« H 24, 24 h de la vie d’une femme » : Dans les coulisses de la série d’Arte sur le sexisme et les violences sexuelles

POING LEVE « 20 Minutes » s’est glissé dans le QG de tournage d’un épisode de « H 24, 24 h de la vie d’une femme », avec Camille Cottin

Aude Lorriaux
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Camille Cottin
Camille Cottin — Les Batelières Productions

L’équipe de tournage de la série H24 s’est installée à l’International, au cœur du quartier d’Oberkampf, à Paris. Il fait nuit quand on les rejoint mais l’ambiance à l’intérieur est chaleureuse : beaucoup de femmes et quelques hommes bavardent, rient, échangent plus tard une coupe de champagne. On aurait presque l’impression de retrouver une atmosphère de bar de quartier, si on occulte les masques et les gestes barrières.

Une ambiance pleine de solidarité et de sororité qui n’est peut-être pas étrangère à l’objet de la série d’Arte, diffusée à partir se damedi et disponible sur arte.tv. H 24, 24 h de la vie d’une femme ce sont 24 histoires de femmes, relatés dans un mini-format de deux à trois minutes. 24 « faits divers », même si le mot n’est pas tout à fait juste, tournés à chaque fois à une heure précise, à travers le regard de 24 écrivaines connues pour leur féminisme : Alice Zeniter, Lola Lafon, Anne Pauly, Chloé Delaume, Christiane Taubira, Agnès Desarthe, Kerry Hudson, Siri Hustvedt… Et de 24 comédiennes.

« Droite et digne »

C’est Camille Cottin qui incarne ce jour-là Marie Laguerre, cette jeune femme dont l’histoire fit le tour des journaux en juillet 2018. Exaspérée par les bruits à connotation sexuelle et les commentaires lancés dans son dos par un homme, elle ose alors lui répliquer un « ta gueule ». Il lui lance un cendrier, sans l’atteindre. Elle se lève et affronte l’agresseur, qui lui envoie un coup en plein visage. Les images de surveillance de cette agression soulèvent de nombreuses réactions d’indignation, quelques jours seulement avant l’adoption de la loi contre les outrages sexistes, qui punit ce qu’on appelle communément le « harcèlement de rue ».

« Ce qui nous intéressait c’est que cette femme ne se laisse pas faire, on ne voulait pas 24 victimes » commente Nathalie Masduraud, l’un des deux réalisatrices et directrices de cette collection de petits films. Le film est d’ailleurs intitulé Droite et digne, reprenant des propos de Marie Laguerre. « Il y a beaucoup de choses qui me touchent dans cette histoire. Je suis heureuse de pouvoir traduire cette révolte, ce soulèvement », commente Camille Cottin.

Les réalisatrices Nathalie Masduraud et Valérie Urréa, venues de l’univers du documentaire, se sont adjointes pour cet épisode, dont l’écriture a été confiée à l’écrivaine algérienne Kaouther Adimi, une troisième réalisatrice, Emilie Brisavoine : « Je suis impressionnée par cette femme et son geste qui brave sa peur, une peur ancestrale, la loi du silence », commente-t-elle. Pour la réalisatrice de Pauline s’arrache, Camille Cottin est l’actrice idéale pour incarner ce type de personnage : « Elle dégage un truc hyper puissant. »

« Internationale féministe »

D’autres comédiennes participent à cette série, comme Diane Kruger, Noemie Merlant, Anaïs Demoustier, Souheila Yacoub, Nadège Beausson Diagne, Déborah Lukumuena, Aloïse Sauvage, ou encore Florence Loiret-Caille. Les réalisatrices se félicitent d’avoir créé une sorte d’« internationale féministe », avec toutes ces écrivaines et comédiennes engagées. Parmi les réalisatrices invitées, Sandrine Bonnaire, Ariane Labed, Clémence Poesy, Charlotte Abramow, Marie-Castille Mention-Schaar et Valeria Bruni Tedeschi.

Les réalisatrices ont eu l’idée de cette série en découvrant l’histoire d’une femme défenestrée par son compagnon. Le Fonds de garantie des victimes lui avait refusé une indemnisation intégrale parce qu’à ses yeux, elle avait « contribué à son propre dommage » en rentrant chez elle le soir du drame faute d’avoir trouvé un hébergement. « Un matin vous entendez une émission à la radio, un énième féminicide, et ce matin-là vous en avez marre », commente Nathalie Masduraud. « On voulait rendre la parole aux anonymes », ajoute Valérie Urréa. Toutes deux venues du documentaire, elles ont eu une envie cette fois-ci de fiction, pour « donner à ces histoires une dimension plus universelle ».

Et pour faire bouger les choses, sans conteste. « On aimerait que les choses changent. Que les gens prennent conscience », affirme Nathalie Masduraud, qui se désole que les derniers chiffres sur le nombre de victimes de violence conjugale soient en hausse. Les effets escomptés sont d’ailleurs déjà sensibles, ajoute-t-elle : « Au sein de l’équipe, cela a déclenché la parole. »

EDIT du 22/12 à 12h: une erreur s'était glissée dans la liste des noms de comédiennes et de réalisatrices.