« The Mandalorian » : Mando, le chasseur de primes, est-il un bon père ?

PATERNITE On a demandé à des chercheurs à quel modèle de masculinité et de paternité renvoyait Mando, le héros de « The Mandalorian »

Aude Lorriaux
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Le chasseur de primes Mando et bébé Yoda dans « The Mandalorian »
Le chasseur de primes Mando et bébé Yoda dans « The Mandalorian » — Disney +
  • Le premier épisode de la saison 2 de The Mandalorian est sorti vendredi 30 octobre.
  • Dans la saison 1 Mando a accepté un contrat pour transporter un étrange enfant, doté de pouvoirs merveilleux. Mais découvrant que ses commanditaires veulent le détruire, il décide de le sauver, et de le ramener près des siens.
  • « The Mandalorian est une fiction qui va rassurer les pères qui pensent qu’il y a un dilemme entre leur masculinité et le fait de changer les couches », commente l’un des chercheurs que nous avons interrogés, sur le type de paternité que présente la série.

Les fans l’attendaient avec impatience, le voici arrivé : The Mandalorian 2, soit la suite de la série dérivée de Star Wars, qui suit les aventures de Mando, un chasseur de prime à l’armure exceptionnelle et au grand cœur, après la chute de l’Empire. Une série qui révèle un étrange mix entre un chevalier viril et taiseux et un père attentif, brouillant les codes de la masculinité traditionnelle. Pour autant, ce chasseur de primes est-il un bon père, un père moderne ?

Dans la saison 1 (résumée ici), Mando a accepté un contrat avec les forces obscures pour transporter un étrange enfant, doté de pouvoirs merveilleux. Mais découvrant que ses commanditaires veulent le détruire, il décide de la sauver et de le ramener près des siens. Le guerrier armé des pieds à la tête se retrouve obligé de s’occuper du bambin…

Un cow-boy, des personnages féminins au second plan

The Mandalorian développe de prime abord plutôt une masculinité traditionnelle, dans la droite ligne des codes du western. Le héros de ce « space western » évolue sans femme dans son giron, ou à peine. Comme dans les westerns classiques, « il y a l’idée que le patriarche doit se reproduire, mais que l’idéal masculin est libéré de la femme », explique Mounir Michel Bondurand, spécialiste de genre et de cinéma américain, et enseignant à Paris 3 Sorbonne nouvelle. Le cow-boy de ce « space western » fait coup double : Mando arrive à trouver une figure filiale avec baby Yoda mais il n’a pas eu à se « souiller à une figure féminine », précise le chercheur attaché à l’Institut de recherche sur le cinéma et l’audiovisuel (IRCAV). « C’est un chevalier mais pas servant. »

Un sentiment confirmé par Charles-Antoine Courcoux, historien du cinéma à l’Université de Lausanne : « C’est une série qui m’a semblé très traditionnelle, nostalgique, avec néanmoins une volonté d’actualisation ». L’accent est mis sur les performances physiques, tandis que les personnages féminins sont au second plan : Gina Carano, qui joue le rôle de la guerrière Cara Dune, est reléguée au second plan. « On fait preuve de parité à l’écran, mais cela dure juste le temps d’un épisode », abonde Mounir Michel Bondurand.

Une masculinité actualisée

Rares sont cependant les westerns où les cow-boys ont pour mission principale de s’occuper des enfants. C’est en ce sens que Mando est un cow-boy un peu particulier. Et que le « rôle » sociétal de la série est d’accompagner une transition, de la masculinité guerrière à une masculinité plus douce, explique Mounir Michel Bondurand :

Mando continue à jouer les cow-boys et les papas de substitution dans la saison 2 de « The Mandalorian »
Mando continue à jouer les cow-boys et les papas de substitution dans la saison 2 de « The Mandalorian » - Disney+

« The Mandalorian est une fiction qui va rassurer les pères qui pensent qu’il y a un dilemme entre leur masculinité et le fait de changer les couches. Par la science-fiction on allie l’impossible : ce cow-boy accepte la charge d’un enfant mais il va avoir avec lui le minimum de contacts possible : il ne touche même pas le landau [qui lévite]… »

Un modèle de masculinité des années 1990

Ce modèle-là, à mi-chemin entre un modèle patriarcal pur et dur et celui des « nouveaux pères » qu’on voit actuellement, a émergé dans les films des années 1990, complète Charles Antoine Courcoux. C’est l’année du « big switch » selon la théoricienne Susan Jeffords. « A ce moment-là, les héros culturistes des années 1980 se sont reconvertis en bons papas, ils ont découvert leur sensibilité », raconte le chercheur, auteur du livre Des machines et des hommes. Masculinité et technologie dans le cinéma américain contemporain. C’est par exemple Terminator 2 (1991), figure d’homme-machine et protecteur d’enfant.

Mais cette conversion n’est que partielle. Les figures de pères de ces années-là, de même que celle de Mando, ne sont jamais montrées les mains dans le cambouis. « L’enfant ne sert qu’à préserver son niveau de patriarcat. Mando ne lui change pas les couches, il ne va pas au supermarché. Il joue avec lui et il assume la paternité sous forme de transmission culturelle », juge Mounir Michel Bondurand. Encore aujourd’hui, le jeu avec les enfants est LA tâche domestique par excellence assumée par les pères, loin devant toutes les autres tâches moins gratifiantes (les habiller, les mettre au lit…) qui échoient aux mères.

Un père qui fuit le foyer

Mando va d’ailleurs fuir le foyer que lui propose de construire la fermière Omera, sur la jolie planète Sorgan :

« On aimerait que vous restiez. La communauté est reconnaissante, vous pourriez mettre tout ça de côté au cas où ça tournerait mal. Vous et votre fils pourraient vivre sereinement. Ici, il mènerait une vie d’enfant… Ne serait-ce pas merveilleux ? » lui demande-t-elle.

Notre héros semble tiraillé, mais il refuse finalement de s’abandonner à cette vie domestique, pour éviter des soucis à cette communauté mais aussi parce qu’on devine qu’il tient à sa vie de guerrier.

« Une série moderne dans sa représentation de la paternité serait une série où le père s’occupe d’autre chose que du foot, des loisirs, ou de l’apprentissage d’une masculinité puissante. Des pères qu’on voit en train d’encadrer les devoirs, de changer les couches, de faire des câlins », explique Charles Antoine Courcoux. Toutes choses qu’on ne voit pas dans la série The Mandalorian. Par contraste,  The Last Jedi apparaît comme « un film vraiment féministe, qui tourne en dérision l’héroïsme de pacotille des personnages masculins », estime l’historien du cinéma.

L’équation impossible

Bref, Mando n’est pas un excellent père, mais peut-on réellement être un bon père et un « héros », au sens où on l’entend communément ? Les héros et héroïnes qui brillent, qui impressionnent, sont rarement celles et ceux du quotidien. Les soignants et soignantes en lutte contre le Covid, ou les professeurs et enseignantes défendant la liberté d’expression, ne se révèlent des héros aux yeux du public qu’en temps de crise.

« Le héros absolu ne change pas les couches. Un héros absolu ne peut pas être un bon père. Il est trop loin de la matière et du monde. Le bon père a un crédit, il va chercher les enfants au basket… », pense Mounir Michel Bondurand. Pour l’instant, les bons pères et les héros se confondent rarement. Mais qui sait ? Cela changera peut-être… En attendant, on peut quand même se régaler avec la saison 2 de The Mandalorian, dont le résumé est à lire  au fil de l’eau sur 20 Minutes.