Le bad buzz autour de la sortie de « Cyberpunk 2077 » est tel qu'il est presque impossible de parler du jeu en lui-même, donc on se calme et on boit frais
Le bad buzz autour de la sortie de « Cyberpunk 2077 » est tel qu'il est presque impossible de parler du jeu en lui-même, donc on se calme et on boit frais — 2017 CD PROJEKT

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« Cyberpunk 2077 » : Retraits de la vente, remboursements, plaintes... Mais si on parlait du jeu ?

Vincent Julé

Il a l'air bien ce petit jeu, il sort quand ? « Cyberpunk 2077 » a tout pour devenir le meilleur jeu de l'année... 2021

  • Cyberpunk 2077 est sorti le 10 décembre, dans la précipitation et pas fini, surtout sur consoles.
  • Retraits de la vente, remboursements, plaintes, colère... le studio polonais CD Projekt vit un cauchemar, mais promet des patchs, des DLC et un jeu fini pour « bientôt ».
  • Le reponsable de l'open world du jeu, Przemysław Sawicki, partage avec 20 Minutes son travail, sa vision, et des promesses pas toujours, pas encore, tenues sur le jeu.

Malgré sa sortie chaotique, pour ne pas dire catastrophique, Cyberpunk 2077 s’est tout de même vendu à 13 millions d’exemplaires, dont 8 millions de précommandes. C’est un très bon score, un score à la GTA. Mais depuis un mois, il n’est question que d’avalanche de bugs, versions PS4 et Xbox One injouables, retraits de la vente, demandes de remboursement, accusations de promotion mensongère, révélations de développeurs sous pression, chute à la bourse vertigineuse (-40 % !), et bien sûr colère légitime des médias spécialisés et des premiers joueurs. Dernier coup pour CD Projekt, un cabinet d’avocats américain a déposé un recours collectif pour « tromperie ».

Night City, ville de toutes les promesses… non tenues ?

Mais le studio polonais l’assure, de grosses mises à jour sont prévues dans les mois à venir, avec également les versions upgradées PS5 et Xbox Series X et, comme vient de l’annoncer le site officiel du jeu, « une pluie de DLC gratuits » et donc de nouvelles aventures à Night City. Ah, Night City, ville de tous les dangers, de toutes les promesses, de toutes les vies. Seuls les joueurs et joueuses PC ont pu y goûter, avec un peu (beaucoup) de bugs, mais s’en dégage la sensation d’un jeu-monde, une sorte de « second life » et peut-être l’open world ultime.

« C’est exactement ce que nous voulions faire, commente Przemysław Sawicki, coordinateur du contenu open world chez CD Projekt dans un échange mail réalisé juste avant la sortie et donc avant la polémique. Nous savions dès le début que ça allait être l’un des plus grands défis du jeu. Par exemple, pour la sortie de Blood and Wine, la dernière extension de The Witcher 3, il y avait quatre designers open world dans l’équipe, et nous sommes passés à 14 pour Cyberpunk 2077. Nous avons fait de notre mieux pour transformer Night City en un lieu vivant et crédible, avec des dizaines de choses à faire, sans que cela ne devienne épuisant pour les joueurs. Cet équilibre était notre moteur à tous, avec pour objectif de créer un monde qui encourage l’exploration à pieds, contrairement aux jeux open world où vous montez dans un véhicule et roulez d’un point d’intérêt à un autre. »

« Un environnement plus dense, dynamique, exigeant »

Mais Night City n’est pas un monde comme les autres, il n’est pas Los Santos (GTA), New Austin (Red Dead Redemption), ou le Continent (The Witcher), il est la construction de plusieurs imaginaires cyberpunk, à commencer par Blade Runner et bien sûr Cyberpunk 2020, le jeu de rôle sur table et l’inspiration principale du jeu. « Depuis les années 1980, ce jeu de rôle connaît une communauté grandissante dans le monde, déclare Przemysław Sawicki, même s’il ne faut pas exagérer. Beaucoup de ces fans travaillent aujourd’hui chez CD Projekt. Et plus que tout, il offre un cadre incroyable et propice à la création d’un jeu vidéo. Du point de vue du département open world, nous avons dû gérer un environnement plus dense, peuplé, dynamique, vertical et exigeant que jamais. Nous sommes passés des huttes médiévales de The Witcher aux rues surpeuplées d’une mégalopole futuriste, quel changement ! »

« Quel artiste ne se dit pas : il y a tellement de choses à faire en plus »

Mais quand décide-t-on d’arrêter de développer un tel jeu, un tel monde ? Cette question était presque prophétique, car à entendre Przemysław Sawicki, ils pourraient être toujours en train de peaufiner le jeu. « Ce n’est pas facile, c’est sûr, avoue-t-il. Je doute d’ailleurs qu’il y ait un artiste dans le monde qui ne se dise pas à lui-même : "Il y a tellement plus de choses que je pourrais faire". C’est pourquoi vous définissez des jalons de production, l’un après l’autre, certains prenant plus de temps, et chaque étape vous rapproche de finir le projet dans sa globalité. » Une méthodologie que CD Projekt ne s’est donc pas appliquée à lui-même, pas complètement, car comme le révèle Bloomberg, après plusieurs reports, il fallait que le jeu sorte. Il est sorti, pas fini.

« Cyberpunk 2077 », jeu de l’année… 2021 ?

Il le sera, à n’en pas douter, mais d’ici plusieurs mois, voire une année. Cyberpunk 2077 pourra alors prétendre au titre de meilleur jeu de l’année, mais de 2021. Et les joueurs et joueuses découvriront alors, dans les meilleures conditions, la nature profonde du jeu, qui est selon Przemysław Sawicki : « gagner sa propre identité ». « Dans le monde dystopique de Cyberpunk 2077, il est difficile de devenir quelqu’un, détaille-t-il. Et on en revient toujours aux plus petits des détails, des choix : si le contrat dit de se débarrasser des flics au marché noir, que faites-vous, vous les prévenez, vous les éliminez ? Vous vous retournez contre vos commanditaires car vous n’êtes pas d’accord avec leurs méthodes ? Toutes les décisions, même infimes, du joueur participent à faire de V qui il ou elle est vraiment, et par extension, qui vous êtes dans ce monde et ce futur. » Vivement la sortie.