« Quand je ne suis pas contente j’aime bien le faire comprendre », assume Aya Nakamura

« 20 MINUTES » AVEC... Artiste francophone la plus écoutée au monde, elle cumule plus de deux milliards de vues sur YouTube et un million de ventes pour son deuxième album. L’artiste sort vendredi son nouveau projet musical « Aya »

Propos recueillis par Clio Weickert et Emilie Petit pour la vidéo

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Ce moment où Aya Nakamura s'est rendu compte qu'elle était devenue célèbre — 20 Minutes
  • Chaque semaine, 20 Minutes propose à une personnalité de commenter un phénomène de société, dans son rendez-vous « 20 Minutes avec… ».
  • En deux ans seulement, Aya Nakamura s’est hissée au sommet. Artiste francophone la plus écoutée au monde, elle cumule plus de deux milliards de vues sur YouTube et un million de ventes pour son deuxième album « Nakamura ».
  • A l’occasion de la sortie de son 3e album « Aya », elle s’est confiée sur son succès planétaire et sa gestion de la notoriété.

Plus de deux milliards de vues cumulées sur YouTube, dont près de 700 millions pour Djadja. Un deuxième album (Nakamura), sorti en 2018 vendu à plus d’un million d’exemplaires à travers la planète, certifié disque de diamant en France. Quand on se penche sur les chiffres qui entourent la carrière d’Aya Nakamura, 25 ans, il y a de quoi avoir le vertige. En deux ans seulement, grâce à ses nombreux tubes comme Copines, Pookie ou Doudou, la chanteuse a atteint le sommet des charts, et est devenue « l’artiste francophone la plus écoutée au monde ».

Mais c’est en gardant la tête sur les épaules et avec une sérénité certaine qu’Aya Nakamura accueille tout cela. Consciente de ne pas forcément faire l’unanimité, elle accepte les critiques sans sourciller, et se soucie surtout de faire la musique qu’elle aime. A l’occasion de la sortie de son nouvel album Aya, l’artiste revient auprès de 20 Minutes sur cette vague déferlante du succès.

Avec votre deuxième album « Nakamura » vous avez rencontré un succès soudain et immense. Comment avez-vous vécu cela ?

Je n’avais pas assez de recul, je pense que j’ai savouré les choses comme elles venaient. Je ne me disais pas que j’étais la meilleure et que c’était un truc de ouf ce qu’il se passait, mais les chiffres étaient immenses ! C’était un kif mais j’avais vraiment la tête dans le guidon.

Y a-t-il eu un après-coup ? Le tourbillon de la notoriété et tout ce que ça peut impliquer…

Non l’après-coup c’était plus le fait que tout le monde regardait mes moindres faits et gestes, c’est devenu relou et c’est là que je me suis rendu compte de ma notoriété. Mais rien d’autre, ce n’était que positif.

Est-ce qu’il n’y a pas une énorme pression quand on arrive très vite au sommet ? Notamment sur la sortie de ce nouvel album par exemple ?

J’ai juste envie de faire kiffer ma fanbase et qu’ils apprécient ce que je fais. Je ne me prends pas la tête. Je n’avais jamais fait ça avant et je commence à réfléchir comme ça.

Pendant plusieurs mois en France on vous a demandé sans cesse d’expliquer vos textes, votre nom a été écorché à plusieurs reprises… Cela vous a-t-il agacé, ou blessé ?

Ça m’a agacé et j’ai montré mon mécontentement. Je suis quelqu’un de très impulsif, dès que je ne suis pas contente ou qu’il y a un truc qui ne me plaît pas, je n’y arrive plus. Je ne sais pas faire semblant. Je ne me suis même pas rendue compte, je ne visais pas forcément TF1 ou les NRJ Music Awards [après son passage en 2018], mais juste le manque de tact, il fallait préciser les choses. Quand je ne suis pas contente j’aime bien le faire comprendre. Entre-temps ça s’est réglé, il [Nikos Aliagas] s’est excusé, mais c’est quand même relou que ma première grande télé se passe comme ça.

Et concernant le fait de devoir expliquer vos textes ?

Au début deux trois fois c’est marrant, par la suite on voit ça comme un manque de curiosité, ou du dédain : « Ah mais vas-y raconte ton langage là ! On va essayer de comprendre ». C’est relou oui.

Vous êtes devenue au fil des mois l’artiste francophone la plus écoutée au monde. Avez-vous le sentiment que votre musique a mieux été comprise à l’étranger qu’en France ?

Il y a des goûts musicaux qu’on ne peut pas forcément diriger, et moi je suis arrivée avec un certain style atypique. C’est normal que des gens se demandent pourquoi je continue à faire de la musique, ne perçoivent pas mon art comme de la musique ou ne me perçoivent pas comme une vraie chanteuse. Ça je pouvais le comprendre, je me disais que c’était normal. En général en France on voit Aya Nakamura comme la chanteuse qui chante pour les boîtes de nuit alors que ce n’est pas du tout mon cas… Il y a quand même des textes profonds dans l’accélération des beats etc., mais ça dépend de comment on perçoit ma musique. Je ne me suis pas dit que j’avais un meilleur accueil mais je peux comprendre qu’en dehors de la France il y a une autre manière de voir ma musique.

Vous considérez-vous comme une artiste influente désormais ?

Oui je pense, après, sans prétention, si aujourd’hui j’arrive à influencer certaines jeunes chanteuses ça me fait plaisir.

Vous aimez l’idée d’être un modèle pour des artistes qui aimeraient se lancer ?

C’est un plus. Je suis très déterminée et très têtue, je ne me suis pas beaucoup posée de questions sur ma carrière et je pense que c’est ce qu’il faut faire. Il ne faut pas se prendre la tête.

A travers vos chansons vous vous décrivez comme une femme indépendante, qui gagne sa vie toute seule. Etre une femme forte, de pouvoir, c’est une image de vous qui vous plaît ?

Je ne suis pas forcément une femme de pouvoir mais j’aime bien dire ce que je pense, c’est tout ! Vous parlez de mon titre Mon Lossa ? Ou de Biff ? Parce que c’est le son où je mentionne l’argent mais en vérité dans cette chanson je parle d’une relation amoureuse.

Notamment, et dans « Tchop » vous parlez du fait que vous travaillez énormément et on peut l’entendre comme tout le travail abattu pour en être arrivé là. Cela peut donner une image de vous de femme forte, très moderne.

Ah oui ? Je ne sais pas. Dans Tchop je parle de ma vision de travail comme j’espère la faire comprendre à mes proches. Mais dans Biff c’est vraiment une relation amoureuse où je parle à quelqu’un qui veut me courtiser et je lui demande s’il est prêt à être avec une fille comme moi.

Dans l’un des titres bonus de l’album, vous dites « je vais assumer que je ne suis plus la même qu’avant ». En quoi êtes-vous différente désormais ?

Avant j’étais plus naïve, je voulais toujours voir le côté positif des choses. Après je suis quelqu’un qui relativise de fou mais… Maintenant je suis plus terre à terre, j’ai moins la tête dans les nuages.

Le coronavirus a totalement rebattu les cartes de la culture et de la musique. Est-ce difficile de sortir un album dans ces conditions, notamment quand on ne sait pas quand on pourra redonner de concerts ?

C’est très très difficile mais je me dis qu’une musique est bonne, ou ne l’est pas. J’essaie de me rassurer comme ça et on verra ce que ça donne.

Avez-vous envisagé de décaler la sortie de cet album ?

Quand on l’a annoncé on n’était pas en confinement, mais si on m’avait dit que l’album sortirait quand on serait confiné j’aurais dit non. Vu que c’était annoncé et lancé, je me suis dis que l’attente était déjà là. Je ne sais pas quand on sortira de tout ça donc autant profiter et essayer d’un peu motiver les gens.

Vous deviez participer au festival Coachella également cette année. Ça a été un coup dur pour vous ?

Oui c’est relou mais bon il y a eu le coronavirus donc pas plus que ça. Ça m’a permis aussi de me reposer avec le confinement. Je sortais d’une tournée d’un an et il fallait que je fasse une pause, c’était le bon moment.

Et vous revenez avec ce nouvel album très différent du précédent…

Oui bien sûr, c’est le but. Je ne vais pas à chaque fois lancer la même recette, il faut changer. En plus je trouve que cet album est plus calme, j’aime bien.

Plus calme, plus personnel, vous parlez de vos sentiments, de vos failles… On a un peu l’impression que vous vous dévoilez plus.

Je ne sais pas, après peut-être que je raconte beaucoup plus de choses. Avant il n’y avait que du sarcasme et là je m’ouvre aussi un peu plus. Par rapport à ce que les gens perçoivent sur les réseaux sociaux et par rapport à mes sons, ils peuvent trouver un lien, se dire que oui, peut-être que je suis amoureuse, que je me livre un peu plus…

Vous anticipez ma question, doit-on voir cet album comme une grande déclaration d’amour ?

En vérité je ne sais pas. Tout le monde me dit que l’album paraît plus intimiste… Peut-être que je me suis livrée un peu plus, on va dire ça comme ça.

Est-ce d’autant plus fort que vous avez pu traverser des déceptions amoureuses douloureuses par le passé ?

Aujourd’hui on va dire que je suis « piquée », et oui j’ai eu plein de déceptions amoureuses et c’est pour ça que ces relations sont terminées. Mais maintenant c’est différent. Je me dis que la personne avec qui on est peut définir le futur, notre manière de voir la vie, de s’exprimer, c’est un tout. Et oui je pense que je suis piquée.

Vous déclinez le thème de l’amour, et même dans la sphère de l’intime avec le titre « Préféré » où vous abordez la question de la sexualité. La sexualité est essentielle à l’amour selon vous ?

Oui ça peut même nous faire tomber amoureuse ! Pour moi c’est 80 % d’une relation, après je ne suis pas nympho hein, mais ça joue beaucoup et la manière dont tout est fait, pour qu’il y est cette complicité et cette alchimie, il faut que tout soit coordonné. Donc c’est très important.

Sur les réseaux sociaux, vous parlez d’un autre amour, celui de la famille. Vous avez publié une vidéo de votre petite fille, est-ce que sa naissance a changé votre perception de la vie ?

On s’inquiète pour une personne et ça va l’être pendant toute notre vie ! On a quelqu’un à protéger et c’est une autre façon de voir la vie. Avant j’étais plus égoïste et je ne pensais qu’à moi, je n’avais pas de soucis, alors que là il faut que je m’occupe bien d’elle, qu’elle soit rassurée, en bonne santé, qu’elle mange bien… Que je sache où elle est quand elle n’est pas avec moi, ce qu’elle fait, pourquoi, comment… C’est plus ça.

Elle a pu vous aider à relativiser ce tourbillon de la notoriété ?

Je sais qu’elle me voit comme sa maman et non comme Aya Nakamura, ça joue aussi. Parfois on peut avoir des proches qui voient notre notoriété et qui sans s’en rendre compte peuvent changer, mais je pense que pour ma famille, ma fille, je resterai toujours Aya. Il n’y aura pas de « Nakamura la chanteuse ».

20 secondes de contexte

Exceptionnellement, notre interview 20 Minutes avec est publiée ce jeudi. Dès la semaine prochaine, notre rendez-vous hebdomadaire reviendra le vendredi.