Alsace : Bientôt « un Spotify des magazines rares » ? Une PME y travaille avec un collectionneur britannique

INNOVATION Le projet, qui passe par la numérisation de 160.000 revues, est colossal et a besoin de financements

Thibaut Gagnepain

— 

Julien Gless avec un magazine Rolling Stone qui date des années 1970.
Julien Gless avec un magazine Rolling Stone qui date des années 1970. — Numerize
  • Un Britannique, James Hyman, possède plus de 160.000 magazines. C’est la collection la plus importante du monde d’après le Guiness des records.
  • Toutes ses revues sont pour l’instant stockées dans un entrepôt près de Londres. Mais James Hyman aimerait les rendre accessibles et créer une plate-forme. « Comme sur pour la musique, on vous proposerait autre chose en fonction de ce que vous lisez », détaille Julien Gless, le directeur général de Numerize. L’entreprise alsacienne serait en charge de numériser l’ensemble de la collection.
  • Le projet est pour l’instant en stand-by, la faute à un manque de financements. Il a besoin d’investisseurs pour voir le jour.

Pas loin de 2 km d’étagères remplies par plus de 160.000 revues, soit environ 15 millions de pages rares stockées dans un entrepôt situé au Sud-Est de Londres… Voilà à quoi ressemble la plus grande collection de magazines du monde. Le Guinness des records l’a attesté en 2012 : c’est bien le Britannique James Hyman qui la possède.

Et si cette collection était maintenant accessible depuis votre smartphone ? « Elle serait en ligne sur une plateforme et comme sur Spotify pour la musique, on vous proposerait autre chose en fonction de ce que vous lisez », détaille Julien Gless. Le directeur général de la PME alsacienne Numerize n’est pas à l’origine du projet, mais il en fait désormais partie. Depuis qu’il a proposé les services de son entreprise, spécialisée dans la numérisation de documents, à l’ancien scénariste de la chaîne MTV dans les années 1990.

La collection grandit « chaque année de 15 % à 20 % »

« J’ai lu un article sur lui et j’ai décidé de le contacter. Pour son travail, il achetait toujours deux magazines, surtout anglophones comme Vogue, Rolling Stones ou Play-Boy et c’est comme ça qu’il s’est retrouvé avec plus de 50.000 exemplaires. Depuis le total a grossi grâce aux dons et la collection grandit encore chaque année de 15 % à 20 % », explique l’entrepreneur qui a… vite été recontacté. « James m’a dit qu’il avait déjà reçu beaucoup d’offres de boîtes comme la nôtre mais je lui ai proposé quelque chose de plus. »

« Entre Noël et le jour de l’An », 200 revues ont ainsi été numérisées « gratuitement » dans les locaux de la PME à Hoerdt, dans le Bas-Rhin. Surtout, Julien Gless s’est engagé à promouvoir la grande idée du collectionneur, baptisée « Hymag ». Car pour voir le jour, le projet a besoin d’être financé. « Dans l’idéal, il faudrait entre 4 et 6 millions d’euros qui serviraient pour beaucoup aux droits d’auteur mais on pourrait déjà commencer à numériser à partir de 500.000 euros », estime-t-il encore, en lançant un appel aux investisseurs intéressés. Une cagnotte en ligne a déjà été mise en place mais elle peine à décoller, avec 25.000 livres sterling récoltées à ce jour (environ 28.000 euros).

James Hyman dans son entrepôt à Londres.
James Hyman dans son entrepôt à Londres. - Jake Green

« Beaucoup de gens vont déjà voir la collection dans l’entrepôt, des producteurs Netflix, même Kate Moss, mais ce contenu pourrait être accessible à tous. Il y a des magazines très rares, qu’on ne retrouve pas sur Google », insiste le directeur général de l’entreprise française en citant une revue qui « date de 1800 » ou des éditions limitées « introuvables dans le commerce ».

Julien Gless ne le cache pas, Numerize a aussi tout à gagner à ce que ce chantier colossal aile au bout. « Pour notre image de marque, ça nous permettrait de passer de la PME à une entreprise de dimension internationale » et pousserait à embaucher aussi. Pour la collection actuelle, le recrutement de « six employés » supplémentaires serait nécessaire. Durée du travail pour la numérisation mais aussi la reconnaissance optique de caractères qui permet de chercher un mot dans n’importe quel texte ? « Environ un an. C’est sûr que c’est plus rapide que si vous faites ça chez vous avec votre imprimante ! »