Dunkerque : Il profite du confinement pour sortir son premier long-métrage

CINEMA Rompu aux courts-métrages, un cinéaste amateur de Dunkerque a réalisé une fiction de 70 minutes pendant le dernier confinement

Mikaël Libert

— 

Tournage du film Rode, de Thomas Thilliez.
Tournage du film Rode, de Thomas Thilliez. — T.Thilliez
  • Thomas Thilliez est un cinéaste amateur dunkerquois auteur d’une dizaine de courts-métrages.
  • Son premier long-métrage, Rode, a été réalisé au cours du second confinement.
  • Tourné avec une équipe réduite, le film de 70 minutes est en finalisation de montage.

Une solitude profitable. Alors que, pour la plupart des Français, les périodes successives de confinement ont été particulièrement difficiles à vivre, un habitant de Dunkerque a décidé de faire d’un mal une opportunité. A 30 ans, Thomas Thilliez, passionné de cinéma, a réalisé son premier long-métrage entre octobre et novembre 2020. Le résultat, c’est Rode, un film de 70 minutes au scénario bien ficelé.

Thomas Thilliez est éducateur spécialisé à Dunkerque, dans le Nord. Sa passion, c’est le cinéma, qu’il s’est longtemps contenté de vivre en tant que spectateur. Mais en 2016, un événement inattendu est venu bouleverser sa vie, quasiment en bas de chez lui : « Il y a eu le tournage du film de Christopher Nolan, "Dunkirk". A l’époque, je cherchais du travail, et j’ai pu être recruté comme figurant », se souvient-il.

« Même les grands réalisateurs galèrent parfois »

Une opportunité qui a permis à Thomas de mettre les deux pieds dedans et de découvrir l’envers du décor. « Derrière le monde magique du cinéma, j’ai constaté que même de grands réalisateurs comme Nolan galéraient un peu parfois, qu’ils y allaient à tâtons aussi. Alors je me suis dit pourquoi pas me lancer », poursuit-il.

Il a mis deux ans à franchir le cap et se saisir d’une caméra. Mais une fois la bête en mains, on ne pouvait plus l’arrêter. Entre 2018 et 2020, Thomas a réalisé pas moins de dix courts-métrages avec ses petits moyens. « J’achetais du matériel au fur et à mesure, chaque film m’aidait à m’améliorer un peu », reconnaît-il. Parce qu’il fait tout, ou presque : réalisation, montage, écriture. Le tout, en auto production.

Et puis le coronavirus est passé par là. Juste avant que le second confinement ne soit décrété, Thomas devait réaliser un autre court-métrage pour le Nikon film festival. Avec les restrictions, son projet est tombé à l’eau. « Rode, c’est une réponse à la frustration de ne pas avoir pu tourner. Il se nourrit beaucoup de ce que l’on a pu entendre sur l’enfermement vécu par les gens pendant le premier confinement », explique le cinéaste.

Un film tourné à la première personne qui raconte l’histoire d’un chanteur lyrique devenu muet après à une agression. Le thème de l’enfermement, Thomas le met en scène de deux manières. Côté spectateur, dont la vision est limitée à celle du personnage. Et côté personnage, justement, celui-ci se renfermant dans son monde.

Un tournage en mode réduit

Pour le tournage, l’équipe a été réduite au maximum. La plupart des scènes ont été filmées chez lui. Pour les scènes en extérieur, les interactions entre les personnages n’avaient lieu que par téléphone. « Ça a été tout une histoire pour prendre le son, les scènes sont jouées en play-back et redoublées ensuite par les acteurs », détaille-t-il.

Le montage de Rode doit être finalisé fin janvier. Le rêve de Thomas Thilliez serait de voir son film diffusé en salles, lorsqu’elles seront rouvertes. Plus réaliste, il va plutôt tenter de le placer dans un festival, histoire de confronter son travail à l’avis de professionnels. « Mon entourage aime beaucoup ce que je fais, mais ce n’est pas forcément très objectif », plaisante-t-il.