqu’on tournait le teaser de la saison 8. Un teaser, c’est toujours très attendu donc il y avait d’autant plus de pression qu’on démarrait par une séquence ambitieuse artistiquement. On a tout de suite été dans le bain de ce que peut être Skam !

Quel est le thème de cette saison ? Ce ne sera vraisemblablement pas que le déni de grossesse…

Oui, c’est évidemment le déni de grossesse qu’on instaure dès le teaser. Après, est-ce que c’est le seul thème… ? Ce que l’on peut dire, c’est qu’il y a toujours une raison derrière un déni de grossesse donc en découlent potentiellement d’autres problématiques. Il y a évidemment des enjeux familiaux.

Comment la réflexion autour de ce sujet s’est-elle faite ? Était-ce un sujet que vous vouliez aborder personnellement ?

C’est un sujet que Deborah Hassoun, la nouvelle directrice de collection, souhaitait aborder. Sur Skam, chaque année, ils réfléchissent à des thématiques qui pourraient toucher un ou des personnages et le déni de grossesse était dans la liste. Deborah tenait absolument à en parler parce que c’est peu connu et rare, et que c’est finalement très surprenant. En nous basant sur les messages que l’on reçoit en ce moment, on constate que c’est un sujet qui intéresse les jeunes. Certains et certaines découvrent que ça existe et ne savent pas que c’est possible d’accoucher sans le savoir. On s’est dit que c’est un sujet dont on devait parler aujourd’hui en France.

La saison 6 était très sombre. D’après les premiers extraits, on s’en éloigne cette année…

Oui, c’était une volonté de départ. J’avais envie de faire quelque chose de différent aussi. Et c’est aussi bien l’univers de Deborah Hassoun qui apprécie la comédie et qui l’écrit très bien. Notre objectif était de créer un univers qui se situe entre le drame et la comédie. On aimait toutes les deux l’idée de parler de sujets graves avec une certaine légèreté. Ça n’empêche qu’il existera des scènes plus intenses émotionnellement, qui se rapprochent plus de la saison 6, mais on avait aussi envie d’amener de la comédie d’autant plus dans cette période assez sombre que l’on traverse. On avait envie d’insuffler cette petite bulle d’air positif en pensant la mise en scène, la lumière, le montage et la musique dans ce sens. D’ailleurs, on a eu la chance de travailler avec une compositrice, Owlle, c’est une première dans Skam. Son univers musical pop se rapproche de celui qu’on avait imaginé pour cette saison 7. Ensemble, on a sollicité aussi d’autres artistes majoritairement français pour compléter la bande originale. Il y a tellement de talents en France qu’il nous semblait évident et important de les entendre dans Skam France. Ce fut un vrai travail collaboratif à tous les postes pour réussir à créer cet univers, cette tonalité plus douce qui nous tenait à cœur, tout en abordant des sujets importants.

Choisir Tiffany en tant que rôle principal alors que c’était un personnage détestable dans la saison précédente, c’est audacieux, non ?

J’aimais bien Tiffany parce que j’aime les personnages qu’on aime détester. Je trouvais intéressant de le développer parce que derrière la méchanceté se cache toujours quelque chose. J’avais envie qu’on puisse l’aimer et j’espère qu’on aura réussi ce challenge à la fin de la saison 7, qu’on puisse avoir de l’empathie pour elle et comprendre ce personnage qui était finalement peu développé en saison 6. Ce que j’apprécie dans Skam, c’est qu’il y a toujours des surprises. Tiffany en était une, et Lucie [Fagedet] est une excellente comédienne, je savais qu’elle pouvait porter cette saison, j’étais sûre qu’elle relèverait le challenge.

Lorsque vous avez repris le projet, quelle a été votre première envie ?

J’en reviens à la légèreté et à l’humour. La période joue beaucoup. On a commencé à préparer la série en plein Covid, tout le monde avait le moral dans les chaussettes et ça a participé à l’envie globale d’apporter de la lumière, de l’enthousiasme, du positif aux jeunes qui regardent Skam.

Les fans sont très attachés à la série. Est-ce que vous avez eu la curiosité d’aller voir ce qui se disait sur les réseaux sociaux en temps réel ?

Bien sûr, et je ne suis pas la seule ! C’est toujours intéressant parce qu’on a envie de les surprendre, de leur faire plaisir aussi. C’est la force du concept de Skam que d’avoir un regard immédiat sur le travail qu’on a pu mener pendant des mois. C’est impossible de ne pas s’y intéresser.