Eurovision Junior : « On a très envie d’organiser l’édition 2021 en France », affirme Alexandra Redde-Amiel

INTERVIEW Alexandra Redde-Amiel, cheffe de la délégation française et directrice des divertissements de France Télévisions, débriefe avec « 20 Minutes » la victoire de Valentina à l’Eurovision Junior 2020

Propos recueillis par Fabien Randanne

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La chanteuse Valentina, gagnante de l'Eurovision Junior 2021 et Alexandra Redde-Amiel, cheffe de délégation.
La chanteuse Valentina, gagnante de l'Eurovision Junior 2021 et Alexandra Redde-Amiel, cheffe de délégation. — GUYON Nathalie / FTV
  • Alexandra Redde-Amiel est la directrice des divertissements de France Télévisions et, également, la cheffe de la délégation française à l’Eurovision.
  • « Se dire que 43 ans après la victoire de Marie Myriam [à l’Eurovision] en 1977, on ramène un trophée à la maison, ça met du baume au cœur », déclare-t-elle à 20 Minutes ce lundi, au lendemain de la victoire de Valentina à l’Eurovision Junior. 
  • « C’est l’aboutissement d’un gros travail d’équipe, cela fait huit mois qu’on est dessus », explique-t-elle avant de confirmer son « envie » que la France organise l’Eurovision Junior 2021.

C’est avec une Alexandra Redde-Amiel balançant entre « la fatigue, l’émotion et la joie » que 20 Minutes a débriefé ce lundi matin de la victoire de Valentina à l’Eurovision Junior dimanche. A l’annonce du résultat, la cheffe de délégation, par ailleurs directrice des divertissements de France Télévisions, a sauté de joie au côté de la chanteuse de 11 ans.

C’était l’aboutissement d’une candidature travaillée durant plusieurs mois, en misant sur la légèreté et l’esprit enfantin – alors que d’autres pays ont livré des propositions plus sombres. Ce parti pris a payé : pour la première fois en quatre participations, la France a décroché le trophée et… la priorité pour organiser l’édition suivante.

Au lendemain de la victoire de Valentina, j’imagine que le bonheur prédomine…

C’est l’aboutissement d’un gros travail d’équipe, cela fait huit mois qu’on est dessus, qu’on porte ça avec la crise sanitaire. A plein de moments, on s’est demandé si ça allait tenir, si on allait pouvoir y aller. Tout France Télévisions et toute la délégation française se sont mobilisées. Valentina nous a portés à travers ce petit soleil qu’elle est, cette fierté qu’elle avait de représenter la France. Elle nous a entraînés, motivés, stimulés et elle nous a donné envie de nous battre. C’était un challenge, il a fallu qu’on s’adapte, qu’on pense et qu’on réalise les choses autrement. Valentina a toujours été là pour dire : « Je suis partante ! » C’est l’un des plus beaux exemples de victoire, de se dire que rien n’est impossible.

Valentina faisait partie des favorites. Vous aviez vu venir cette victoire ?

C’est la première vraie délégation que je mène au bout puisque l’Eurovision 2020 a été annulé. Je me suis lancée dans l’Eurovision Junior avec mon regard, en découvrant, en me demandant comment ça allait se passer. Je ne voulais pas me dire qu’on devait absolument gagner. Je savais qu’on faisait partie des favoris, mais comme les votes sont répartis entre les jurys et le public et qu’il y avait douze pays en lice cette année, tout pouvait se jouer dans un mouchoir de poche. Avant de commencer, avec Valentina, on s’est dit que, quoi qu’il arrivait, on n’avait aucun regret à avoir. Tout ce qu’on a voulu faire, on l’a fait. Après, c’est vrai qu’au fond de moi, en regardant Valentina, j’avais cette petite flamme qui me disait qu’elle avait tout pour gagner, dans ce qu’elle représente, le message qu’elle a fait passer, dans l’espoir qu’elle a fait passer à l’Europe. Et dans ce qu’elle est : une petite fille simple qui dit que la vie est toujours belle. Elle méritait cette victoire.

Vous avez eu des retours des autres délégations ?

Oui, j’ai plein de messages de délégations qui se réjouissent, qui nous demandent si on va organiser l’an prochain, qui nous disent que c’était « amazing », une magnifique performance. Il y a eu comme une unanimité. On a aussi eu de très beaux messages de la présidence de l’Eurovision.

Alors, la France va-t-elle organiser l’Eurovision Junior 2021 ?

On a bien sûr très envie d’accueillir l’année prochaine l’Eurovision Junior en France. Delphine Ernotte [la présidente de France Télévisions] a très envie de le faire, Stéphane Sitbon-Gomez [directeur des antennes de France Télés] aussi. On va d’abord savourer et puis échanger avec la présidence de l’Eurovision et l’UER [Union européenne de radiotélévision] pour savoir comment on peut organiser l’édition 2021 et si ce sera possible de le faire. Il faut parler avec eux avant d’officialiser quoi que ce soit mais en tout cas, le souhait est là.

Sur les réseaux sociaux, des internautes, notamment espagnols [la candidate espagnole, qui faisait partie des favorites, a fini troisième], s’en sont pris à Valentina, estimant sa victoire imméritée et l’accusant de chanter en play-back…

Deux choses. La première : à chaque concours, il y a des mécontents et qui ne veulent pas croire que… La deuxième, c’est qu’on a eu ce qu’on appelle des guidelines, c’est-à-dire une charte très claire disant ce que l’on devait faire. Ce n’est pas parce que l’on a enregistré notre prestation dans chacun de nos pays que les choses ont été différentes. On a tous été traités de la même manière avec ces documents nous indiquant le nombre de caméras, la forme du plateau, la forme des écrans, quand la performance devait être réalisée, combien de fois on pouvait refaire la chanson… Tout était en live. Tout a été vérifié en Pologne. Valentina chante en live, il n’y a aucun débat, et elle a une voix absolument magnifique.

Cette victoire va-t-elle selon vous redorer le blason de l’Eurovision en France ?

L’Eurovision est une marque très populaire. J’en profite pour remercier les Eurofans français [les fans de l'Eurovision se surnomment Eurofans], qui ont été une nouvelle fois exceptionnels sur cette édition 2020. Ils sont là, ils nous soutiennent, ils nous envoient des mots, nous disent de ne rien lâcher. Ils nous stimulent. Valentina en était très émue. L’un de ses premiers remerciements, elle le disait, c’était pour eux. L’Eurovision est une marque très importante à France Télévisions et si dire que 43 ans après la victoire de Marie Myriam en 1977, on ramène un trophée à la maison, ça met du baume au cœur.

Et auprès du grand public, cette victoire peut changer la perception du concours ?

Oui, parce qu’une France fière est une France mobilisée. Je crois que Valentina a été une magnifique représentante et que les Français sont fiers d’elle, de l’ambassadrice de l’Unicef qu’elle est, qu’on ait montré à l’Europe cette image d’un pays optimiste, qui veut s’en sortir. Attacher l’Eurovision à l’espoir, c’est aussi attacher l’espoir à notre personnalité à nous, Français. Je crois que le mot doit être employé : cette victoire est historique.

L’Eurovision Junior 2020 et son dispositif bien particulier préfigure potentiellement ce qui pourrait être mis en place pour la version « adultes » qui doit se tenir en mai à Rotterdam (Pays-Bas) si la crise sanitaire se poursuit. Pour vous, en tant que cheffe de délégation et directrice des divertissements de France Télévisions, c’est un dispositif qui tient la route ?

Il fallait trouver des solutions. On était très content de voir le show d’hier [dimanche]. Le direct a été lancé de Varsovie (Pologne) et il se passait plein de choses. Evidemment, on aurait aimé être en Pologne pour se voir entre délégation et partager ce moment. Dire le contraire serait mentir. A l’Eurovision Junior, il y avait une alchimie. L’Europe était réunie à ce moment-là, et réunir l’Europe sur des moments de joie, je crois que ça n’a pas de prix. Mon rôle de directrice des divertissements est important dans ce moment de crise sanitaire car on doit continuer à émerveiller. Si on arrête de mettre des paillettes dans la vie des gens, notre réalité peut nous rattraper un peu trop vite. On a un rôle fondamental aux divertissements de pouvoir continuer à faire rêver. J’espère que les choses vont aller mieux dans les mois à venir et qu’on pourra être tous ensemble à Rotterdam. Si tel n’était pas le cas et qu’on devait repartir sur un dispositif comme celui de ce dimanche, on le refera. A 300 %. Parce que, quoi qu’il arrive, la magie du concours sera là.

Le million, le million !

Dimanche, 1.21 million de téléspectateurs et téléspectatrices ont suivi l’Eurovision Junior 2020 sur France 2 et assisté à la victoire de Valentina, soit une part d’audience de 7.3 %. L’édition 2019 avait été regardée par 979.000 personnes et la part d’audience était légèrement supérieure (7.6 %).