Anne Sylvestre, chanteuse et autrice « dégagée », est morte à 86 ans

DISPARITION L'autrice, compositrice et interprète avait 86 ans

Fabien Randanne

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Anne Sylvestre en concert le 10 septembre 2010 à la Fête de l'Humanité
Anne Sylvestre en concert le 10 septembre 2010 à la Fête de l'Humanité — URMAN LIONEL/SIPA

Elle était l’un des plus grands talents de la chanson française et n’a sans doute pas vraiment été célébrée à sa juste valeur. La chanteuse Anne Sylvestre est décédée. «Une sorcière comme les autres​ nous a quittés dans la soirée du 30 novembre 2020, à l’âge de 86 ans, des suites d’un AVC à Paris », a annoncé dans un communiqué Sébastien d’Assigny, son attaché de presse historique.

Née à Lyon le 20 juin 1934, Anne Sylvestre avait suivi sa famille à Paris à la fin de l’adolescence. Bonne élève, elle n’avait pas hésité à arrêter ses études de lettres à la Sorbonne pour se consacrer à la musique. En 1957, elle se fit engager à La Colombe, le cabaret de l’île de la Cité à Paris, qui fut sa première scène. Le point de départ d’une carrière qui allait durer plus de soixante ans, sans interruption. Car, même si elle était peu médiatisée depuis les années 1980, elle n’en était pas moins suivie par un public fidèle. Par ailleurs, le succès de ses « fabulettes » pour enfants lui ont valu d’avoir des écoles à son nom.

Une artiste « dégagée »

Féministe revendiquée, elle n’aimait pas qu’on la qualifie de chanteuse engagée. « Quand on me parle de courage, je manque m’étrangler de rage. Mais je ne pleure plus, tu vois, je crois bien même que je ris, mais c’est un rire qui me brûle », chantait-elle dans Chanson dégagée en réponse à celles et ceux « qui voudraient [qu’elle] porte une oriflamme ou un couteau. » Il n’empêche qu’elle abordait dans ses textes de nombreux sujets de société, à l’instar de Non, tu n’as pas de nom, sur l’avortement, en 1973, ou Douce maison, en 1978, évoquant le viol.

Anne Sylvestre a influencé et inspiré plusieurs artistes de la scène française d’Yves Jamait à Agnès Bihl et Renan Luce, n’hésitant jamais à chanter avec eux. Vincent Delerm, qui figure parmi ces « enfants spirituels », lui a rendu hommage ce mardi midi sur Instagram : « Quand il y a tant de choses à dire, il vaut mieux simplement dire merci. Merci Anne, pour tout. Nous t’aimions tant. ».

Faite officière de la Légion d’honneur en 2002 et décorée de la médaille Vermeil de l’Académie française en 2009, elle n’a reçu aucun prix musical depuis les quatre trophées de l’Académie Charles-Cros lui ayant été décernés dans les années 1960.

« Que les Victoires de la musique n’aient toujours pas rendu hommage à Anne Sylvestre n’est pas une erreur, c’est une faute colossale. Celle qui fut, après Nicole Louvier, la première femme en France à écrire ses chansons, en a déjà proposé plus de 800 en soixante ans de carrière. Des textes aux mille nuances : indignés, tendres, ironiques, mais jamais tièdes », écrit à son sujet Thomas Pawlowski dans Les 1.000 chansons préférées des Français (Glénat).

« J’aime bien faire des chansons pour rassurer les gens »

Les gens qui doutent, sortie en 1977, est sans conteste l’un des plus fameux titres de son répertoire. « Quand j’ai écrit cette chanson, je n’ai absolument pas pensé que c’était quelque chose d’important. Elle est née parce que je me trouvais aux prises avec des gens qui étaient remplis de certitudes et qui me cassaient les pieds. On continue sans cesse de me parler de cette chanson. Je n’aurais jamais imaginé qu’il y avait autant de personnes qui doutaient. J’aime bien faire des chansons pour rassurer les gens, les consoler », déclarait Anne Sylvestre à RFI en octobre 2017.

Dans cette chanson phare, elle chantait : « J’aime les gens qui doutent, mais voudraient qu’on leur foute la paix de temps en temps et qu’on ne les malmène jamais quand ils promènent leurs automnes au printemps, qu’on leur dise que l’âme fait de plus belles flammes que tous ces tristes culs et qu’on les remercie qu’on leur dise, on leur crie "Merci d’avoir vécu !" »