« Everything Tasteful »: La rappeuse Lala &ce ouvre une dimension parallèle avec son premier album

MUSIQUE La rappeuse de 26 ans y décline son univers si particulier « d’extraterrestre »

Clio Weickert

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Lala&ce sort son album
Lala&ce sort son album — Pierre-Ange Carlotti
  • Lala &ce sort son premier album « Everything Tasteful » ce vendredi.
  • Au fil des 15 titres, la rappeuse y décline son univers si particulier, sorte de dimension parallèle.
  • Active dans la musique depuis plusieurs années, cette « extraterrestre » du rap avance doucement, mais sûrement.

« Planante », « addictive », « hypnotisante », les mots qui décrivent la musique de Lala & ce (à prononcer « Lala-Ace », comme le service gagnant au tennis), depuis plusieurs mois, pourraient tout autant dépeindre une prise d’opiacée ou un trip chamanique. Elle est également présentée comme une artiste à part, singulière, et se qualifie elle-même « d’extraterrestre ». Dans la galaxie si vaste qu’englobe désormais le  rap, où de nouvelles étoiles apparaissent chaque mois ou presque, cela a de quoi au minimum attirer l’attention, au mieux éveiller la curiosité. Sa musique ouvre-t-elle une faille cosmique ? Disons qu’Everything Tasteful, son premier album qui sort ce vendredi, ouvre une certaine dimension parallèle.

Il y a d’abord sa voix, mouvante et codéinée. Son univers musical, traînant et teinté de tonalités électroniques. Et enfin ses textes, qui chaloupent entre français et anglais, qui désarçonnent parfois et célèbrent d’une manière inédite dans le rap, le pouvoir féminin et l’homosexualité. De nombreuses raisons pour se plonger dans l’univers si particulier de Lala & ce.

« Quand je reste trop à un endroit je me sens bloquée »

Un cosmos que l’artiste de 26 ans construit depuis plusieurs années, d’abord à Lyon, où elle a grandi, puis à Londres, et récemment au Portugal. « J’aime bien voir ce qu’il se passe dans le monde et sentir ce qu’il y a tout autour de moi. Et quand je reste trop à un endroit je me sens bloquée donc j’aime bien bouger, explique-t-elle à 20 Minutes. Le Portugal, c’était plutôt pour se ressourcer, mais j’y ai aussi découvert d’autres sonorités venant de pays comme l’Angola, la Guinée, qui sont vraiment cool et qu’on n’a pas en France. » Des sonorités qui nourrissent sa propre musique, métisse comme elle. « J’ai connu la Côte d’Ivoire par ma mère et mes grands frères et grandes sœurs qui eux y ont grandi et sont venus en France à l’adolescence. Ça ressort naturellement dans ma musique, sans même vouloir le revendiquer consciemment », précise-t-elle.

Active depuis plusieurs années dans le rap, Lala & ce a déjà roulé sa bosse dans la musique et sorti de nombreux titres et clips remarqués. Citons notamment Bright, dans lequel elle deale des pétales de rose (une métaphore fleurie qu’elle égrène au fil des projets), ou Serena (en référence à Serena Williams) et Wet (Drippin'), tous deux extraits de la mixtape Le son d’après, sortie en 2019.

Elle a également fait partie du collectif 667, un crew de rappeurs énigmatique à l’univers très codé, qu’elle a quitté il y a près de deux ans. Depuis, elle a monté son propre label & ce Recless, qui coproduit ce nouvel album avec Believe et avec lequel elle compte signer ses propres artistes. Et elle poursuit son chemin, doucement mais sûrement : « Dans la vie j’ai toujours suivi le rythme des choses. Je sais que ce que je fais n’est pas forcément très accessible à première vue, mais le temps que ça percute il ne faut pas forcer les choses. Les gens qui m’écoutent depuis le départ sont toujours là, je reste plutôt fidèle à moi-même, et j’arrive à en toucher d’autres également. »

« Power of the pussy »

Difficile de ne pas l’être quand on prête l’oreille aux quinze titres d’Everything Tasteful, qui au passage, ont chacun leur propre producteur. De sa voix lancinante et plus ou moins autotunée, Lala & ce s’accorde des trips hallucinatoires comme dans Dodow&ve, mais explore surtout les méandres de l’amour. Ardente comme dans Show me love, ou mélancolique dans Sous tes lèvres. Des romances conjuguées au féminin, ode à l’amour lesbien. « Par rapport à ma famille africaine j’avais un peu peur au début, j’ai toujours voulu leur montrer que mon homosexualité était quelque chose de normal, que je n’ai pas choisi. La façon dont j’aborde cela dans mes textes et la façon dont je le vis au jour le jour c’est pareil », explique l’artiste.

Si elle ne se projette pas dans une démarche militante, le fait même d’assumer cette thématique dans le rap est notable. Tout comme un certaine glorification du pouvoir féminin qui apparaît au creux de ses textes, avec des phrases telles que « power of the pussy ».

Le sexe transpire aussi de sa musique, ruisselle même, comme dans Parapluie. « Girl j’te donne ça bien/J’suis dans pussy jusqu’à la fin/Sous le parapluie y’a plein plein plein/Quand ça coule j’en ai plein ». Un certain érotisme qui n’est pas pour déplaire à l’artiste : « Ce n’est pas le but mais c’est souvent le sujet. C’est le premier truc qui me vient à l’esprit quand je prends mon téléphone pour écrire. C’est souvent dans ma tête. » A tel point que la jeune femme projette d’y consacrer un EP avec des chansons « pour faire l’amour ». Une certaine idée du vortex.